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mardi 23 avril 2013
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Hervé Beaudin
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PREMIERE PARTIE : POSITION GENERALE DU PROBLEME
Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? par Hervé Beaudin
DEUXIEME PARTIE : LA POLITIQUE ECONOMIQUE A METTRE EN ŒUVRE EN EUROPE
jeudi 22 avril 2010
par Administrateur (Webmestre)
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Première partie : Position générale du problème

I. Questions de méthode

1°) Considérations générales

Notre objectif prioritaire en matière économique est de mettre en œuvre en France, et si possible en Europe, des politiques publiques qui assurent le plein emploi dans la stabilité des prix. Or, les politiques publiques peuvent être classées en deux grandes catégories : les poli-tiques conjoncturelles et les politiques structurelles. Le présent dossier ne prétend traiter que des premières, les secondes, tout aussi importantes, faisant l’objet d’un fascicule séparé.

Nous partons ensuite d’un constat : un chômeur ne souffre pas tant du chômage que de sa traduction en termes de revenu. Le problème qui doit nous occuper est donc celui du revenu national et de sa répartition, et non celui de l’emploi au sens technique du terme. Nous pensons ainsi que le plein emploi passe d’une part par une vigoureuse politique de formation professionnelle et, d’autre part, par un fort taux de croissance accompagné de politiques publiques ayant pour objectif d’éclairer le marché sur l’avenir et d’inciter les entreprises à employer de la main d’œuvre locale.

Le caractère volontariste des politiques publiques doit être dès lors centré par priorité sur le maniement des grandes variables macro-économiques que sont les taux d’intérêt, les impôts, la dette publique ou les dépenses publiques. Les politiques publiques ne doivent pas chercher à créer à tout prix des emplois, comme ont tenté de le faire les socialistes français. Ces emplois ne sauraient en effet qu’être peu productifs, car ils ne correspondent pas vraiment à des besoins réels. En ce sens, aucune politique volontariste ne saurait créer directement des emplois correspondant à une demande solvable que seul le marché peut authentifier.

Par ailleurs, les gouvernements ont cherché depuis environ vingt cinq ans, dans les principaux pays développés, à prévenir la hausse des prix par la restriction de l’offre de monnaie. Il en est résulté une hausse du taux de chômage incompatible avec les équilibres sociaux d’une nation démocratique moderne. Simultanément, alors même que, du fait des immenses progrès des sciences et de la médecine, l’espérance de vie s’allonge de deux ans en moyenne chaque année, la crise démographique que traverse l’Occident, jointe à la raréfaction des emplois peu qualifiés, rend pratiquement impossible la perpétuation d’un système de protection sociale fondée sur les cotisations des actifs sains de corps et d’esprit en âge de travailler.

Il est donc urgent premièrement de remettre les Français au travail, et, deuxièmement, de réformer le système de protection sociale. Concernant ce dernier, nous pensons qu’il existe une autre politique possible que celle qui consiste à sans cesse restreindre les dépenses à dé-faut de sans cesse augmenter les prélèvements : prélever moins (ou pas plus), mais mieux, et dépenser mieux, mais pas moins, est notre ambition en ce domaine.

2°) Un débat mal engagé

L’histoire récente montre combien le débat politique s’est engagé sur une voie de traverse. Les vraies questions ont été éludées ou mal posées.

La réunification allemande a été, à la fin des années quatre-vingt, le départ d’un processus de dégradation de la conjoncture en Europe. L’unification monétaire de l’Allemagne sur la base démagogique d’un deutschemark pour un östmark a entraîné une montée du chômage, doublée d’une recrudescence de l’inflation. Les deux phénomènes se sont transmis chez les pays partenaires par l’intermédiaire d’une politique monétaire excessivement restrictive. La mise à niveau de l’économie est-allemande fut ainsi financée par toute l’Europe.

Cette situation a provoqué, au début des années quatre-vingt-dix, trois sortes de réactions : une tentation protectionniste ; une opposition de nature syndicale, certains estimant qu’en régime de monnaie unique le marché du travail aurait à supporter l’essentiel des ajustements et que les obstacles linguistiques et économiques à la mobilité des salariés faciliteraient une déconnexion entre les rémunérations portant sur des emplois de même nature et faisant appel à des qualifications voisines ; une tentation souverainiste d’inspiration néo-keynésienne tournée contre le fédéralisme européen et le traité de Maastricht, dont les critères semblaient nécessiter, à l’époque, l’adoption de politiques budgétaires restrictives et d’une politique monétaire axée sur la recherche du franc fort nécessitant le maintien de taux d’intérêt élevés.

Mais, précisément, l’union monétaire devait nous permettre de nous soustraire au diktat du marché des changes et à la domination du dollar. De surcroît, elle impliquait que nous mettions en œuvre des politiques économiques coopératives (notamment en matière budgétaire) seules susceptibles de renforcer la souveraineté de chacun des pays membres. Quant à la perte de souveraineté monétaire, elle n’a été qu’apparente, tant était devenu formel le pouvoir de la banque de France. De même, la politique économique européenne était au fond, du fait de la puissance du mark, décidée par l’Allemagne seule. La construction européenne seule pouvait donc obliger l’Allemagne à partager sa souveraineté monétaire et budgétaire, comme elle pouvait seule, d’ailleurs, l’arracher à l’influence américaine. L’on ne pouvait donc pas affirmer que l’union monétaire allait nous arrimer définitivement aux Etats-Unis, ni qu’elle nous retirerait davantage de souveraineté monétaire.

En réalité, ce ne sont pas les critères de convergence eux-mêmes, mais les moyens utilisés pour y satisfaire, qui auraient dû être critiqués (et qui l’ont d’ailleurs été par certains, très minoritaires). Or, le débat, en France, s’est essentiellement porté sur la question de savoir si le traité de Maastricht était en soi une bonne ou une mauvaise chose pour la France, alors qu’il aurait fallu discuter des modalités de sa mise en œuvre et de ses objectifs à long terme.

Nous pensons que l’union monétaire, qui est un fait acquis, peut faciliter l’émergence de politiques économiques en rupture avec une orthodoxie qui a façonné le monde à l’image qu’elle en donnait.

Outre les économies réalisées sur les changes et la garantie d’une stabilité monétaire offerte aux catégories socioprofessionnelles qui avaient souffert dans le passé de la concurrence déloyale provoquée par les dévaluations successives des Etats membres, la monnaie unique nous aura permis de supprimer la prime de risque qui existait sur notre monnaie nationale et qui provenait de notre histoire monétaire, nous empêchant de baisser nos taux d’intérêt autant qu’il aurait été souhaitable. Ainsi sommes-nous désormais dégagés du fardeau de protéger la valeur externe de notre devise vis-à-vis des autres devises européennes et pouvons-nous collectivement affecter l’arme de la politique monétaire à la croissance de l’ensemble de la zone européenne. Mais nous ne le pouvons que si nous renouons dans toute l’Europe avec des poli-tiques keynésiennes dont la mise en œuvre se heurtait jusqu’alors à la contrainte extérieure, c’est-à-dire au nécessaire équilibre des balances des paiements. Le vrai problème n’était donc

pas la monnaie unique, mais la lutte contre l’emprise intellectuelle de l’orthodoxie sur les gouvernements européens.

L’une des principales raisons du chômage de masse est la contradiction qui existe de nos jours entre la mondialisation et le maintien des prérogatives des Etats dans l’étroite limite de leurs frontières nationales. Cette impossibilité de pratiquer seuls des politiques keynésiennes a détourné les gouvernements de la voie des politiques publiques au moment même où elles s’avéraient pourtant indispensables. L’union européenne, en amenant l’organisation de la puissance publique au niveau de celui de l’économie privée, peut être perçue comme un moyen institutionnel de renouer avec les politiques de régulation. Malheureusement, elle n’est pour l’instant qu’une structure supranationale garantissant au capital international les avantages du marché libre.

En renonçant aux guerres monétaires, les pays européens se sont cependant donné les moyens de résoudre ce qui aurait dû nous occuper depuis le début : la régulation de l’économie capitaliste, le juste partage de la valeur ajoutée et les inégalités de la société salariale. Mais en ont-ils la volonté ?

En réalité, la monnaie unique nous enjoint, à travers la mise en œuvre d’une nécessaire politique budgétaire commune de penser une politique fiscale unique. On perçoit ici que le défi et sa solution ne font qu’un. En libérant la politique monétaire pour des objectifs internes, la monnaie unique ne pourra véritablement servir l’emploi que si elle parvient à déclencher en Europe, de manière concertée, une vaste réforme fiscale faisant de l’emploi l’objectif suprême de la politique économique. Si bien que la monnaie unique peut aussi être considérée comme une des conditions du progrès social et non comme un obstacle.

Il nous faut sans doute admettre à cet égard que la confusion traditionnelle entre les institutions et la politique suivie dans le cadre de ces institutions explique sans doute beaucoup des erreurs qui ont été formulées sur ce sujet. L’union de l’Europe se forge à travers des poli-tiques libérales et certains esprits se sont bornés à juger le bien-fondé des traités européens d’après l’usage que souhaiteraient en faire les gouvernements du moment. Adversaires et partisans du traité de Maastricht se sont ainsi retrouvés pour admettre implicitement que la monnaie unique impliquait des politiques économiques provoquant chômage et pauvreté. Et de cette confusion méthodologique, l’emprise des thèses de la nouvelle école classique dans les consciences en est sortie renforcée.

Or, si la monnaie unique nécessitait la convergence des politiques économiques, il n’était nullement nécessaire que celle-ci fût acquise au prix d’un recul de l’activité. D’une part, la convergence aurait pu être atteinte par l’augmentation des déficits votés, car ces derniers auraient entraîné une diminution des déficits réalisés. D’autre part, les critères du traité de Maastricht n’ont pas été, contrairement à ce qui a été dit, la cause des politiques de rigueur, car même en l’absence d’union monétaire, des politiques économiques similaires – dont la responsabilité exclusive incombait aux idées de la nouvelle école classique – auraient été poursuivies au nom du sacro-saint souci de l’équilibre des finances publiques. Au contraire, une politique budgétaire expansionniste financée par création monétaire nécessite l’union monétaire et économique (c’est-à-dire budgétaire, fiscale et structurelle) afin d’éviter que la concurrence entre politiques publiques et entre législations nationales ne réduise à néant ses effets.

Mais, d’un autre côté, l’absence de rigueur et de courage politique face aux multiples lobbies économiques et sociaux a laissé dériver de manière dramatique la dette publique et le déficit budgétaire de la France. Nous nous trouvons donc à un moment où il nous faudrait pratiquer des politiques expansionnistes tout en réduisant les déficits et en diminuant l’endettement de l’Etat. Nous pensons dans ces conditions qu’il est impossible de redresser les finances publiques en relançant l’économie sans modifier le contrat fiscal qui lie le capital et la nation.

Le débat sur la réduction du temps de travail a donné lieu à des errements de même nature. On a voulu démontrer qu’il fallait travailler moins pour donner un emploi à chacun tout en améliorant la qualité de vie de tous. Mais on a omis de dire que l’emploi ainsi créé serait détruit ailleurs et que cette répartition du chômage se ferait au détriment de la productivité et de la compétitivité du pays. En réalité, la France a besoin de travailler et d’investir davantage.

En réalité, les causes du chômage contemporain nous semblent principalement résider dans la faiblesse de la demande globale, faiblesse qui découle des modalités de la désinflation depuis 1983 et des conditions actuelles de la concurrence internationale. La crise de l’emploi se nourrit de celle de la demande solvable parce que la désinflation, puis la consolidation des acquis en la matière, ont été assurées exclusivement par la politique monétaire.

 

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