
Les Secrétaires « perpétuels » n’échappent pas à cette règle d’airain. Mais Maurice DRUON, parti le 14 avril, nous a appris qu’un Immortel peut cesser, de son vivant même, d’être Perpétuel, puisqu’il a, lui, dès 1999, volontairement laissé cette charge exercée pendant près de quinze ans avec une grande visibilité nationale et une rare efficacité.
Les importants et les media audio-visuels lui ont rendu un hommage convenu parce que dû. Un hommage somme toute assez bref, sans chaleur excessive, un peu moins vibrant et nourri que « la dose normale » servie depuis quelques années à tels et tels chanteurs, acteurs aux grands rôles, et autres pipoles.
Moins vibrant, peut-être parce qu’il était un grand Français et un vrai et grand gaulliste ?…
Ils ont tout de même dit des choses que nous n’avons plus besoin de répéter, sur sa guerre, sa Résistance (notons qu’elle fut quasi franco-russe aux côtés des Joseph Kessel et Romain Gary…), son mandat rue de Valois, le choix donné aux artistes entre sébile et critique débile, son caractère de lion entre Philippe le Bel le Roi de Fer et Robert d’Artois en perpétuelle guerre pour sa terre.
Ces media n’ont pas rappelé les récents articles du vieux lion contre les erreurs politiques de nos gouvernants baissant la garde dans notre Défense Nationale (un seul exemple : en 2008 dans le Figaro « Le coup de gueule de l’Amiral » ; il s’agissait de notre Amiral Michel DEBRAY !…)
Ils ont tout de même brièvement mentionné – il était difficile de l’occulter – que Maurice DRUON a, jusqu’à son dernier souffle, lutté pour la langue française et pour la Francophonie, participé à la nouvelle Résistance contre tous ceux qui les abandonnent, contre le nouvel empire et surtout ses éternels collaborateurs.
Rappelons que Maurice DRUON a su réunir un aréopage de très hautes personnalités de toute l’Europe qui milite – sans relais suffisant des autorités françaises – pour que l’U.E. reconnaisse au français le rôle non pas de langue du droit et des traités de l’Union, mais de langue de référence, qui « fait foi » en cas de litiges dans l’interprétation des divers textes.
Remercions-le d’avoir inventé, pour la Francophonie-Communauté, la superbe formule : des pays « ayant le français en partage ».
Enfin, ne l’oublions pas : Maurice DRUON a adhéré pleinement, avec d’autres Immortels : MM. Alain DECAUX, Marc FUMAROLI, Erik ORSENNA, à notre projet de Centre international de la Francophonie et de la diversité linguistique et culturelle de l’Europe et du monde, à Villers-Cotterêts, château-symbole de l’Ordonnance prise en 1539 par François 1er sur l’état-civil et la langue française. Il était membre du Comité de soutien à ce grand projet culturel national et international présidé aujourd’hui par notre Député Jacques MYARD.
Nous savons qu’il eût été heureux que des Français, en relève de l’éternelle Résistance, pussent lui chanter, à son départ, comme nous le faisons aujourd’hui :
« Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place ! »
Albert Salon, ancien Ambassadeur, président d’ « Avenir de la langue française », au nom du Forum pour la France.