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De l’identité française à l’idéal européen
Qu’est-ce qu’une nation ? par Pascal Naizot
Les communautarismes sont-ils solubles dans la république ?
lundi 22 janvier 2007
par admin
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Le fait même que l’on puisse aujourd’hui se poser une question apparemment aussi simple alors qu’elle est fondamentale, alors même que la Nation sert encore de référence politique incontournable, le fait même, surtout, que l’on éprouve un certain embarras à donner une réponse claire et immédiate à la question posée révèlent, semble-t-il, un effacement de la réalité nationale dans les consciences. Cet effacement est assurément accentué depuis quelques décennies par ce qu’on appelle, un peu à la légère, la « construction » européenne. Car l’échafaudage bruxellois, tendant à la supranationalité, réclame la démolition des Nations lentement formées au cours de l’histoire. C’est ainsi, par exemple, que le privilège accordé par « l’Europe » aux régions est symptomatique d’une manoeuvre qui peut se révéler dangereuse. Car c’est dans la Nation et non dans la région que s’est fondé le système démocratique contemporain. Toucher au cadre national revient à mettre en cause non seulement une histoire pluriséculaire mais aussi une certaine conception et une certaine pratique de la démocratie. Surtout que l’idée d’un « peuple » européen relevant, pour le moment, de la politique fiction, la démolition européenne ouvre sur du vide.

Plus grave encore, d’autres courants, propres à notre temps, collaborent avec « l’Europe » à la destruction des nations : nommons-en un, le mondialisme, qui, pour son usage et son profit, rêve de faire table rase du passé des Nations et de transformer le monde en un gigantesque marché indifférencié, le « village planétaire ». Le mondialisme est en fait mal nommé : il est un individualisme forcené, un égoïsme radical.

Si l’on se réfère à l’origine latine du mot (nascor, nasceris, nasci, natus sum), la « nation » renvoie à la « naissance ». En latin, le terme a pu être employé dans la langue rurale pour désigner très concrètement « la portée » d’un animal (l’ensemble des petits, nés en même temps du même animal). Ainsi, le terme de « nation » porte en lui l’idée d’une origine commune, l’idée d’une parenté, l’idée d’un lien presque organique. A ce stade, la nation est finalement assez proche de la notion de « patrie », qui, par la référence au « père », renvoie elle aussi à une réalité familiale. En tout cas, par cette référence à l’origine, la nation se définit par rapport à d’autres hommes, qui, en quelque sorte, ne font pas partie de la famille.

Le terme de « nation », dans son évolution, a, bien sûr, pris un sens plus abstrait. C’est celui des philosophes ou des juristes. C’est celui, par exemple, que l’on trouve chez le Pseudo-Faustus (un juriste de l’Antiquité tardive) : « natio [est] genus hominum qui non aliunde venerunt sed ibidem nati sunt », « la nation est un groupe d’hommes qui ne sont pas venus d’ailleurs mais qui sont nés au même endroit ». Même si la « nation » ne désigne pas immédiatement un territoire, mais une réalité humaine (« genus hominum »), elle implique ce territoire, avec des frontières séparant l’« ailleurs » de ce que Faustus appelle « le même endroit ». Ce « même endroit » est le sol « national ».

L’étude étymologique n’est pas seulement une curiosité. Elle éclaire une question fondamentale qui se pose aux « nations » contemporaines. La nation semble supposer un groupe humain relativement stable, en tout cas relativement homogène (de même origine). Or, à un moment où les populations du monde entier se déplacent avec une grande liberté, où, « venues d’ailleurs », elles s’installent massivement dans des « nations » déjà constituées, l’équilibre nécessaire à la « nation » semble remis en cause et l’idée même de nation devient problématique. Dans cette première approche, un immigré, arrivant « d’ailleurs » dans une nation, ne saurait en être immédiatement membre (même si, bien sûr, il peut y être accueilli avec hospitalité !). En revanche, s’il a des enfants, nés dans cette nation, ces enfants ont vocation à faire partie de la « portée » renouvelée. Nous verrons à quelles conditions.

C’est sans doute aussi parce qu’elle est liée à une origine commune (par la naissance) sur un même territoire, que la nation est propice au « nationalisme ». L’ « autre », celui qui ne fait pas partie de la famille, celui qui vit au-delà des frontières, est maintenu dans son état d’altérité. Une altérité qui rehausse en retour l’identité nationale. Cette identité, assurément, définit « ce que je suis » par rapport à l’autre (« ce que je ne suis pas »), mais elle définit aussi « ce que je suis d’identique » par rapport à un autre membre de ma nation (tout ce qui me rapproche de lui).

Cette opposition entre l’autre et le même, l’ici national et l’ailleurs, est au coeur de la définition de la nation. A l’intérieur du groupe, elle garantit une identité ; par rapport aux autres groupes, elle garantit une différence, maintient une diversité.

Cette identité revêt des formes très concrètes, notamment ethniques et culturelles. C’est un « même » peuple. C’est une « même » langue, de « mêmes » lois, de « mêmes » manières de vivre, bref tout un ensemble de références communes, qui sont aussi historiques (« Nos ancêtres les Gaulois »). Comme le dit très justement Henri Fouquereau : « Une nation s’extériorise par le comportement habituel de ses membres, le groupe a les mêmes réflexes, goût ou dégoût par exemple. Les Ecossais mangent de la panse de brebis farcie qui dégoûte les Français. Les Français mangent des cuisses de grenouilles, qui dégoûtent les autres. Cette différence, et toutes les autres, forgent le caractère national. » J’ajouterais volontiers qu’une nation s’exprime aussi souvent dans les formes les plus hautes de sa civilisation. Celle de la France est hors du commun, avec des auteurs dont la grandeur suscite l’admiration, avec un art raffiné très caractéristique (jusque dans l’art des jardins !). Quelques notes de Debussy, c’est aussi cela la France. Il existe ainsi un « caractère » national, une marque singulière qui identifie la nation et en favorise la reconnaissance.

A ce stade, la nation apparaît d’abord comme un fait, une réalité sociale et culturelle : elle est un groupe d’hommes vivant ensemble, liés par des coutumes, une langue, une histoire, une civilisation. Et en ce sens, il existe de fait une « nation » française. Elle est aussi, très souvent mais pas nécessairement, une réalité juridique et politique : le groupe est structuré, organisé ; il y a un Etat « national ». Certaines nations ont survécu sans Etat. Ce n’est pas le cas de la France.

Henri Fouquereau a rappelé à plusieurs reprises qu’un élément supplémentaire définit la « nation » au sens le plus politique du terme. La nation serait « un territoire sur lequel un groupe d’hommes a choisi de vivre en commun, d’ériger, ensemble, des règles et de les faire appliquer. »

Quelque « classique » que soit cette définition, elle appelle une série d’interrogations. La notion de « choix » ne risque-t-elle pas d’apparaître comme une fiction ? Un peu comme l’idée de « contrat social », chère au philosophe Jean-Jacques Rousseau. Rappelons à ce sujet une des phrases fondamentales du Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes : « Commençons par écarter tous les faits car ils ne touchent point à la question. » L’habitude de vivre ensemble ne décrit-elle pas mieux que le « choix » ce qui constitue lentement la nation ? Si l’on accepte le « choix », à quel moment a-t-il lieu ?

Dans Conscience des peuples et laïcité, Michel Pinton affirme : « Chaque peuple est appelé à un dialogue incessant avec sa conscience. Elle le guide dans les choix difficiles ».

La formule de Michel Pinton attire notre attention sur un point capital. La nation est certes une réalité, mais c’est aussi une idée, avec toute la fragilité contenue dans l’abstraction. Sans cette conscience d’être « membre » du groupe, la nation pourrait bien conserver une existence juridique et politique sans être encore vivante. Cette difficulté paraît très actuelle. Le « choix de vivre ensemble » n’est-il pas remis partiellement en question ipso facto par l’arrivée massive sur le sol « national » de populations d’origines diverses, qui n’ont pas, bien évidemment, notre passé commun en héritage ? Les Français, ceux qui possèdent « l’identité française » légale, ont-ils encore aujourd’hui tous conscience d’appartenir à la nation française ? La réponse à cette dernière question soulève bien des difficultés.

En tout cas, et si l’on suit Michel Pinton, à chaque génération, la conscience nationale est en quelque sorte remise en question. Elle appellerait donc une refondation permanente, « incessante ».

Il y aurait ainsi, dans chaque nation, des moments « forts », plus forts que la longue habitude de vivre ensemble, des moments privilégiés où le dialogue politique entre les membres du groupe est favorisé, réactivant la conscience d’appartenir à ce groupe. On peut songer, par exemple, au moment où la nation est en danger. Et c’est sans doute une caractéristique des temps actuels de présenter des menaces parfois si sournoises qu’elles endorment le sentiment de danger.

Ce peut être aussi le moment où une nation « choisit » son mode d’organisation politique, sa constitution… Le choix de la Constitution de la Ve République au suffrage universel a dû représenter un des ces moments « forts » où la conscience d’appartenir à la nation s’aiguise. Mais plus le temps passe, moins les gens conservent le souvenir de ce choix, moins de gens ont participé à ce choix fondateur. Il arrive alors un jour où le « peuple », renouvelé, devient étranger à ce choix initial.

Dans l’idéal, à chaque fois qu’un citoyen est invité à PARTICIPER très personnellement aux décisions qui concernent la nation tout entière, sa conscience est activée. C’est pour cela que l’on a, sans doute, pour le meilleur et pour le pire, conçu le projet de faire élire le Président de la République au suffrage universel… C’est pour cela qu’il faut sans doute multiplier les occasions de participation (en créant peut-être un référendum d’initiative populaire). Reste que, à chaque fois que l’abstention se répand, c’est la nation tout entière, en tant que réalité politique, qui est mise en cause car la volonté de vivre ensemble, alors, se défait.

C’est qu’une nation ne saurait vivre de la seule conscience politique d’appartenir à un groupe régi par des lois et organisé par un Etat. Surtout quand les lois et l’Etat deviennent pesants (c’était le cas à la fin de l’Empire Romain et c’est assurément le cas aujourd’hui).

C’est dans la vie de tous les jours que chacun doit avoir le sentiment de PARTICIPER à une communauté plus grande que lui, la « nation ». Participer, c’est-à-dire avoir sa part, avoir sa place.

Car une nation, c’est encore et toujours des hommes réunis dans une société, partageant une même communauté de destin et, surtout, ayant la plus haute conscience de ce destin partagé.

Faire penser aux Français, comme certains l’ambitionnent aujourd’hui, que leur destin est « ailleurs », lié à l’Europe, revient à défaire la nation française et tenter de créer, artificiellement, une nation européenne. Et si la manipulation réussit, à défaut d’obtenir une nation européenne (ce qui est illusoire dans un laps de temps très court), la France n’apparaîtra plus comme le lieu où se joue le destin des Français, et le sentiment national, évidemment, s’effacera encore plus.

Pourtant, le 29 mai 2005 fut un de ces moments forts qui manifestent l’existence de la nation. Les Français ont très majoritairement effectué un « choix » : ils ont refusé, quels que soient leurs motifs, la « construction » européenne qui s’est effectuée sans eux. Sur ce point, la volonté nationale est sans appel. Il est impossible de se considérer comme un démocrate et de refuser ce « choix ».

Reste qu’une communauté de destin, la nation, ne peut rester une formule vaguement politique. Une nation est précisément une réalité sociale. A chaque fois qu’un membre du groupe n’a pas sa part à la vie « nationale », à chaque fois que quelqu’un se sent exclu, la « nation » tout entière est en danger. Autant, si ce n’est davantage, que dans l’abstention politique.

Pour faire vivre la nation, pour la faire exister, de manière incessamment renouvelée, il faut, en quelque sorte, en « souder » les membres. Appartenir à la nation, c’est un peu comme appartenir à une famille, c’est d’abord une protection majeure pour les individus, une protection contre les aléas de la vie. Ainsi une nation ne peut exister sans certains « choix » sociaux qui en garantissent l’unité. Non pas seulement dans les droits, mais dans les faits. Ces choix, qui permettent à la « nation » d’être plus et mieux qu’une abstraction pour philosophes, politiciens et juristes, portent un nom moderne : la SOLIDARITE. Solidarité entre les plus riches et les plus pauvres, entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, solidarité entre ceux qui produisent et ceux qui réfléchissent, solidarité entre les plus jeunes et les plus âgés. Dans ces domaines aussi il s’agit pour chacun de trouver sa place, de prendre sa part, de prendre part, de donner à l’autre sa part, de PARTICIPER. Seule cette participation concrète à la vie sociale et économique peut donner corps à la nation, donner un contenu fort à la conscience « nationale », toujours menacée, dans son abstraction, de tourner à vide, de se réduire à une « pure » conception politique. La solidarité ne saurait être réservée à la « main invisible » de l’Etat.

On pourrait, pour finir, revenir sur les dangers que courent aujourd’hui les nations, et donc la nation française. Forgée par l’histoire, la nation est menacée par la « construction » artificielle que l’on appelle « l’Europe » (par un abus qui est aussi une redoutable confusion), elle est menacée par le mondialisme qui n’a pas besoin de citoyens lucides et fiers de leur héritage mais de consommateurs dociles ou de travailleurs déplaçables et corvéables à merci, à qui, pour tout destin, on propose, à la légère, un éternel accroissement de richesses matérielles. Promesses de financiers, promesses de marchands qui font fi de tout héritage culturel ou spirituel, qui ont un coffre-fort (le leur) à la place du coeur.

La nation est menacée également et peut-être conséquemment, osons le dire, par l’arrivée massive de populations « venues d’ailleurs », qui changent la nature du peuplement, c’est-à-dire du « peuple », qui est au fondement de la démocratie. Poussées par la dureté de leurs conditions de vie, ces populations voudront-elles participer à l’héritage commun de la France, forgé par notre histoire « nationale » ? Auront-elles le désir de partager avec nous une quelconque communauté de destin, plutôt que de se réfugier dans un repli communautariste qui est radicalement étranger à l’unité quasiment familiale que suppose la nation ? Allons plus loin : comment créer les conditions qui donnent à ces populations le désir de partager l’avenir avec nous ?

La nation est aussi gravement menacée par tout ce qui, chez nous, défait le lien social, enferme l’homme dans la solitude, fait appel à ses réflexes égoïstes.

L’histoire a montré que la nation a souvent recours à la violence pour se ressouder, qu’il s’agisse de la guerre ou du pogrom. Et la violence est d’autant plus intense que la nation est d’essence « populaire », elle est associée aux mouvements de masse.

Tout l’enjeu des temps présents est de rendre possible un nouveau mode d’union, de cohésion, positif, fondé sur un projet enthousiasmant. La victoire momentanée de bien des idéologies a prouvé, au XXe siècle que l’homme se nourrit d’idées aussi bien que de pain.

Ce projet, pour susciter l’enthousiasme, pour refonder le « contrat » national (abstrait) qui donne le désir de vivre ensemble, ne peut être que « révolutionnaire ». Je l’appellerais volontiers : la PARTICIPATION. Participation à la vie politique, mais aussi participation à la vie économique et sociale, de manière responsable et solidaire. Participation aussi, par une école renouvelée, à un héritage de nouveau recueilli et transmis, celui de la civilisation française, qui constitue la part la meilleure de notre identité.

Non seulement chaque homme vivant sur le sol national aura le sentiment d’avoir part au destin du pays, il aimera sa patrie de manière charnelle : la France.

Pascal Naizot, 14 juillet 2006

 

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Messages de forum :
Qu’est-ce qu’une nation ? par Pascal Naizot
lundi 19 février 2007
par  Secrétaire National de France Bonapartiste

Notre République et l’Etat ne seraient rien sans cet espace privilégié qu’est la Nation, espace qui se doit d’être le socle de la coopération et de la solidarité. Notre Nation a une Histoire, une culture, des valeurs, il est donc important de maintenir ou de faire renaitre le sentiment national, non pas comme un nationalisme exacerbé mais comme la condition de la démocratie, de l’assimilation, de l’égalité, du progrès. Sentiment national, cohésion nationale, voilà le ciment qui permettra à la France de rester une et indivisible et de faire fasse au trois dangers majeurs qui la guette.

En effet, notre pays, notre creuset, est menacé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, par trois utopies antinationales, le communautarisme, l’européisme et le néo-capitalisme mondial.

Depuis bien trop longtemps, les soi-disant biens pensants ont voulu enterrer, diaboliser, supprimer même, les idées de Nation, de patriotisme, de souveraineté. Il y a des mots, des symboles, des figures historiques, des postures, qui jusqu’à présent, ne pouvaient être utilisées sans que vous soyez tout de suite taxé de fascistes, de réactionnaires, etc… Il plus que temps de dire stop et rétablir la vérité. Etre patriote ce n’est pas être contre l’exclusion de l’autre, être bonapartiste ce n’est pas être contre l’Europe et pour le repli sur soi.

Il y a aussi, sur notre sol, certaines personnes qui voudraient voir remis en cause ce qui fait les fondements même de notre Nation et de notre République. Remise en cause de l’égalité, de la laïcité, des lois de la République en tentant d’importer et d’imposer la supériorité du religieux sur le politique. D’autres voudraient aussi jouer de la peur, de la différence pour revendiquer des avantages supérieurs aux membres de la Nation. Le communautarisme, le retour d’un certain ordre religieux, mais aussi la discrimination positive et autres positionnements de ce genre sont à combattre.

Enfin, Le choix idéologique de l’ultra-libéralisme fait par certains, annonce l’effacement de ce qui est le modèle social de notre pays, fondé sur les droits collectifs, des biens communs, une protection sociale, l’intérêt général, des services publics, un code du travail. Leur but, que le politique et le social soient subordonnés durablement à l’économie. Là aussi il est temps de montrer qu’une autre voix existe.




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