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Qui « décrochera » la Lune ? par le Général Pierre M. Gallois
La guerre des étoiles continue…
lundi 29 octobre 2007
par admin
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L’Agence spatiale des Etats-Unis, la NASA, vient d’annoncer le début de la réalisation d’un ambitieux projet : installer une base internationale sur l’un des pôles de la Lune, en 2024, quatre ans après le retour des astronautes sur la « blanche Séléné », en 2020.

A la différence des explorations américaines des années 60 (vols Apollo) la coopération internationale est recherchée. Au lieu d’ « aluner » au centre de la Lune, c’est au pôle sud, éclairé en quasi permanence par le soleil, que devrait être aménagée la station permanente.

Cette annonce de la NASA coïncide avec les déclarations des responsables chinois et indiens révélant les entreprises spatiales de leur pays respectif et visant aussi une station lunaire habitée. Le Japon est également sur les rangs et aussi la Russie à laquelle ses exploits spatiaux antérieurs donnent une bonne longueur d’avance sur ses rivaux asiatiques.

Pourquoi la Lune provoque-t-elle, soudain, une telle frénésie spatiale ?

Sans doute parce qu’il s’agit d’un exploit scientifique – à forte résonance politique – et que les Etats-Unis y voient le moyen de rétablir le crédit mondial dont ils jouissaient et que leur ont fait perdre leurs guerres pour le pétrole. Au début des années 60, le « Spoutnik » soviétique avait incité Kennedy, avec les missions Apollo (Programme Apollo) à prouver au monde que l’Amérique faisait mieux que l’URSS. Pour l’administration Bush, coloniser la Lune est la solution au problème de la suprématie américaine maintenant contestée. Et, tout naturellement, la Chine, la Russie, l’Inde n’entendent pas laisser un tel monopole aux Etats-Unis. Aussi, à l’instar de la rivalité qui opposa, au XIXème siècle, le colonialisme français au colonialisme britannique, l’appropriation d’une portion de la Lune suscite une nouvelle rivalité. Pour l’éviter les Etats-Unis parlent de coopération internationale – une coopération qu’ils dirigeraient – tandis qu’en face il n’est pas exclu que, pour mener à bien une telle entreprise, les membres du Groupe de Shanghai, (Organisation de coopération de Shanghai) Chine, Russie, Inde… s’associent, le Japon ayant probablement rejoint les Etats-Unis.

S’approprier – en permanence – un secteur de la Lune est un prolongement naturel de la grande aventure humaine. C’est que la Lune est notre plus proche voisin et qu’elle a subi au cours des millénaires précédents les mêmes événements que la Terre et son étude complètera celle de notre astre. Elle recèle, comme la terre, d’importantes ressources naturelles, métaux, carbone, hydrogène, oxygène… et bénéficie d’un demi mois d’ensoleillement continu d’où une source d’énergie récupérable. C’est à partir de la Lune que se prépareront les expéditions vers Mars. L’univers y sera plus aisément exploré par les astronomes scrutant l’espace à partir d’une plate-forme dégagée des poussières terrestres.

L’attraction terrestre – en l’occurrence l’attraction lunaire – est le 1/6ème de l’attraction terrestre, ce qui permettra une certaine économie d’énergie pour les expéditions spatiales démarrées à partir de la Lune.

  • L’énergie solaire captée à la surface de la Lune est de l’ordre de 1,3 Kw par mètre carré. Les spécialistes de la NASA font remarquer qu’en 10 jours seulement davantage d’énergie solaire atteint le sol lunaire que l’ensemble des énergies fossiles accumulées sur terre depuis des milliards d’années. Aussi, une usine solaire produisant 10 giga-watts peut-elle être construite sur le sol lunaire.
  • La mission d’exploration américaine « Clémentine » est revenue de ses circuits circumlunaires en estimant qu’au pôle sud se trouvaient des ressources en eau. De toute manière, il est déjà possible d’extraire de l’hydrogène et du tritium de la roche lunaire, produits accumulés par les rayons solaires au cours des millénaires passés.
  • Si la Lune est née de la Terre, en co-génération, disent les scientifiques de la NASA, elle recèle des ressources minérales qui existaient sur Terre avant que celle-ci ait été habitée (et ses ressources exploitées) et en fonction des dimensions respectives de la Terre et de la Lune.

Les techniques dont disposent, maintenant, les « Terriens » leur permettent de vivre sur la Lune bien que celle-ci soit dépourvue d’atmosphère.

Aujourd’hui, compte tenu des enseignements des activités spatiales passées, il est tout à fait concevable d’envisager l’assemblage, sur le sol lunaire, des éléments d’une station étanche où les hommes pourraient vivre et travailler en bénéficiant de la même atmosphère que celle qui existe sur Terre. Cette station a été étudiée. Elle serait sphérique, encastrée pour un quart dans le sol lunaire. Elle aurait environ 18 mètres de diamètre, ce qui permettrait d’y aménager 5 niveaux horizontaux, l’ensemble étant alimenté en énergie par des batteries de panneaux solaires situés à l’extérieur. Revêtus d’un scaphandre leur assurant une large autonomie, les astronautes se déplaceraient autour de la base-vie, à pied ou à bord de véhicules tout-terrain, également assemblés sur place.

Les précédentes expéditions lunaires avaient permis de mettre au point les différents dispositifs d’accès à la blanche Séléné tandis que l’assemblage dans l’espace des éléments formant la station spatiale internationale – et le ravitaillement de ses occupants – ont ouvert la voie aux futurs colonisateurs de la Lune.

En effet, il suffit de rependre les dispositifs alors utilisés et de les perfectionner grâce à l’acquis spatial de ces quarante dernières années, du moins pour les Etats-Unis et la Russie qui, avec un inégal bonheur, ont poursuivi la prospection de l’espace, ne serait-ce que pour l’entretien de la station spatiale internationale. Les composants essentiels du projet Terre-Lune sont les suivants :
  • La navette spatiale, dont les Etats-Unis ont fait un grand usage et qui pourrait être adaptée au transport des matériaux nécessaires à l’assemblage de la base-vie lunaire.
  • Le module de transition capable d’orbiter autour de la Lune, de s’y poser et se remettre en orbite pour le rendez-vous avec la navette « Terre-Lune » et se charger de sa cargaison pour ensuite l’« alunir ».
  • La station évoquée précédemment servant d’habitat pour les « travailleurs de la Lune ».
  • Enfin, les véhicules spéciaux pour les déplacements à la surface de la Lune et la prospection lointaine du sol lunaire.

L’organisation « High Frontier » qui milite pour le développement des activités spatiales des Etats-Unis, a publié une étude générale de l’opération « une base permanente sur la Lune ». Ses rédacteurs estimaient, il y a cinq ans, que … « retourner sur la Lune et y exercer une présence opérationnelle coûterait entre 50 et 75 milliards de dollars ». Soit, deux mois de guerre pour le pétrole – terrestre –.

Il resterait à s’accommoder des accords internationaux sur les activités spatiales des nations et sur l’utilisation, par eux, et l’espace, y compris de la Lune et des autres corps célestes, précise le traité de 1967.

Au début des années 60, la guerre froide avait stimulé la mise au point et l’expérimentation d’armes nouvelles dont les missiles balistiques capables de projeter à grande distance de fortes charges explosives. Mais, également de propulser dans l’espace des satellites de la Terre et, ultérieurement, d’autres corps célestes ainsi explorés. Cette activité spatiale a conduit les Etats à s’entendre sur les conditions dans lesquelles la conquête de l’espace devait être poursuivie, dans l’intérêt général. Aucune nation, selon le traité de 1967 ne peut s’approprier l’espace extra atmosphérique ni invoquer une quelconque souveraineté nationale.

L’exploration de l’espace et, éventuellement, l’exploitation des ressources provenant des corps célestes ne peuvent avoir un caractère national mais doivent être conduites au bénéfice de la collectivité humaine. Cette obligation est respectée par les Etats-Unis dans la mesure où, pour leur projet d’appropriation de la Lune, ils en appellent à la coopération internationale. Ce qui signifie, également la participation à la dépense.

En 1979, un accord international avait été envisagé pour régler le cas particulier de l’accès de la Lune et de l’exploitation de ses ressources. Lorsqu’il fut présenté à la ratification, les puissances particulièrement intéressées, les Etats-Unis et l’URSS objectèrent que la Lune, patrimoine commun de l’humanité, ne pouvait être l’objet d’un tel texte et que, sous-entendu, à l’initiative de l’une ou de l’autre de ces deux superpuissances l’on s’en remettrait à des organismes internationaux censés exploiter ce patrimoine commun au bénéfice de tous. En somme, une sorte d’ONU de l’espace dirigée par les détenteurs de la technicité requise. La lecture de l’article 11 ci-dessous [1] du traité de 1979, explique les réticences des grands explorateurs du cosmos que sont les Etats-Unis et la Russie.

Les rédacteurs de High Frontier, au contraire, mettent en relief la conception que l’on a, outre-atlantique, du droit à la propriété privée (dans l’espace).

« La propriété privée est un droit fondamental de la poursuite de l’entreprise, de l’investissement de l’exploration, de la liberté d’entreprendre de l’homme, que ce soit sur Terre ou dans l’espace. Les Etats-Unis ne doivent pas souscrire ou être signataire d’un traité, d’une politique, d’une réglementation, qui limiteraient les droits de propriété, d’exploitation des ressources, des services et d’autres biens économiques et intellectuels de l’espace ou dérivés de l’espace. En particulier, les Etats-Unis veulent réaffirmer que rien, dans le traité sur l’espace extra atmosphérique, prohibe ou se trouve en contradiction avec les droits de tout citoyen de la Terre à la propriété privée, ni avec tous les usages que peut faire cette propriété privée de ses gains privés ou publics… A nouveau, les Etats-Unis ne font aucune différence entre les activités de l’homme sur Terre et dans l’espace, et cela quel qu’en soit l’objet… et, en particulier, réaffirment le droit à la propriété privée dans le cadre de la poursuite de l’exploration, de la science, du commerce, droits inaliénables et fondamentaux quant à cette liberté (d’entreprendre) ».

C’est là une position diamétralement opposée à celle qui inspira les rédacteurs du projet d’accord sur « les activités des Etats sur la Lune et autres corps célestes » ouvert aux signatures en décembre 1979. D’un côté, outre-atlantique, l’extension aux corps célestes des droits de propriété privée au domaine cosmique, de l’autre, une toute autre juridiction, l’espace et les astres qui s’y trouvent formant un patrimoine commun, inexploitable nationalement, toute propriété privée ou publique en étant exclue.

Voici donc, qu’aux nombreux différends qui opposent, sur Terre, les gouvernements défendant, chacun, leurs intérêts nationaux, s’ajoute une inégale approche des accès à l’espace et de l’exploitation des ressources des corps célestes tels, pour commencer, la Lune.

Depuis l’élaboration du projet d’accord, semi avorté, de 1979, les juristes internationaux et les représentants des gouvernements intéressés ont travaillé. Et, de réunions en conférences, ils ont tenté de définir un droit international, applicable à l’espace et à ses ressources, en tenant compte à la fois de l’intérêt général de l’humanité, de l’investissement initial et du coût de l’entretien d’un « corps expéditionnaire cosmique » et des retombées, intellectuelles, scientifiques, commerciales de cette présence humaine sur d’autres corps célestes que la Terre.

Les expérimentations spatiales de la Chine, de l’Inde, du Japon justifient la question : s’agit-il de rivaliser un jour avec les Etats-Unis – et de la Russie – ou, au contraire, de se préparer à coopérer avec la superpuissance en disposant d’un notable acquis scientifique ? Réponse probablement en 2015 – 2020.

 

[1] L’accord de 1979. Article 11 précise : « La Lune ainsi que ses ressources naturelles ne peuvent faire l’objet d’appropriation nationale. La surface, le sous-sol, ainsi que les ressources naturelles qui s’y trouvent ne peuvent devenir la propriété d’un Etat, d’une organisation internationale, d’une entité non gouvernementale, ni même une personne physique. Cette disposition empêche l’exploitation des ressources de la Lune, en l’absence d’une disposition expresse du droit international, à des fins commerciales, car elle représente une forme d’appropriation ».


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