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Livre Blanc (en pièces-jointes)
Reflexions sur le Livre Blanc de la Défense par Alain Corvez
Suivi du débat à l’assemblée nationale concernant la présentation du LB
samedi 12 juillet 2008
par Administrateur
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NOTE LIMINAIRE.

La commission du Livre Blanc ne pouvait mener une réflexion stratégique clairvoyante et indépendante puisqu’elle est partie d’a priori atlantistes, posant en prémisse à ses raisonnements que la France, n’ayant plus les moyens budgétaires d’avoir une armée de premier rang, devait se fondre dans le supranational. En l’établissant, le Président de la République lui fixait d’adapter l’outil militaire aux restrictions budgétaires, à la réintégration de l’organisation militaire de l’OTAN et à l’établissement d’une Défense européenne avec l’interopérabilité qui devait en découler.

En raison de ses territoires outre-mer et de ses liens restés importants avec les Etats issus de ses anciennes colonies, la France doit renforcer ses moyens maritimes et constituer des entités projetables réunissant les forces des trois Armées. Le second porte-avions est indispensable et il doit être à propulsion nucléaire, en raison de notre savoir-faire industriel en la matière, des avantages énormes quant à la maintenance et au ravitaillement, et du renchérissement du prix du pétrole. Notre pré positionnement en Afrique, s’il doit être remanié, reste vital pour la défense de nos intérêts et de nos ressortissants nombreux sur ce continent : il faut reconsidérer cette présence en établissant de nouveaux rapports avec les pouvoirs africains qui le souhaitent et qui ont, pour le moment, repoussé les offres américaines d’installation de bases militaires permanentes.

REFORME DE LA DEFENSE.

La présentation qui a été faite par le Président de la République et le Ministre de la Défense des importantes réformes qui vont concerner notre Défense Nationale, décidées unilatéralement, c’est-à-dire sans consultation de l’Assemblée Nationale et notamment de sa Commission ad hoc, est de la poudre aux yeux qui dissimule, derrière une volonté louable de réflexion stratégique, de modernisation des équipements et d’amélioration de la gestion, une diminution si importante de notre effort de Défense que nous serons relégués en la matière en une puissance de deuxième, voire troisième rang.

Il ne faut pas se leurrer, un budget consacré à notre Défense jusqu’alors de 2,5 % du PIB, abaissé à 2% ne permet pas d’avoir les armées indispensables aux ambitions mondiales de la France. Il faut, comme autrefois, au moins 3% du PIB si l’on veut entretenir l’outil opérationnel indispensable à la défense des intérêts français dans son ancien empire et dans ses territoires répartis outre-mer. (1) Et cela est possible, même en période difficile comme celle que nous vivons, car une telle armée serait créatrice d’emplois civils et d’activité économique dans de nombreux secteurs et aurait donc des retombées positives pour l’ensemble du pays. A titre d’exemple, la mise en chantier d’un porte-avions coûterait sans doute 500 millions par an pendant cinq ans, mais alimenterait une économie énorme dans de multiples domaines ; il en serait de même pour d’autres arsenaux ou ateliers de fabrication, ainsi que pour le fonctionnement des différentes formations des Armées.

Tous les militaires et tous les experts réclamaient depuis plus de dix ans une réforme de la réflexion stratégique et une revalorisation de l’outil militaire, ses chefs devant chaque jour gérer un peu plus la pénurie dans tous les domaines et employer des matériels usés. Sous prétexte d’économies, les décisions annoncées diminuent le total de l’enveloppe du budget et procèdent à des coupes sombres dans les effectifs, alors qu’on demande chaque jour un peu plus à nos Armées d’intervenir à l’étranger sur des théâtres qui se multiplient sans fin. Les programmes d’équipements des trois Armées sont revus à la baisse et de ce fait nous n’aurons plus les moyens des ambitions annoncées, même si celles-ci sont présentées comme devant s’intégrer dans une Europe de la Défense utopique et dans une OTAN « symbole d’une communauté de valeurs et d’intérêts transatlantiques », ce qui est totalement faux et que, bien entendu, aucun membre de la Commission du Livre Blanc n’a osé dire.

Supprimer 54.000 hommes au total ( 17 % des effectifs), limiter l’Armée de Terre à 250 chars Leclerc, 650 VBCI, 130 hélicoptères de manœuvre, 80 hélicoptères de combat, l’Armée de l’Air à 300 avions de combat ( avec d’ailleurs un regroupement opérationnel problématique avec l’aéronautique navale) et un déficit en appareils ravitailleurs et de transport, la Marine a un seul porte-avions et une hypothèque sur les frégates de premier rang, fera passer notre Défense au niveau des pays n’ayant pas d’ambitions internationales comme l’Italie ou l’Allemagne et laissera la place éminente à la Grande Bretagne.

La réflexion stratégique des auteurs du Livre Blanc s’est contentée de démarquer les préoccupations des stratèges américains, sans tenir compte des responsabilités de la France dans son ancien empire et dans ses territoires outre-mer, amenant le Président de la République à déclarer que « la crise iranienne est la première menace qui pèse aujourd’hui sur le monde », affirmation erronée car la principale menace à laquelle nous sommes confrontés est en réalité la menace terroriste qui est largement créée et entretenue par l’impérialisme américain. Cette menace doit être combattue par un retour à une politique d’indépendance de la France se démarquant des aventures guerrières des Etats-Unis, montrant aux populations opprimées, et notamment au monde musulman, notre rejet du choc des civilisations poursuivi par les penseurs de Washington. Désigner en outre la Russie comme une menace, alors que l’Histoire et la géopolitique nous poussent à nous rapprocher de cette grande puissance en reconstruction rapide n’est, ni plus ni moins, qu’une marque d’allégeance à l’Amérique pourtant déclinante.

On peut cependant noter avec satisfaction l’augmentation annoncée des moyens mis à la disposition du renseignement humain et technique, meilleur outil pour connaître les vraies menaces et en déduire les parades.

Enfin l’annonce du retour complet dans l’organisation militaire de l’Alliance Atlantique n’est pas une surprise puisqu’elle était déjà pratiquement consommée. Ajouter que « la France est un partenaire indépendant, un partenaire libre » dans l’OTAN est soit un mensonge soit une affirmation qui sera vite démentie puisque les décisions au sein de l’Organisation sont prises en réalité par les Etats-Unis. Il faut être aveugle ou de parti pris pour croire que l’OTAN dirigée par l’Amérique accepterait qu’un de ses membres se désolidarise au moment d’une crise grave. C’est peut-être pourquoi le Président a déjà mentionné l’Iran comme cible possible de ses vindictes : il pourra ainsi justifier un engagement français dans une nouvelle guerre illégale de Washington en rappelant ses déclarations antérieures.

En résumé, avec l’application des mesures annoncées, nous serons sans doute mieux renseignés sur les menaces qui nous feront face mais nous n’aurons pas les moyens d’y répondre. Sur le plan de la coopération internationale nous n’aurons plus le poids suffisant pour imposer nos vues, en Europe comme ailleurs dans le monde, et notre rôle dans l’OTAN se résumera à celui de supplétifs des décideurs anglo-saxons. Cette réforme est mauvaise et nous fera perdre encore plus notre rang dans le monde pour devenir les seconds couteaux des forces américaines dont nous dépendrons alors pour défendre nos intérêts vitaux s’ils étaient sérieusement menacés n’importe où sur la planète. Et c’est justement lorsqu’on baisse sa garde que les attaques se manifestent. Dissuader un quelconque ennemi consiste d’abord à montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir. Le Président de la République, qui devrait tenir fermement l’épée de la France, l’abandonne à des chimères supranationales parce qu’il ne croit plus à l’avenir du pays, sous des prétextes budgétaires inacceptables quand il s’agit de notre existence en tant que nation libre et indépendante.

Alain Corvez. 25 juin 2008

(1) Défense : petite manip budgétaire Jean Guisnel

Le Livre blanc sur la défense, qui sera rendu public à l’occasion d’un discours de Nicolas Sarkozy aux armées le 17 juin, devrait entériner une option budgétaire pour le ministère de la Défense se situant autour de 2 % du PIB. Contre 2,41 % en 2008. Or ce chiffre, établi selon des critères nationaux, ne permet pas de comparer le budget de la défense français à celui des autres pays. Le gouvernement intègre notamment dans son calcul les pensions et retraites versées aux personnels de la défense, ainsi que le budget de la gendarmerie, laquelle sera transférée au ministère de l’Intérieur en janvier 2009. Si l’on prend la référence internationale, à savoir le mode de calcul de l’Otan, l’effort français de défense n’est plus de 2,41 %, mais de 1,64 %. S’il devait descendre à 2 % en normes nationales, cela correspondrait à 1,22 % en normes Otan. L’Italie est à 0,82 % du PIB, l’Espagne et l’Allemagne à 1 %, le Royaume-Uni à 2,2 %. Cette réduction de l’effort militaire français correspond, selon Bruxelles, à la tendance européenne, où les budgets militaires sont passés en moyenne de 3,5 % du PIB dans les années 80 à 1,75 % aujourd’hui. Partout dans le monde, les budgets militaires augmentent.
 

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