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Civilisations francophones et civilisations anglo-saxo-germaines : résister à l’empire
Pourquoi appeler les francophones à résister à l’entreprise hégémonique de l’empire US ? par A. Salon
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mardi 3 juin 2008
par Administrateur
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Il se peut que nous regrettions un jour, après sa chute déjà prévisible, le présent empire.

Le suivant pourrait être encore pire.

Et d’autres dangers menacent.

L’Islam comme les autres, au moins chez nous et dans les pays à projet analogue, puisque les musulmans pratiquants, et, parmi eux, ceux qui sont tentés par l’islamisme militant, y sont en proportions et manifestations assez voisines.

Pour les empêcher d’imposer leurs lois et coutumes chez nous tous, il convient de tenir à tous le même langage, avec tact et générosité, mais avec la plus grande fermeté.

Les arguments à employer sans pusillanimité, à énoncer avec la plus grande force et à diffuser largement parmi les résidents, en France comme au Québec, en Wallonie… tiennent à la paix partagée, à l’intérêt général.

A l’égard de ceux qui possèdent nos nationalités : l’argument principal est « l’égalité de tous devant la loi ».

A l’égard des résidents qui ne les partagent pas, et sont donc étrangers : il faut parler fermement de « charbonnier maître chez lui » et de « respect de l’hospitalité ».

Cette « annonce de la couleur », ces arguments forts sont très bien compris et entendus s’ils traduisent une politique à la fois ferme, cohérente et humaine, d’un gouvernement crédible.

Mais – insistons !- en se gardant aussi et surtout de l’Empire le plus immédiatement hégémonique et envahissant.

C’est la réponse de la République, de la France, et de toute autre Nation, québécoise, wallonne.. qui tient à s’affirmer et durer.

Mais il s’agit pour les Français de rester fidèles à la vocation et à l’utilité universelle de « la France contre les robots et contre les empires ». Vocation qui est aussi ancrée chez les Québécois, les Wallons, et un certain nombre de gens qui participent des cultures de langue française. Si nous résistons avec succès à cet empire-ci, nous serons mieux préparés à résister à ses successeurs.

Tout en résistant nous aussi à l’autre menace protéiforme du moment, l’islamisme, nous ne devons pas nous laisser empêtrer dans les filets de l’empire ni embrigader dans ses guerres.

L’islamisme, à ne pas entièrement confondre avec l’islam, constitue certes une menace. Aussi pour la France, bien qu’elle ne paraisse pas être en première ligne. Parce que les islamistes sont encouragés à englober tout l’« Occident » dans leur haine.

Ils font de l’« Occident chrétien » la cause principale, voire unique, de leur situation actuelle de dépendance et d’infériorité, en omettant de mettre en cause leurs propres carences (que seraient certains de ces pays sans leurs fantastiques rentes pétrolières ?…).

La cause de l’humiliation ressentie depuis des siècles. Depuis que les musulmans, en même temps que les juifs, furent chassés par les rois catholiques de la péninsule ibérique après leurs époques glorieuses de Cordoue, Séville, Grenade.

L’islamisme se nourrit, certes, de l’islam et du Coran. Mais il ne pourrait entraîner le milliard de musulmans dans une unité militante et guerrière que si une très forte pression extérieure contraignait à cette unité factice, au-delà des races, des nationalités et des nationalismes, des divergences religieuses aussi, pas seulement entre sunnites et chiites. Le danger islamiste se nourrit surtout des excès de pouvoir d’un « Occident » américain prédateur et, de surcroît, prêcheur et imbu d’une « supériorité » surtout matérielle, elle-même de plus en plus contestée, parce que très contestable.

A l’égard du danger islamiste ainsi nourri de l’extérieur, la France et les nations de cultures proches de la sienne se doivent de rester très vigilantes, sans peur ni faiblesse coupable, d’abord chez elles.

Mais leur vocation reste de se dissocier d’abord de la forte pression anglo-saxonne et de sa conception de l’ « Occident ».

En 1535, François Ier, face à la plus grande puissance de l’époque, l’Empire des Habsbourg, qui encerclait la France et constituait pour elle une menace plus immédiate que l’Empire ottoman, conclut un traité avec la Sublime Porte. Ces « Capitulations » (chapitres de traité) étaient loin d’être une capitulation au sens actuel. Ou une « trahison à l’égard du camp chrétien ». Ce traité signé par le « Roi très chrétien » reconnaissait en effet à la France le rôle exclusif - resté tel pendant quatre siècles ! – de protectrice des chrétiens de toutes églises, orthodoxe incluse, et de toutes nationalités, dans l’immense empire ottoman qui comprenait alors, hormis la Turquie, les pays appelés aujourd’hui Irak, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Arabie, Egypte, Grèce, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Macédoine, Serbie (Kossovo inclus) …

Ce rôle de protection a contribué à asseoir, notamment par les nombreux missionnaires envoyés, l’influence de la France et de sa langue dans tous ces pays.

Pas plus que le Président Jacques Chirac ne fournit des troupes aux Etats-Unis en Irak, le Roi de France, n’envoya de navires aux Habsbourg à la grande bataille navale de Lépante, en 1571, là où Cervantès fut blessé…

On le reprocha à Charles IX.

En omettant de rappeler la victoire décisive, six ans plus tôt, en 1565, des Hospitaliers - surtout des chevaliers français - qui repoussèrent les Turcs au siège de Malte. Ils étaient conduits par M. de la Valette, Grand Maître de l’Ordre (aujourd’hui « de Malte »), qui avait doté l’île de redoutables fortifications en prévision des attaques ottomanes.

La situation d’aujourd’hui est très différente de celle d’alors. Mais la France a toujours vocation et intérêt à mener une politique d’équilibre. A défaut d’assumer le rôle ancien de protectrice, elle doit rester un môle et un « témoin » de la liberté, de la diversité, de l’humanisme. En se gardant, certes, des militants islamistes comme d’une peste. En retrouvant chez elle l’énergie de lutter contre tous les communautarismes.

En empêchant aussi l’entrée des Turcs et des turcophones hors Turquie dans l’Union européenne tant que celle-ci perdure. Avec une carte maîtresse à jouer : celle de la vraie neutralité religieuse, celle de la laïcité au sens le plus noble.

Atout accessible, du reste, à l’ensemble du « grand large francophone », et bien partagé tant en Wallonie qu’au Québec. Devant un vrai « projet français », juste et généreux, les divers communautarismes reculeraient.

De même, au demeurant, que les nombreux et puissants corporatismes endémiques.

Mais voyons d’un peu plus près, sans donner dans un « anti-américanisme primaire » condamnable, pourquoi il convient de se défendre moins des « amis américains » que de l’hégémonie américaine en question.

Parce que :

Les États-Unis d’Amérique voient en la France – et dans les diverses manifestations du « fait français » – l’un des principaux obstacles à leur hégémonie.

Ils cherchent à l’écarter dans leur volonté affichée d’accomplir leur « destinée manifeste » de domination mondiale.

Pourquoi tant d’efforts de leur part pour écarter cette « nuisance-là », alors que la France est bien loin d’avoir le poids démographique, physique, économique de la Chine, de l’Inde… ?

Parce que la France représente et sécrète, plus que presque tous les autres pays en dehors de la Chine, des contrepoids et contre-modèles dans de nombreux domaines :

D’abord la seule autre conception rivale de l’universalisme (partagée par la plupart des pays de la Communauté francophone). Conception plus catholique, plus ouverte aux autres, à leurs différences, au dialogue avec eux, pour faire, avec leurs apports, vers un « point oméga » à la Teilhard de Chardin, une synthèse d’une humanité tout entière élevée. Non pas une pyramide, mais une tour.

C’est, sans doute, l’un des plus redoutables défis lancés à l’Amérique.

La France, avec la Francophonie, est, en dehors de l’Islam et de la Chine, le pôle de rejet de l’Empire le plus naturel pour nous, mais le plus déconcertant pour les Américains, parce qu’ils l’imaginent le plus proche d’eux, et sont évidemment déçus.

Les États-Unis en veulent d’abord aux alliés et amis de ne pas être les premiers à s’aligner derrière leur vérité, leurs objectifs, et leurs intérêts.

La France, avec la Francophonie, entraîne d’autres pays à refuser la conception huntingtonienne du « choc des civilisations » et prône activement le dialogue des cultures, notamment entre les Orients et les Occidents. Ver dans le fruit. Mauvais élève francophone qui pollue toute la classe « occidentale ».

La France du « Royaume contre l’Empire », de la « citoyenneté », de la « Cité » à l’opposé du « global village », est le parangon, l’archétype de l’État nation, républicain, laïque de surcroît, qui, au moins en théorie, rejette à la fois les groupes de pression qui, aux Etats-Unis, font l’État, les régionalismes et les communautarismes-apartheid prisés des Anglo-Saxons, et l’imprégnation par la religion de la vie publique et de la conduite de l’État (« God bless America ! », « In God we trust », « prayer breakfasts » lors de manifestations officielles, prêches de Bush et d’autres sur la lutte du Bien contre le Mal…).

La France est une empêcheuse de tourner, de guerroyer et d’écraser en rond : par son droit de veto au Conseil de Sécurité ; par sa voix originale dans le monde ; son capital de sympathies dans les pays arabes et musulmans, dans le « Tiers-Monde », en Amérique latine, jusqu’en Chine ; et encore par sa force nucléaire indépendante, que les États-Unis avaient tenté en vain d’étouffer dans l’œuf.

La France, après les Romains, a diffusé dans bien des pays son droit écrit, seul rival mondial du droit d’inspiration britannique, dans les affaires, les règles de comptabilité.

Des territoires français et des États partiellement francophones se trouvent sur les cinq continents. C’est le seul cas, en dehors des possessions anciennes et présentes de la Grande Bretagne et des États-Unis. Aussi cherche-t-on à mettre fin à notre présence en Nouvelle Calédonie, en Polynésie, dans d’autres îles du Pacifique (au Vanouatou la lutte est féroce). Aussi veut-on la remplacer en Haïti. Aussi appuie-t-on vigoureusement les efforts opiniâtres d’Outaoua pour assimiler les francophones du Canada et noyer l’État du Québec dans la Fédération imposée.

La langue française, bien qu’elle soit menacée, reste aujourd’hui la seule autre langue à extension, vocation et prétention, vraiment mondiales. Au-delà de son expansion géographique, elle prétend, face à l’anglais ou à l’allemand « langues naturelles », « langues de Nature », être la langue, construite, de Raison (selon les Allemands Curtius et Sieburg) et de « Culture ». Funeste prétention !

Obstacle à la « conquête des esprits ».

Lorsqu’on entre dans le domaine économique, plus directement sensible à l’Américain moyen, celui-ci retrouve toujours sur son chemin la France et d’autres pays francophones : la Belgique, le Québec, la Suisse en partie. Par la conception commune des « services publics », obstacles aux multinationales à capitaux aujourd’hui majoritairement anglo-saxons. Par la protection des industries culturelles, notamment dans l’audiovisuel. Cette protection est une gêne en elle-même pour les majors américaines. Elles ont certes déjà réussi à réduire bien des cinématographies nationales autrefois florissantes, telles l’allemande, l’italienne, la japonaise, qui réussissent encore à produire quelques œuvres çà et là grâce à des coproductions avec la France, le Canada, le Québec, ou d’autres. Mais elles s’irritent, et les autorités américaines avec elles, de ne pouvoir encore dominer les 20% du marché européen et peut-être mondial qui continuent à leur échapper, tant pour leurs intérêts matériels que pour la réussite complète de l’entreprise impériale de Conquête des esprits (Yves Eudes), et de Nouvelle guerre contre l’intelligence (Charles Durand, chez F.-X. de Guibert). Et le modèle francophone est d’autant plus dangereux qu’il donne des idées à d’autres, tend à s’étendre, et anime le débat, à l’UNESCO, à l’OMC et en dehors, sur l’exception ou la diversité culturelle.

La recherche scientifique française, pourtant bien diminuée, et exprimée largement en anglais, suivie, contrôlée, voire pillée (cf. le cas du virus du sida : Gallo-Montagnier), par Garfield à Philadelphie et les comités de lecture des revues anglo-saxonnes, ose encore toucher à des domaines qui gênent : l’atome, l’espace, les océans, la biologie, la génétique, les industries pharmaceutiques, aéronautiques, les techniques de communication…Et elle a entraîné d’autres pays développés, surtout européens, dans ses grands programmes. Voir le projet Galileo (système de positionnement) : les Américains ont tout fait pendant plus de dix ans pour l’empêcher de voir le jour. Ils poursuivent leurs efforts pour l’empêcher d’avoir une vocation militaire et de briser le monopole du réseau anglo-saxon « Échelon » d’écoute et d’observation mondiale. De même, ils ont multiplié les pressions, finalement vaines mais puissantes, en faveur de l’implantation au Japon, pays qu’ils jugent encore très proche d’eux, du projet expérimental international « ITER » de production d’énergie par fusion, plutôt qu’à Cadarache jugée bien préférable par les Européens et la Chine…

Dans les industries de pointe qui découlent de cette recherche, la rivalité est patente. Par exemple, entre les compagnies de production et de traitement de l’eau, enjeu majeur des prochaines décennies. Ou entre Boeing et la société française puis européenne Airbus devenue très performante et gagnante.

Tous les coups sont permis. On avait bien réussi à tuer le Concorde. Rappelons-nous : les autorisations d’atterrir aux États-Unis ne furent données, pour les quelques beaux oiseaux produits, qu’après l’abandon à Toulouse des chaînes de fabrication.

En somme, pour les États-Unis, il s’agit de faire taire ou d’éliminer cette rivalité-là, afin d’avoir les mains libres et de se tourner vers des adversaires plus redoutables, telles la Russie et la Chine, qu’ils tentent d’encercler et de brider.

Des puissances européennes les aident. Certaines restent nos rivales et veulent régler avec nous de vieux comptes. D’autres, voire les mêmes dans quelques cas, acceptent leur propre vassalisation, en espèrent des dividendes, et, partant, ne supportent pas que nous fassions mine de refuser leur sort et de nous mettre orgueilleusement au-dessus du lot. Ainsi aidés, les États-Unis cherchent à éliminer tout ce que la France et la Francophonie représentent encore. Ils le font directement. Et aussi indirectement, par Europe fédérale interposée.

Leur action directe commence à porter ses fruits, voyons un peu comment :

Dans les attaques contre notre « grand large » : actions précitées à l’égard du Québec, de nos territoires du Pacifique, d’Haïti ; sape et élimination bien avancée de l’influence française dans l’ancienne Indochine, comme auparavant de l’ancienne influence espagnole à Puerto Rico et aux Philippines ; interventions de plus en plus massives en Afrique francophone, y compris au Maghreb, où des mouvements islamistes ont été, comme en Afghanistan contre les Russes, encouragés contre l’influence française ; présence de plus en plus forte, y compris par des conseillers et formations militaires, à Djibouti, dans des pays francophones d’Afrique noire, notamment producteurs de pétrole : au Tchad, en Côte d’Ivoire.

Méditons le soutien, contre la France, à Laurent Gbagbo en 2003, et aux manifestations de rue manipulées à Abidjan. Ces manifestations ont bénéficié de milliers de drapeaux américains, qui ne devaient pas être en réserve dans les ministères ni dans les foyers ivoiriens quelques semaines plus tôt… Les conseils assortis de pressions de moins en moins discrètes d’abandonner notre langue – et d’imiter ainsi, il est vrai, nos propres élites françaises ! – pour passer à l’anglais sont prodigués aux responsables locaux. Un mouvement en ce sens semble être amorcé au Rouanda, à Madagascar, voire au Bénin ex-« quartier latin de l’Afrique francophone »…

Les programmes de bourses de formation aux États-Unis des élites africaines francophones se sont multipliés, certes avec des difficultés de visas après l’attaque du 11 septembre 2001…

Ce qui précède va de pair avec l’appui que des institutions publiques et privées, des politiciens et des journaux anglo-saxons, imprégnés de leur conception communautariste d’apartheid, apportent à tous ceux qui, en France, soutiennent les revendications des communautaristes, notamment des islamistes. Alors que ces derniers lancent, dans la question du voile et dans d’autres, un défi à la République et veulent imposer chez nous leur mode de vie et leurs propres lois. Nous avons tous écouté et vu dans nos médias les réactions des Anglais et des Américains au moment du vote de la loi sur les signes religieux ostentatoires. Ils voulaient ignorer qu’il s’agissait de l’école publique, et non pas d’interdire aux femmes de sortir voilées dans la rue…

Les Anglo-Saxons sont certes des alliés, et passent souvent pour être des amis.

Mais en même temps ils s’appliquent toujours à nuire à nos intérêts avec une merveilleuse opiniâtreté.

Quant à l’exigence vitale de l’exception culturelle, d’origine québécoise (dans les négociations de l’ALENA traité de libre-échange de l’Amérique du Nord), devenue très vite franco-québécoise, puis reprise par la Communauté francophone aux Sommets de 1993 à Maurice et d’octobre 2002 à Beyrouth, elle a toujours été, et reste, vigoureusement combattue par les « majors » du cinéma, les groupes de pression américains, et leur Gouvernement.

Elle a déjà été édulcorée en « diversité culturelle », malgré les efforts des francophones. Ceux-ci ont été soutenus par bien des artistes, cinéastes, associations, d’Europe, Amérique latine et d’ailleurs, mais très peu par les gouvernements européens. On sait qu’il s’agit de soustraire à la compétence de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce), ex-GATT proche des Américains, les échanges de biens et de services culturels, qui ne sauraient être traités tout à fait en marchandises comme les autres. L’UNESCO a été chargée d’élaborer un instrument spécifique, convention ou traité international sui generis. Or, les États-Unis, qui avaient longtemps boudé l’UNESCO, firent savoir, dès leur rentrée alors décidée, qu’ils s’opposeraient par tous les moyens à la naissance de ce nouvel instrument. Ils font en outre pression sur les États francophones qui ont signé la déclaration des Chefs d’État francophones en 2002 à Beyrouth, pour conclure avec plusieurs d’entre eux des accords bilatéraux de libre échange qui incluent les biens et services culturels. Ils en ont déjà obtenu avec le Cambodge et le Maroc… Cette action continue, alors que la convention UNESCO a été signée en octobre 2005 à une écrasante majorité. Les Etats-Unis, seuls avec Israël à voter contre, ont interdit ou fait retarder bien des ratifications, dont le nombre a tout de même atteint et dépassé en 2007 le seuil requis. La convention a pu entrer en vigueur le 18 mars 2007. Mais ce rempart reste bien fragile.

Quand on sait que les échanges de biens et services culturels sont souhaitables et nécessaires à la cohésion interne d’ensembles géoculturels tels l’Hispanophonie, la Lusophonie, la Francophonie, fondés en bonne partie sur une langue internationale en partage et d’indéniables affinités culturelles, on comprend l’importance de l’enjeu.

Il importe de souligner que la stratégie des États-Unis pour parvenir à leurs fins inclut depuis longtemps une voie indirecte : la construction d’une Europe fédérale. Non pas, certes, d’un ensemble rival qui leur ferait contrepoids, d’une « Europe-puissance » telle que des Français, principalement, la rêvaient naïvement ou la présentent encore, alors qu’ils sont presque seuls à se bercer d’illusions parmi les Européens.

Mais une Europe vaste ensemble flou, étendue jusqu’à coïncider avec les limites de l’OTAN par l’inclusion plus ou moins dictée de la Turquie et d’autres pays proches des États-Unis.

En même temps toutefois : une Europe ligotée – hors Grande Bretagne - par des institutions-garrots, garantes de son impuissance politique et de son ouverture économique à tous les vents dominants du grand marché mondial et du libéralisme, seuls idéologie et projet communs qui lui soient permis.

Une Europe fagotée aussi et phagocytée par l’imprégnation de la culture américaine, et le puissant médium de la langue anglo-américaine imposé à marches forcées.

Dans cette résistance mondiale, les francophones, français au premier rang, sont certes présents, mais leur part est loin d’être à la hauteur de leur potentiel.

Alors :

Pourquoi ce relatif abandon par les francophones, cette quasi-aboulie à surmonter ?

Au Québec, il faut remonter jusqu’à la défaite de 1759-60, sanctionnée par le Traité de Paris de 1763, et au traumatisme de l’abandon par la France, qui a choisi de négocier la récupération des riches « îles à sucre » aux Antilles de préférence aux « quelques arpents de neige au Canada » selon Voltaire qui avait des intérêts dans le commerce du « bois d’ébène ».

Il est dur de sortir d’une mentalité de vaincus abandonnés par la mère-patrie.

En Europe, point n’est besoin de remonter jusqu’à 1815 et Waterloo, défaite pourtant ressentie profondément, « intégrée » par les Wallons comme par les Français.

Ni jusqu’à 1870.

Ni même jusqu’à la guerre de 14-18, victoire si chèrement acquise, si meurtrière de la jeunesse d’une France et d’une Wallonie laissées exsangues.

Arrêtons-nous plutôt à l’une des principales conséquences du massacre des poilus dans la « der des der » : la lassitude et l’effondrement militaire et surtout moral de juin 1940.

Il semble bien que les Français ne s’en soient pas encore remis. Même le sursaut gaulliste et le redressement de 1958-1974 n’ont pas effacé ce profond traumatisme. Défaitisme et vichysme marquent encore la conscience nationale. Les décolonisations, Dien Bien Phû, Suez, la guerre d’Algérie, les accusations subies de colonialisme et d’impérialisme et des crimes subséquents, hantent toujours les esprits.

Ont même resurgi récemment des reproches d’esclavagisme ancien, certes condamnable, mais que personne n’a l’idée d’adresser à des pays, notamment orientaux, qui le pratiquent encore aujourd’hui, allègrement, cruellement, et impunément.

Tout se passe comme si les élites françaises politiques, médiatiques, avaient perdu l’habitude et le goût, le besoin, de regarder au-delà de l’immédiat, d’avoir une vision à long terme de la France et de l’humanité.

En juin 1940, sous le choc de la terrible défaite, l’Appel du Général de Gaulle n’étant pas encore largement connu, le seul discours audible était :

« Vous voyez bien qu’Hitler a gagné. Dans quelques semaines, il sera à Londres. Toute résistance est vaine. L’Europe va être allemande. Après tout, ce sera tout de même l’Europe, même si ce n’est pas celle que nous souhaitions depuis Napoléon, puis Victor Hugo. Elle a trouvé son fédérateur. Ce n’est pas nous ? Eh bien, tant pis ! Notre heure est passée. La seule chance pour la France de compter encore et d’influencer l’ensemble est de se ranger derrière l’Allemagne dans une collaboration que nous pouvons négocier avec les atouts qui nous restent. »

C’était quatre années seulement avant la Libération de la France : la vision à long terme du Général de Gaulle n’était alors guère partagée.

Or, en 1947-48, au plus fort de l’expansion communiste en Europe et ailleurs, l’opinion dominante fut une nouvelle fois à très courte vue :

« Le communisme vaincra partout. Staline avale l’Europe de l’Est. « Le Parti » va prendre le pouvoir en France comme en Italie. L’URSS, première puissance, vaincra le capitalisme. Les États-Unis eux-mêmes tomberont. La France retrouvera sa voie universaliste en se rangeant sous la bannière des Soviets. »

C’était six années seulement avant la mort de Staline, un peu plus de quatre décennies avant l’effondrement total de l’Empire soviétique.

Churchill, plus éclairé, disait : « Les empires de demain seront les empires de l’esprit »…

Aujourd’hui, nos élites atteintes de la même myopie semblent incapables – contrairement aux dirigeants chinois qui traitaient l’Empire américain de « tigre de papier », il est vrai : avec des « dents nucléaires » - de concevoir qu’il puisse s’écrouler lui aussi, dans un délai sans doute plus rapproché qu’on ne le pense.

Nos élites renoncent à la vocation de l’esprit. Elles consentent, par fatigue, lâcheté, intérêt, et surtout par légèreté et absence de vision, à la vassalisation de la France, province d’une Europe américaine, à l’abandon de son grand large, de l’Afrique, du Québec, de la Wallonie, et de la Francophonie, et à la réduction progressive de sa langue à un parler local.

Le « non » bien net du peuple français, lors du referendum du 29 mai 2005, aura-t-il marqué le sursaut espéré, s’il n’est pas détourné, contourné ?

Il ne suffit pas de ne plus consentir à la chute. La France est mouvement en avant. « Nation bicyclette », il lui faut sans cesse une impulsion, seul moyen de ne pas tomber, et avant tout une orientation, un plan de route. Or, elle a bien certaines élites qui pédalent, mais sans savoir où elles vont.

L’explication ne réside d’ailleurs pas seulement dans le « lâche soulagement » des petits marquis des cours parisiennes de n’avoir plus à porter la redoutable charge de la France sur leurs frêles épaules. Plus noblement, notre attachement même à l’universalisme y a sa part. Le vieil universalisme français, fondé d’abord sur le catholicisme, a été largement porté, au XVIIIème siècle, par les Lumières et par l’universalité de la langue française, toute relative, mais vantée en 1783 au concours de l’Académie de Berlin remporté sur ce même thème par Schwab et Rivarol. Aujourd’hui, le français est parlé par plus de gens dans le monde qu’à cette époque, mais c’est l’anglais qui l’a supplanté largement dans la fonction d’universalité. La perte de l’universalité de la langue française qui est du domaine du constat, de la réalité, ne doit pas, dans la perception de nombreux Français, entraîner la perte de l’universalisme, qui est du domaine de l’idée, du besoin ressenti de parler à et pour l’humanité entière. Il est donc essentiel, aux yeux de nombre d’élites françaises éclairées, de rester universalistes sans le support de notre langue, en acceptant jusque chez nous l’universalité de l’anglais. De bonnes âmes – l’inévitable et ineffable Alain Minc, sismographe très sensible de tsunamis à venir, n’est pas la seule – ont pu aller jusqu’à conseiller aux mères françaises de faire entendre dès leur grossesse des sons anglais à leurs bébés à faire naître, et à baptiser d’un prénom anglo-américain, pour les préparer à maîtriser parfaitement cette langue universelle du pouvoir, de l’Empire, de l’Europe qui en dépend, et des lendemains qui chantent dans la même langue.

Au Québec, nous avons vu les effets de la longue résistance d’un peuple, dans une large mesure le nôtre. De sa « revanche des berceaux » d’abord. De sa « Révolution tranquille » et de son éclosion culturelle ensuite. De sa loi 101 de 1977 pour protéger sa langue et sa culture. Exemple pour nous.

Car nous allions devoir dire un jour : « Nous sommes tous des Québécois ».

Même si tout là-bas n’était pas aussi exemplaire et « modèle » que certains Français le prétendaient, habitués qu’ils sont à voir les choses d’un peu loin et à répéter des idées reçues sans trop en vérifier le bien fondé.

Il fallait, en tout cas, invoquer cet exemple pour réveiller chez nous les endormis, stimuler l’esprit de résistance, éviter la dilution du « sel de la terre », aérer la France, lui redonner confiance.

Il faut savoir aussi que, dans bien des endroits du monde, il subsiste, souvent très forte, une demande de France. Peut-être irrationnelle, peut-être appelée à être déçue, mais forte ; c’est incontestable. Il faudrait pouvoir en convaincre tant de nos « élites » désabusées, exsangues, sans vision ni force, qui considèrent qu’il faut être « réaliste », renoncer aux « vieilles lunes », et noyer la France dans un magma indistinct et dominé.

Le Ministère des Affaires étrangères, instrument de notre diplomatie, est bien placé pour percevoir cette demande. Il en rend compte dans ses rapports. Il en tient parfois compte dans son action. Mais ce n’est pas une règle générale.

Car il ne faut pas croire que le Quai d’Orsay soit toujours le premier défenseur naturel de nos intérêts nationaux, passionné en toutes circonstances par le développement de nos œuvres. On imagine trop « le MAE » (alias : « le Département ») porté par la voix de la France, celle-ci étant pourtant censée « être une politique étrangère ». En grossissant à peine le trait, une connaissance intime de cette noble maison permet d’affirmer que les « pro-France » n’y sont qu’une sensibilité parmi d’autres, dont la voix est souvent couverte par celles des sensibilités euro-fédéralistes et euratlantiques. Vis-à-vis de leurs ministres, je crois pouvoir situer mes anciens collègues du Quai beaucoup plus près de M. Roland Dumas que de M. Hubert Védrine, ou de M. Michel Barnier que de MM. Michel Debré, Robert Schumann, et Dominique de Villepin. Avec les fausses notes de MM. Douste-Blazy et Kouchner.

Cette Maison est un conglomérat, une juxtaposition et superposition de castes, strates, clans et confréries, d’origines sociales, de religions, de chapelles politiques, de loges, de mœurs, diverses et divergentes. L’Ancien Régime, mâtiné d’ « État français » et de IVème République, avec des isolats gaullistes.

Ce ministère a nombre d’agents de haute compétence, des traditions solides et des corporatismes, mais son « âme française » s’est un peu diluée en près d’un siècle, surtout depuis l’entre-deux guerres et le suivisme dominant à l’égard de la Grande-Bretagne, puis des États-Unis.

Tout cela ne prédispose pas à soutenir vaillamment la grande explication mondiale avec l’Empire.

Dans leur grande majorité, nos diplomates, à l’instar de nombre de nos « élites dirigeantes » consentent à s’aligner sur l’empire et sur l’Europe fédéralisante qui le sert en fait.

 
Post Scriptum :
Voir le dernier livre d’Albert Salon " France, Wallonie, Quebec…même combat "

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Messages de forum :
Francophone et Cambodge
dimanche 14 février 2010
par  poivre
La francophonie se joue aussi bien en France qu’à l’étranger comme au Cambodge par exemple. Car l’anglais prend de plus en plus de place et c’est bien dommage.

Poivre de Kampot

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    8 avril 2006

  3. Une politique de la langue française et de la Francophonie
    1er décembre 2006

  4. Droit des travailleurs français de travailler en français en France par A. Salon
    15 février 2007

  5. Halte au pseudo-anglais dans les entreprises, par Claude Hagège
    24 mars 2007

  6. Francophonie, France et campagne présidentielle, par le groupe PHENIX.
    7 avril 2007

  7. Mais à quoi bon un drapeau et un hymne national, si demain nous devions tous parler anglais ?
    7 avril 2007

  8. Le prix de la Carpette anglaise 2007 a été décerné à Mme Christine Lagarde
    29 novembre 2007

  9. Signez la petition en faveur de la francophonie et de la lutte contre le tout anglais.
    3 mars 2008

  10. "Langue Francaise : les forces d’un renouveau possible"
    3 mars 2008

  11. A propos du parrainage d’enfants martyrs par des élèves de CM2.
    19 mars 2008

  12. Emissions "francophones" de mars et avril 2008 à Radio Courtoisie
    27 mars 2008

  13. Pourquoi appeler les francophones à résister à l’entreprise hégémonique de l’empire US ? par A. Salon
    3 juin 2008

  14. La Francophonie : chance énorme négligée par Albert Salon
    4 juin 2008

  15. Les langues régionales reconnues patrimoine national dans la Constitution française par A. Salon
    1er juillet 2008

  16. La France doit choisir par Albert Salon
    1er juillet 2008

  17. La Francophonie dans la Constitution de la France ? par Albert Salon
    1er juillet 2008

  18. Les langues et la Francophonie dans la Constitution française révisée 
    23 juillet 2008

  19. Pourquoi ces chutes de la langue française en Allemagne et de la langue allemande en France ? par A. Salon
    1er octobre 2008

  20. PETITION - SAUVEZ LA FRANCOPHONIE DE ROUMANIE
    7 octobre 2008

  21. Evènements au Sommet de la Francophonie par Albert Salon
    1er novembre 2008

  22. Une véritable offensive semble bien être lancée contre la langue française et la Francophonie
    23 décembre 2008

  23. « Le français en partage » (Radio Courtoisie) : Emission du 02 mars 2009 animé par A. Salon
    2 mars 2009

  24. L’ Observatoire de l ’espace francophone est né !
    27 mars 2009

  25. « La « Carpette anglaise » reprise en Italie ! par Albert Salon
    16 mai 2009

  26. Nationalité française à recouvrer par les descendants des anciens Canadiens
    16 mai 2009

  27. Il faut achever le monstre de « Lyon Airports » ! par Chantecler
    9 juin 2009

  28. Vers des états généraux de la langue française et de la Francophonie ? par A. Salon
    16 juin 2009

  29. Langue française et Francophone : un défi de notre temps, par A. Salon
    27 juin 2009

  30. Emission « le français en partage » 20 juillet - 17 aout dirigées par Albert Salon
    14 juillet 2009

  31. La troisième francophonie : un acteur dans la mondialisation par Michel Guillou
    12 août 2009

  32. Pour une « citoyenneté francophone » par Guy Dalens
    18 août 2009

  33. Contre la science en français : un sabotage organisé ? par Patrice BERSAC
    8 septembre 2009

  34. Monsieur le Premier Ministre par Albert Salon
    8 septembre 2009

  35. Qu’est-ce qu’une langue ? par Denis Griesmar
    19 septembre 2009

  36. Notre projet de Villers-Cotterêts : un pas en avant ! par A. Salon et J. Myard
    27 septembre 2009

  37. Communiqué des associations de défense de la langue française relatif à la réforme des lycées.
    27 octobre 2009

  38. La langue française au cœur du débat sur l’identité nationale
    5 novembre 2009

  39. DÉFENDONS LA LANGUE FRANÇAISE, NOTRE BIEN COMMUN
    26 novembre 2009

  40. « Le français en partage » (Radio Courtoisie) : 09 novembre, 07 décembre 2009 animé par A. Salon
    7 décembre 2009

  41. PRIX 2009 DE LA CARPETTE ANGLAISE
    17 décembre 2009

  42. Nos cours sont dispensés en anglais ! L’Elysée et le Gouvernement français défiés.
    31 janvier 2010

  43. Communiqué de presse sur l’AG d’ "Avenir de la langue française"
    4 février 2010

  44. « Bitte, einsteigen ! » : En voiture, s’il vous plaît ! Et pas en anglais ! par A. Salon
    25 février 2010

  45. Le Canada a affiché tout son mépris envers les francophones, accuse Marois
    25 février 2010

  46. Une grande Conférence de presse de 14 associations de promotion du français, le 30 mars au Salon du Livre
    16 mars 2010

  47. Etats généraux de la langue française et de la Francophonie, par A. Salon
    3 avril 2010

  48. APPEL DE LYON par Michel Guillou
    8 juin 2010

  49. Appel de Lyon par Albert Salon
    14 juin 2010

  50. Au Québec, la lutte continue contre l’Empire et pour le français !
    15 juin 2010

  51. L’Allemagne remonte, l’allemand aussi ! Et nous ? par Albert Salon
    26 juin 2010