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Débat France Wallonie Bruxelles
QUELQUES PRECISIONS SUR LA "QUESTION BELGE"
Par Denis Griesmar
samedi 20 janvier 2007
par admin
popularité : 1%

La prise de position de Pierre Hillard appelle de ma part la mise au point suivante, qui vient en complément de mes remarques antérieures, sur l’historique de la question, l’absence de "nation belge", etc.

  • 1) Le "marché transatlantique sans frontière" n’est sans doute pas inéluctable, et il y a même quelque naïveté à croire qu’on peut prévoir l’avenir en prolongeant une tendance existant à un moment donné. L’Histoire est tragique, elle est faite de heurts, et les retours de bâton sont fréquents. Est-il écrit dans le ciel que les Anglo-Saxons doivent dominer le monde jusqu’à la fin des temps, et que Waterloo doit rester une punition éternelle, avec poursuite de la prise en otage d’un rameau du peuple français et affaiblissement incessant de notre pays ?
  • 2) Le référendum italien montre bien les limites du processus de décomposition des nations entrepris sous la poussée de l’Empire, et les résistances qu’il rencontre un peu partout. Sachons lire les signes des temps.
  • 3) Nul ne conteste que le peuple français, dans cette affaire comme dans les autres, doive avoir le dernier mot ; encore faut-il qu’il soit informé ! Mais il est bien clair que la réunion de la Wallonie à la France ne pourra avoir lieu qu’après un double référendum.
  • 4) La comparaison avec l’Ancienne République démocratique allemande est très exagérée. En effet, la Wallonie ne compte que 3 millions d’habitants, et n’est jamais sortie de l’économie de marché. Certes, des dysfonctionnements existent, dus pour une part à l’absence d’alternance politique, mais les chiffres fournis par P.-H. Gendebien et le RWF montrent que la charge supplémentaire serait tout à fait supportable. Le redressement de la France passe par une politique vigoureuse de relance par l’innovation et le positionnement sur les secteurs d’avenir, politique qui n’est possible qu’en brisant le carcan monétaro-administratif européiste actuel.
  • 5) Cette affaire "belge" est au contraire une excellente occasion d’opposer le logiciel républicain français à la logique ethniciste rampante. Ce n’est pas pour des raisons raciales que la Wallonie doit redevenir française. Il s’agirait simplement de corriger une anomalie subie sous la contrainte. On peut, encore et toujours, se référer à la fameuse conférence d’Ernest Renan "Qu’est-ce qu’une nation ?" (1883), récemment rééditée (Mille et Une Nuits). Plutôt qu’une fatalité, ce qui compte avant tout, c’est le désir de vivre en commun sous les lois de la République.
  • 6) Je ne vois pas l’intérêt de faire constamment profil bas et d’adopter la politique de l’autruche. La boîte de Pandore est ouverte de toute façon, et pas à l’initiative de la France. Il faut crever l’abcès. Le référendum en Corse a bien montré que les citoyens ne s’en laissent pas conter. Il faut refuser l’amalgame avec l’argumentation communautariste. Davantage encore, on ne voit pas de quel droit la France pourrait continuer de faire la sourde oreille à l’appel des Wallons, qui, rappelons-le, étaient présents à la Fête de la Fédération (14 juillet 1790).
Les nouveaux moyens de communication que donne la Toile peuvent permettre de contourner la désinformation, ou l’absence d’information, des grands médias, très concentrés dans les mains d’une poignée de capitalistes internationaux.
  • 7) "Politique d’abord". Soit. Mais, à tout prendre, il convient de choisir son modèle. Pour ma part, sans méconnaître la culture de Charles Maurras et l’intérêt de sa pensée, j’estime qu’il a, pour le moins, gravement manqué de jugement en 1940, dans des circonstances dramatiques et cruciales pour le pays.

Je me réfèrerai davantage à la pensée et à l’action de Charles De Gaulle, qui, dans un entretien avec André Renard, syndicaliste wallon, rappelait que la France pouvait, certes, difficilement apparaître dans cette affaire en position de demandeuse, mais qu’il était impensable qu’elle puisse rester de marbre devant une démarche qui viendrait des Wallons eux-mêmes (entretien relaté et commenté dans l’ouvrage de Claude de Groulart, "Vous avez dit Belgique ?").

  • 8) Il est essentiel de comprendre, et ceci, bien que crucial, n’apparaît jamais dans les analyses et commentaires de la plupart des historiens actuels, que la "Belgique" de 1830 n’est que la préfiguration de l’ "Europe" d’après 1945… à savoir une entité impuissante par construction et objectivement au service de la puissance anglo-saxonne dominante du temps, l’Angleterre au XIXème siècle, les Etats-Unis aux XXème et XXIème siècles.

Il s’agit dans tous les cas d’un avatar de l’Empire (on le voit bien, pour l’"Europe", à la lecture de l’ouvrage collectif "Europe, Inc.", Editions Agone, Marseille, distribué par Les Belles Lettres, Paris).

Il est effarant de noter qu’un Président de la République française - nous tairons son nom par charité - ait pu louer dans la "Belgique" un "modèle pour l’Europe" !… Il s’agit en effet d’un modèle, mais pas dans le sens que l’on croit.

L’entité en question est à la fois proliférante et invalide, peut-être même en phase terminale. Derrière les discours creux, elle se caractérise par l’absence de volonté politique et par le refus de toute solidarité vraie (sécurité sociale) qui caractérisent, précisément, une nation .

Mais l’"Europe" d’aujourd’hui, grande Belgique et prison des peuples, doit-elle faire oublier la petite, blessure au flanc de notre pays, dont il faudrait se bander les yeux pour évoquer l’avenir ? Ses habitants ont le droit de se déterminer en connaissance de cause, sans oeillères, soit - au nord - pour parachever l’avènement d’un Etat flamand indépendant, qui devra cependant respecter les droits linguistiques de sa minorité francophone, soit - au sud, pour envisager, hors de toute pression, la meilleure solution à adopter, y compris la réunion pure et simple à la France.

Quoi qu’il en soit, l’actualité sportive comme la longue leçon de l’Histoire ou l’expérience constante des jeux de stratégie, comme le go, montrent de façon aveuglante que le meilleur moyen de perdre sur tous les tableaux consiste à renoncer à l’avance à toute initiative. C’est l’initiative qui fait gagner les batailles : souvenons-nous, pour une fois, d’Austerlitz !…

(suite et fin)

Il est normal que ce problème soulève les passions, car le véritable retour du refoulé auquel nous assistons oblige à remettre en question nombre d’idées reçues, et oblige à "penser" une situation que beaucoup estimaient résolue à jamais.

Mais l’Histoire est mouvement perpétuel, "Werden" comme disent les Allemands. Les Français seraient-ils, justement, les seuls au monde à croire qu’elle doit être figée à jamais, même contre leurs propres intérêts, qu’ils ont même perdu l’habitude de percevoir ?

La volonté de paix qui anime notre peuple, et qui n’est pas en cause, doit-elle aller jusqu’à nous obliger à fermer les yeux, à nous boucher les oreilles et à refuser de voir l’évidence ?

Celle d’un appel, venant d’un rameau du peuple français, otage d’un peuple germanique dans des frontières qui le minorisent en permanence ?

Il suffit d’un peu d’attention et d’analyse sans préjugé pour comprendre que nous avons affaire à une situation historique particulière, et non à un atavisme de personnages grotesques, à demi-demeurés, voués à de surréalistes "histoires belges" et à d’incessantes querelles tribales, d’une complexité défiant l’imagination.

Reprenons les arguments :

  • A. On peut, effectivement, pécher par omission, et notamment lorsqu’on refuse d’analyser sa propre Histoire, et de voir que la République s’inscrit dans la lignée de l’effort multiséculaire des rois de France. Simplement, on peut dire qu’en gros, nos rois (malgré la seule bévue commise par Louis XI, qui a malheureusement changé la donne) ont correctement évalué le rapport de forces existant avec l’Angleterre (et son alliée félone la "Bourgogne", dont l’actuelle "Belgique" est l’héritière directe), et qui interdisait à la France d’exercer son pouvoir sur la Flandre et sur Anvers. Effectivement, Jacques Bainville a bien vu le piège où était tombé Napoléon.

Maintenant, comme aurait dit Foch, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit de savoir si nous sommes dans la même configuration, si ce rapport de force est figé à jamais, si nous pouvons - si même nous avons le droit - de refuser qu’il soit un tant soit peu déplacé en notre faveur (pour une fois !), et ce non pas par une politique d’agression, d’annexion forcée, mais simplement d’ouverture, d’écoute et éventuellement d’accueil, d’un peuple wallon perdu, privé de nation, qui n’attend qu’un signe de bienveillance pour revenir au pays dont il n’aurait jamais dû être séparé ?

Ceci n’impliquant aucune agression vis-à-vis de l’Angleterre, ni de la Néerlande, ni de l’Allemagne.

Le peuple français serait-il le seul au monde à ne pas avoir le droit de disposer de lui-même ?

Il ne s’agit pas de souffler sur le feu. D’ailleurs la France, depuis très, très longtemps, est d’une frilosité caricaturale sur la question. Seul De Gaulle, sans s’écarter de la prudence indispensable en cette matière, avait bien analysé le problème.

Il s’agit de se rendre compte que la Belgique, activement et constamment, est un outil utilisé par les Anglo-Saxons contre la France.

Cet Etat s’applique constamment à réécrire l’Histoire. Dans les musées d’archéologie, l’Antiquité est "belgo-romaine" ( !!!), pour, surtout, ne pas dire "gallo-romaine". Eh oui, les Aquitains étaient Aquitains, et les Lyonnais Lyonnais ! Et alors ? Y avait-il, comme ce coup de pouce le laisse à entendre, une prédestination "belge" au temps de Jules César ? Les fameux Belges dont il parle sont, avant tout et en particulier, les Bellovaques, habitants du Beauvaisis…

Il faut redire et répéter que le problème "belge" vient du traité de Verdun et du partage réalisé pour faire des parts égales entre princes germaniques, d’où provient la fameuse "Bourgogne", prise sur la substance française, et destinée à affaiblir durablement la France face au monde germanique.

Quoi qu’il en soit, ceci n’est qu’un exemple de l’obsession qui est celle de toute institution "belge" : se démarquer de la France.

Quant au déterminisme géographique, s’il ne doit évidemment pas primer sur la volonté populaire, il pousserait plutôt à la réunion de la Wallonie à la France. Qui connaît la Belgique note bien la différence entre la platitude radicale de la Flandre et les vallonnements du "Roman pays de Brabant", et la frontière franco-belge actuelle est physiquement et humainement absurde. Il n’est pas étonnant qu’elle soit militairement indéfendable, et que l’existence même de la Belgique ait coûté à la France des centaines et des centaines de milliers de morts : ce piège a été tendu par l’Angleterre après Waterloo, et il n’a que trop bien fonctionné.

Car ce qu’omet de dire la description historique classique, que reprend M. Rochas, est que la situation, sur le terrain, a radicalement changé entre 1789 et 1815… puisque dans le même temps la Prusse a annexé la Rhénanie ! Excusez du peu !

  • B. C’est évidemment aux "Belges" de dire si la "Belgique" est une nation. Personne n’en disconvient.

Mais on peut tout de même noter le refus, de la part des Flamands, de la solidarité avec les Wallons, telle que l’établit la Sécurité Sociale : pierre de touche de ce qu’est une Nation.

Et remarquer l’extraordinaire asymétrie de l’_expression populaire :

Les Flamands se sentent et se disent Flamands ; les Wallons se disent Belges, sans trop savoir à quoi cela correspond. C’est ainsi qu’on voit, une à une, les institutions du pays se dédoubler en institutions flamandes et institutions restées "belges", mais qui se vident de toute substance autre que francophone.

On l’impression de plus en plus nette que les Wallons se disent "belges" par habitude, mais se sentent très peu sûrs dans leur identité, car on les a privés de nation depuis Waterloo. Et cette incertitude n’a plus rien de créatif, et les condamne à rester spectateurs d’une Histoire qui se fait sans eux.

Là-dessus se greffe le problème de l’accaparement de la problématique francophone par une élite bruxelloise restée belgicaine, par habitude et par intérêt - jusqu’à quand ? Il y a, comme en France, une coupure avec le peuple.

Naturellement, cette dernière remarque n’enlève rien à la légitimité de la lutte des habitants de la périphérie de Bruxelles, qui devront pouvoir s’exprimer par référendum.

On observe en réalité une sorte de "syndrome de Stockholm". Le travail de deuil en cours est douloureux. Freud, au secours !

  • C.Face à cette situation, il s’agit simplement, non pas de revendiquer agressivement une annexion forcée, ce que personne en France ne songe à faire, mais de se préparer à toute éventualité, y compris à une réunion qui n’aurait rien de scandaleux.

Maintenant, on nous dit qu’il faut établir des relations privilégiées avec la Wallonie : certes. Mais a-t-on bien noté, par exemple, l’extraordinaire retard mis à la ratification de l’accord linguistique et culturel entre la France et la Wallonie. Frilosité française, réticences belgicaines… Les Flamands n’ont pas ces états d’âme…

Il est à craindre qu’une Wallonie indépendante ne reproduise le tropisme belgicain anti-français, non pas à cause du sentiment populaire, mais du fait de l’attitude des politiques locaux, accrochés à leur "fromage".

  • D.Le contre-exemple de la Suisse est éclairant. Voilà un pays, qui est plutôt une alliance entre nations, dont l’évolution historique est "sui generis", et qui a mis au point un système politique original.

Ce système n’est pas parfait, et il reste notamment à régler le problème de la réunification du Jura, car le Jura méridional est encore retenu dans le canton de Berne, mais le principal problème de ce pays, quant à son unité, est la menace que fait planer l’adoption du "tout anglais", la renonciation du canton de Zurich à enseigner le français dans les écoles, l’obligation de passer par une tierce langue de part et d’autre du "Rösti Graben" comme du "Polenta Graben"…

Mais, jusqu’à plus ample informé, il existe en Suisse un sens de la solidarité et de la commmunauté de destin qui fait justement défaut à la Belgique.

La Belgique en est réduite, depuis longtemps, à la fuite en avant vers "l’Europe"… Ceci devrait mettre la puce à l’oreille…

Redisons enfin que la boîte de Pandore est déjà ouverte de toute façon, et évidemment pas à l’initiative de la France. Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit dans un précédent article.

L’exemple de la "ligue lombarde" italienne, contrairement à ce qui est dit, est précisément très éclairant. Il ne s’agit pas, en Belgique, d’un simple égoïsme fiscal et financier. Il s’agit de deux mondes différents, de deux langues, de deux peuples, qui ne regardent pas les mêmes émissions, qui ne lisent pas les mêmes journaux, dont l’opinion publique est toute différente - malgré les efforts désespérés de l’ "élite" belgicaine pour poser un à un tous les problèmes en termes "belges", et la désinformation hebdomadaire de M. Jean-Pierre Stroobants dans "Le Monde", qui cependant n’arrive plus à cacher la réalité…

  • E. Enfin, il ne s’agit justement pas d’égoïsme frileux, mais de regarder un peu plus loin que le bout de son nez. Si les Français, et les souverainistes en particulier, respectent évidemment toutes les nations, si nous sommes heureux qu’il existe de par le monde le maximum d’Etats francophones, nous devons faire l’effort d’analyser le cas belge.

Il serait paradoxal qu’en un temps où l’Allemagne se réunifie, où l’on bouleverse la carte des Balkans - et tout cela, bien entendu, au détriment de la France - il subsiste de par le monde un tabou, un seul : celui de la réunion de la Wallonie à la France. De Gaulle a fait gagner des années au mouvement québécois. Sans l’imiter, simplement en informant les Français et en se tenant prêts à toute éventualité, nous pouvons enfin envisager de corriger une injustice historique.

Denis GRIESMAR

 

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