1) - Les faits : L’accélèration de l’inflation
Regardons d’abord les chiffres de l’inflation au cours de l’année 2007. En France, jusqu’au mois d’août, le taux de croissance des prix à la consommation est égal à 1,3 % par an en glissement. De même, dans la zone euro, le taux de croissance des prix est de l’ordre de 1,9 % jusqu’au mois d’août.
On voit donc qu’avant le mois d’août, il n’y a pas d’inflation dans la zone euro (l’objectif de la BCE d’une inflation inférieure à 2% est respectée) et encore moins en France.
En revanche, à partir du mois d’août, l’inflation s’accélère : elle passe, en France, de 1,3 % par an à 2,1 % en octobre, soit une accélération de 0,8%.
Dans la zone euro également, elle passe de 1,9 % à 2,6 % en octobre, c’est à dire que l’objectif d’inflation de la BCE est largement dépassé. De même, l’Allemagne qui est si soucieuse de l’inflation, voit le taux de croissance des prix passer du niveau de 2 % par an, qui était le sien jusqu’au mois d’aout, à 2,7 % en septembre et octobre et 3 % en novembre, soit le niveau le plus haut observé depuis 13 ans.
2) - L’origine de l’accélèration de l’inflation : L’accélèration du prix de l’énergie.
L’origine de l’accélération de l’inflation se situe clairement dans l’énergie et les produits alimentaires saisonniers puisque l’indice des prix hors énergie et produits alimentaires saisonniers ne connait qu’une faible accélération.
En France, il reste au niveau de 1,4 % par an jusqu’au mois d’aout, puis passe à 1,7% en octobre. L’accélération n’est donc que de 0,3%, alors qu’elle est de 0,8% pour l’indice général.
On retrouve le même phénomène pour la zone euro : Le taux de croissance des prix hors énergie et produits alimentaires saisonniers s’établit à 1,9% jusqu’en août et passe à 2,2 % en Octobre, soit une accélération de 0,3% contre une accélération de 0,7% pour l’indice général.
La hausse des prix des produits hors énergie et produits alimentaires saisonniers est normale puisque certains de ces produits incorporent de l’énergie ou des produits alimentaires saisonniers, mais dans la mesure ou la hausse des prix de ces produits est beaucoup plus faible que celle de l’énergie et des produits alimentaires saisonniers, c’est bien chez ces derniers que se trouve l’origine de l’accélération de l’inflation.
Cette conclusion est confirmée par le fait que l’accélération de l’inflation se produit précisément au même moment que l’accélération du prix de l’énergie, c’est à dire au mois d’août.
Entre le premier janvier 2007 et le 20 août, le baril de pétrole est en effet passé de 60 à 70 dollars, soit une hausse de 16% en huit mois, ou environ 2% par mois. Mais entre le 20 août et le 29 novembre (date de l’émission sur radio courtoisie) le baril est passé de 70 à 98 dollars, soit une hausse de 40% en trois mois ou environ 12% par mois. On remarquera enfin que la hausse du prix du pétrole n’agit pas seulement sur le prix des biens qui incorporent du pétrole dans leur processus de production, mais qu’elle agît aussi sur le prix des produits qui sont des substituts du pétrole : C’est le cas en particulier des céréales utilisées comme biocarburants, ce qui explique, indépendamment de la demande des pays émergents et des aléas climatiques, l’envolée de leurs prix ainsi que celle des aliments pour bétail et par conséquent celle des produits laitiers.
L’accélération du prix de l’énergie à partir d’août et donc bien à l’origine de l’accélération de l’inflation.
3) - L’origine de l’accélération du prix de l’énergie : L’accélèration de la baisse du dollar.
Si l’origine de l’accélération de l’inflation se situe dans l’accélèration du prix du pétrole, il convient alors de se demander quelle est l’origine de l’accélèration du prix du pétrole.
Le fait que l’accélération de la hausse du prix du pétrole se soit produite au mois d’août n’est pas dû au hasard.
Elle apparait en effet au moment où la chute du dollar s’accélère. Ainsi, entre le 1er janvier et le 20 août le cours du dollar est passé de 0,77 euros à 0,74euro, soit une baisse de 3,7% en huit mois ou environ 0,4% par mois. Entre le 20 août et le 29 novembre, le cours du dollar est passé de 0,74 euro à 0,67 euro, soit une baisse de 9,4% en trois mois ou environ 3% par mois.
La chute du dollar est elle-même la cause de la hausse du prix du pétrole (forte demande des pays émergents, tensions géopolitiques). En effet, les pays producteurs de pétrole ont réagi à la chute du dollar en élevant le prix du baril exprimé en dollar. Par ailleurs, les fonds d’investissement ont procédé à un arbitrage en faveur du pétrole et au détriment du dollar. Aussi bien, on a pu observer un mouvement de balancier entre le dollar et le pétrole.
4) - L’origine de l’accélèration de la chute du dollar : La crise financière.
Ici encore, le fait que la chute du dollar se soit accélérée au mois d’août n’est pas fortuit. La date correspond à l’éclatement de la crise financière, c’est à dire au mouvement de défiance qui s’est emparé des marchés à l’égard de la dette détenue par les banques.
La crise financière a affecté le dollar par le biais de deux mécanismes. En premier lieu, la Réserve fédérale américaine a été contrainte de baisser fortement ses taux d’intervention afin de venir en aide aux institutions financières. Cette baisse des taux a été naturellement défavorable au dollar.
En second lieu, la crise financière est allée de pair avec une défiance à l’égard des instruments de titrisation émis par les institutions financières américaines, qui a conduit d’une part à l’assèchement des émissions de leurs ventes sur le marché primaire et d’autre part à leurs ventes sur le marché secondaire, donc dans les deux cas à une pression baissière sur le dollar.
5) - Conclusion : Quels enseignements pour la politique monétaire.
En définitive, la cause ultime de l’accélération de l’inflation qui s’est produite en Europe au cours de l’année 2007 réside dans la crise financière américaine.
Cette accélération trouve donc son origine hors d’Europe et par conséquent ce n’est pas en Europe – Entendez par une élévation des taux d’intérêt- que l’on pourra lutter contre elle. La BCE commettrait donc une grave erreur si, comme elle envisageait de le faire, elle procèdait à une augmentation de ses taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Et cela, pour deux raisons :
- b) Parce qu’une contagion de l’inflation sur les salaires ( effet de second tour) n’a guère de chance de se produire en l’état actuel du marché du travail.
C’est par une action concertée au niveau mondial, comme les Etats-Unis en ont opportunément pris l’initiative, que la crise financière, la chute du dollar, et par conséquent l’inflation pourront être efficacement combattues.
J.P. V
Répondre à cet article
