SUPERCHERIE
Après s’être trompé d’un milliard dans le prix d’un deuxième PA, indiquant 4 milliards d’euros au lieu de 3, après avoir confondu la propulsion nucléaire avec la dissuasion nucléaire, reconnu que le CDG était immobilisé encore pour six mois mais qu’il assurait sa mission de permanence à la mer, le Ministre de la Défense tient un langage incohérent sur l’OTAN et l’utopique Défense européenne. Il parle d’associer l’Union Européenne à la défense de nos intérêts dans le monde, comme si l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne ou tel ou tel pays balte accepterait de participer à des interventions en Afrique, aux Antilles, en Océanie ou en Asie où nos positions pourraient être menacées ! C’est bien parce qu’il n’en est rien que tous nos partenaires européens ne veulent pas de cette Défense européenne, se trouvant confortablement installés dans l’OTAN et n’ayant nul besoin d’autre chose pour se consacrer à la défense de leur PIB. Leur participation à cet organisme dirigé par les Etats-Unis se limite au minimum acceptable, les aventures guerrières des Américains à travers le monde ne les passionnant pas.
L’Europe de la Défense est une utopie dangereuse. Seule la France a des responsabilités mondiales qui exigent une politique d’indépendance des blocs, quels qu’ils soient, et des moyens militaires autonomes pour l’affirmer aux yeux de tous. La corrélation entre la Défense européenne et la réintégration du commandement militaire intégré de l’Otan est une faute de raisonnement et une faute diplomatique extrêmement grave. Transformer des soldats français en supplétifs de l’Amérique ne peut que ruiner la position de notre pays dans le monde. « La planète n’a nul besoin d’une France obéissante, puissance moyenne qui, conformément à la théorie diplomatique, cesse d’exister si elle s’aligne sur la puissance dominante. » Emmanuel Todd in « Après la démocratie ».
Elle reste prédominante dans de nombreux secteurs comme le nucléaire, l’énergie classique et les techniques de l’avenir comme le traitement de l’eau.
Surtout la France possède un rayonnement international incomparable attaché à sa tradition de défense des opprimés et de la justice, du respect des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, rayonnement porté avec force par le réseau d’amitiés et de connivences que constitue l’Organisation Internationale de la Francophonie, organisation que le Président français a récemment non seulement négligée mais discréditée lors du dernier sommet chez les Français du Canada, au Québec.
En outre, les deux « commandements » promis à la France en récompense de son abandon de l’indépendance nationale avec son retour sous les ordres américains, ne sont pas des commandements réels. Ce sont des cellules de réflexion où l’on établit des plans qui ne sont jamais appliqués car, nécessité faisant loi, ce sont les théâtres d’opérations qui décident quand les crises éclatent, ou sont déclenchées. Les vrais centres de décision sont entre les mains des Américains et l’on ne voit pas qu’ils aient la moindre envie de s’en dessaisir au profit d’un « enfant prodigue » qui s’aplatit devant ses maîtres. Dire que l’organisation de l’Alliance permettrait à tout pays membre de ne pas participer à une guerre qu’il n’approuverait pas est formellement exact mais une imposture réelle. L’adhésion à la politique américaine des pays européens est total et il est clair que le Président Sarkozy veut aligner la France sur cet atlantisme en pensant de façon illusoire que notre pays trouvera ainsi le moyen de s’exprimer au sein d’une Europe facticement unifiée. Cette politique qui pèche par manque total de réflexion stratégique est vouée à l’échec mais, en attendant, elle va nous coûter très cher.
Tous les stratèges savent que la guerre en Afghanistan est perdue et que nous ne combattons pas là-bas le terrorisme. Consciente du fait, la nouvelle administration américaine serait d’ailleurs en train de réfléchir à la façon de sortir du piège dans lequel la précédente l’a mise. Les soldats que nous avons là-bas se battent dans une guerre qui n’est pas la notre car nous n’avons aucun intérêt à y défendre, si ce n’est celui, illusoire, de nous montrer de bons amis des Américains. La lutte contre la drogue, dont l’éradication pourrait, à la limite, constituer un objectif n’est même pas menée puisque la culture du pavot et son traitement s’y développent au contraire, alors que les Talibans les avaient pratiquement supprimés. En revanche, en Afrique ou en Océanie, voire aux Antilles, nous avons des intérêts bien concrets et des ressortissants nombreux à protéger. Les soldats qui sont en Afghanistan, comme les renforts que le Président s’apprête à y envoyer, uniquement pour plaire aux Américains, seraient indispensables à nos Etats-majors pour faire face à une crise qui viendrait à éclater dans notre immense domaine mondial, maritime et terrestre.
Tous les stratèges savent aussi qu’une solution de sortie doit nécessairement s’appuyer sur la collaboration active de la Russie dont nous devrions nous rapprocher au lieu de sans cesse vouloir empiéter sur sa sphère d’influence naturelle et en faire un ennemi. L’Iran et l’Inde, bien entendu, doivent jouer leur rôle dans cette stratégie. A cet égard, les déclarations et menaces contre Téhéran proférées épisodiquement sont la preuve d’une méconnaissance totale de ce pays à la culture plusieurs fois millénaire, et de faiblesse ou d’inexistence de la réflexion stratégique.
L’indépendance nationale, la souveraineté de notre pays, ne sont pas incompatibles avec des alliances fortes, y compris avec nos amis Américains. D’ailleurs quelle utilité présentera pour ses alliés une France alignée sur l’atlantisme ambiant du moment ? Aucune. Notre pays se verra mis au même rang que l’Italie, l’Espagne, l’Estonie ou autres qui n’ont aucune ambition mondiale ni aucuns intérêts outre-mer. Et nous serons priés de ne plus nous écarter de l’axe fixé par l’Amérique, c’est-à-dire que nous n’aurons plus de diplomatie possible, alors que notre réseau de représentations diplomatiques et consulaires est encore le second du monde en nombre.
En définitive, depuis la disparition du Pacte de Varsovie, l’OTAN n’a plus de raison d’être. Cette alliance militaire n’a plus d’ennemi désigné, si ce n’est le terrorisme qui se combat ni avec des « bombes nucléaires préventives », ni avec des chars, de l’artillerie ou des missiles dévastateurs de populations innocentes, mais avec des services de police et de renseignement efficaces. Mais on voit bien que l’ennemi non désigné de cet OTAN est en premier lieu la Russie, alors qu’elle devrait être considérée par les Européens comme leur partenaire principal, en raison de leur dépendance énergétique et de la proximité géographique. Une diplomatie française authentique et intelligente devrait avoir pour objectif de nous retirer complètement de cette Alliance qui n’est plus que le bras armé des Etats-Unis, et de faire comprendre aux autre pays européens que ce serait leur intérêt d’en faire autant.
Il semble que notre beau pays ait une propension marquée à ne pas écouter ses prophètes et ses Cassandre, voire à les brûler ou les assassiner, préférant parfois se vautrer dans la soumission et la démagogie, voire dans la trahison, pour s’aligner sur le plus fort du moment. Heureusement, au bord de l’abîme, le sursaut se produit avec des Jeanne d’Arc ou des de Gaulle, mais il ne faut pas trop tenter sa chance.
Alain Corvez, Samedi 7 février 2009
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