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L’A.FR.AV
Fraternité, Solidarité, Coopération entre les francophones du monde entier.
Le terrorisme est-il engendré par l’impérialisme ?
Pour une nouvelle diplomatie par Alain Corvez
Dans ce monde en évolution, la France doit continuer à tenir son discours universel
lundi 28 mai 2007
par admin
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Une nouvelle diplomatie française doit se fonder en premier lieu sur le fait que la France, du fait de son histoire bimillénaire, ainsi que de l’originalité et de la diversité du peuple qui la constitue, ne peut être comparée à aucun autre pays au monde. « Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté des autres… » (De Gaulle cité par Malraux dans « Les Chênes qu’on abat ». 1970) La France a rayonné et rayonne encore dans le monde entier par son esprit, porté par une langue précise et riche admirée par tous les érudits, et sa défense des valeurs essentielles de l’humanité qui lui ont fait tissé au cours des siècles des liens privilégiés avec les peuples du monde, au-delà des régimes qui les gouvernent.

C’est pourquoi il serait illusoire et vain de comparer les ambitions françaises et son rôle dans le monde à ceux de tels ou tels autres Etats, tout particulièrement en Europe où aucune nation n’est liée comme nous le sommes à de nombreux pays, liens qui nous font un devoir en même temps qu’ils nous renforcent dans les équilibres planétaires. Ceci implique une diplomatie indépendante et souveraine ne la liant à aucun bloc sans pour autant l’isoler, mais respectueuse des différentes cultures et des particularismes nationaux avec lesquels son intérêt l’amène à conclure des accords sur un pied d’égalité. Cette politique d’indépendance doit lui permettre de tenir une place équilibrée entre les différents pôles de puissance du monde et les considérer avec réalisme et pragmatisme, en excluant tout parti pris idéologique, en prenant en compte les intérêts légitimes des uns et des autres au même titre qu’elle affirme les siens.

L’effondrement de l’URSS a bouleversé les rapports de forces d’un monde jusqu’alors resté en paix par l’équilibre de la terreur. Reconnus à juste titre comme l’unique puissance économique et militaire, les Etats-Unis ont alors pensé qu’ils devaient, au nom de la démocratie érigée en vertu universelle, apporter à l’ensemble de la planète les bienfaits de leur mode de vie et de leurs conceptions, pensée généreuse pour certains mais qui permettait de dissimuler un impérialisme qui s’est rapidement mis à l’œuvre au profit des intérêts économiques américains et consistant notamment à pérenniser le contrôle des sources d’énergie mondiales ou à s’emparer de celles qui leur échappaient. « Si les Etats-Unis deviennent consciemment maîtres du monde, vous verrez jusqu’où ira leur impérialisme. » (De Gaulle à Malraux op.cité). Sans obstacle au début à leurs visées, ils ont pourtant essuyé rapidement des échecs retentissants qui ont développé contre eux des antagonismes forts et souvent radicaux. Les faibles et les petits n’ayant d’autre arme contre la superpuissance que le terrorisme, ils l’ont développé là où il était en germe ou déjà actif, et créé là où il n’existait pas mais où, comme en Iraq, l’Amérique permettait par son intervention injustifiée de cristalliser les haines contre elle. Il est clair en effet que le terrorisme est engendré par l’impérialisme (cf. mon analyse sur le sujet de mars 2006) et que la plupart des problèmes du monde seront réglés le jour où les grandes puissances mettront un terme à l’injustifiable sort qui est fait aux Palestiniens par un Etat d’Israël encouragé, soutenu, armé par l’administration américaine actuelle. Un nombre de plus en plus grand de Juifs, d’Israéliens et d’Américains en a conscience et on peut espérer qu’un jour prochain leur voix sera entendue. La seule arme efficace contre le terrorisme est le respect de la justice et de la liberté des peuples à disposer de leur propre sort : c’est le message que la France doit à nouveau porter de manière universelle.

D’ailleurs, dans le monde de nouvelles forces apparaissent et contestent ces ambitions américaines de direction du monde. La Russie de Poutine s’oppose avec une fermeté de plus en plus marquée à l’encerclement dont elle est l’objet, la Chine affirme sa place sur la scène internationale avec patience et sagesse mais non sans détermination et l’Inde, le Brésil en font de même, exigeant une conception multipolaire du monde. Réalistes, ces Etats signent entre eux des accords et entendent bien ainsi préserver leur espace vital et résister à une direction monopolistique des affaires de la planète. « Qu’est-ce qu’un monde unipolaire ?…C’est le monde d’un unique maître, d’un unique souverain. En fin de compte, cela est fatal à tous ceux qui se trouvent au sein de ce système aussi bien qu’au souverain lui-même, qui se détruira de l’intérieur. Bien entendu, cela n’a rien à voir avec la démocratie, car la démocratie, c’est, comme on le sait, le pouvoir de la majorité qui prend en considération les intérêts et les opinions de la minorité. » (Vladimir Poutine. Conférence de Munich sur la sécurité. 10 février 2007.)

Dans ce monde en évolution, la France doit continuer à tenir son discours universel de défense des réalités culturelles que sont les nations et s’opposer à toute hégémonie, d’où qu’elle vienne. Elle peut s’appuyer pour cela sur l’immense souhait des autres pôles de puissance dans le monde et sa diplomatie devrait s’orienter en premier lieu vers la Russie avec laquelle une longue histoire nous lie et qui pourrait nous donner des garanties sur nos approvisionnement énergétiques. Des partenariats fructueux devraient être conclus avec cette vieille nation qui renaît des cendres du communisme plus vite que le monde ne l’escomptait, dans de nombreux domaines, notamment l’aéronautique, l’espace et l’énergie. En l’occurrence, nos intérêts et les siens se rejoignent, bien plus qu’avec les Etats-Unis.

Car il faut bien admettre que l’économie américaine n’a rien à partager avec nous et que notre amitié avec ce peuple que nous avons aidé à accéder à l’indépendance est totalement désintéressée. Désormais nous sommes plutôt rivaux économiquement, ce qui était déjà le cas aux temps des blocs, mais la menace soviétique nous imposait une solidarité qui n’a d’ailleurs jamais failli, surtout du temps du Général de Gaulle. La menace qui pèse aujourd’hui sur la France n’est plus celle d’une hypothétique invasion du territoire par l’URSS mais celle bien réelle du terrorisme qui s’en prendrait à nous en raison d’une solidarité marquée avec l’impérialisme américain. Tout nous incite donc à conserver notre sympathie à l’Amérique, mais à savoir défendre nos intérêts de manière réaliste en nous entendant sincèrement avec les puissances émergentes qui ne manqueront pas de peser de plus en plus sur le destin du monde.

Dans cette conjoncture, la nouvelle diplomatie française doit faire comprendre à ses voisins européens que la seule façon de construire une Europe politique est de le faire en s’appuyant sur les réalités que sont les peuples au lieu de construire un système utopique qui n’a d’autre échappatoire que l’alignement sur un atlantisme paradoxal-car tout devrait nous pousser au contraire vers le continent-, et de respecter les nations qui composent cet ensemble au lieu de vouloir réglementer et diriger leurs modes de vie, de travail et même de repos.Les nations européennes ont une longue histoire dont elles sont fières ainsi que de leur traditions et, si elles sont prêtes à s’entendre avec leurs voisins et savourent quand cela est possible la fin de conflits incessants, elles ne souhaitent pas se fondre dans un ensemble sans âme qui n’aurait d’autre avantage que de faciliter le commerce international et les déplacements des personnes.

Une France fière d’elle, auréolée de son rayonnement international, défenseur des pauvres et des déshérités, devrait être le ciment d’une Europe puissance car les autres nations ne se sentiraient pas menacées par une quelconque suprématie française mais pourraient au contraire s’associer à cette œuvre grande et généreuse, au lieu d’aller chercher une protection outre-atlantique, tout particulièrement pour celles qui étaient autrefois protégées par l’URSS. « Ne vous trompez pas : il (John Kennedy) voulait maintenir à tout prix la situation dominante des Etats-Unis dans la défense de l’Occident. Et je ne suis pas sûr que malgré sa valeur, il n’ait pas accepté la comparaison, chère aux naïfs, entre les Etats-Unis d’Europe et les Etats-Unis d’Amérique, alors que ceux-ci ont été créés à partir de rien, sur une sorte de Sibérie fertile, par des flots successifs de colons déracinés. » (De Gaulle à Malraux, op. cité)

Une Défense et une Diplomatie communes en Europe ne sont pas actuellement possibles du fait des divergences d’intérêts entre les pays et surtout en raison de l’alignement sur Washington de beaucoup d’entre eux. La crainte d’une hégémonie française en Europe est sans doute la raison qui pousse certains pays européens à chercher outre-atlantique un antidote à cette angoisse, ce qui sous-entend « a contrario » qu’ils reconnaissent cette vocation de notre pays à diriger la construction d’une Europe indépendante. Dés lors qu’ils ne verront plus dans la France de visées impérialistes dans notre action mais au contraire le moteur d’une construction respectueuse de la liberté et de l’indépendance des peuples, ils ne pourront que s’associer à cette œuvre où ils trouveront l’épanouissement de leurs riches histoires séculaires. Il faut donc travailler à rapprocher les points de vue de quelques pays et créer des « coopérations renforcées » lorsque des convergences sont trouvées, et il en existe avec de nombreux pays qui ne se tournent vers l’Amérique que pour trouver un soutien. Tant qu’elle restera dans l’orbite américaine, l’Europe ne peut se construire et toutes les tentatives sont vouées à l’échec, on pourrait ajouter : « heureusement ! ». C’est pourquoi la France devrait se retirer de l’organisation militaire de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être depuis la disparition de la prétendue menace soviétique, et qui est le vecteur de l’impérialisme américain pour encercler la Russie. Et appeler les autres nations européennes à en faire de même.Le Pacte de Varsovie n’existe plus qui avait été créé pour contrer l’alliance militaire occidentale.

Construire une Europe puissance, c’est construire une alliance d’Etats qui se connaissent des intérêts communs et se donnent les moyens de les poursuivre ensemble, en conservant leur souveraineté, leurs cultures, leurs particularismes. Une telle alliance doit trouver son catalyseur, son noyau dur qui devrait être une entente franco-allemande, puisque la Grande Bretagne ne s’est toujours pas libérée de son atlantisme, bien qu’elle soit un exemple pour sa défense de la souveraineté des nations- et notamment la sienne-La France doit utiliser son siège à l’ONU pour mettre en œuvre sa vaste politique internationale et être le porte parole d’une telle Europe en gestation. Elle doit aussi conserver et moderniser sa force de dissuasion nucléaire, garante de sa souveraineté et, bien qu’une telle responsabilité ne puisse se partager, assurer ses amis européens que ce dernier recours pourra être utilisé au profit de ses alliés, dés lors que nos intérêts communs auront été définis.

Alain Corvez 11 mai 2007

Les fondamentaux d’une politique étrangère de la France (d’après l’exposé de M. P. Maillard le 16 mai, dans sa première partie : hors d’Europe)
  • 1) En écho renforcé à une sorte de préalable posé par M. Maillard au sujet du « Village global », ou « global village » cher à Marshall Mac Luhan et à ceux des Etats-Uniens qui pensent que leur pays est naturellement le « chef de village », un peu comme au Club Méditerranée, je pense qu’ il importe de rejeter ce concept - ce « psycho-virus » selon Laborit, Rifaat et Charles Durand – et lui opposer nettement notre concept latin de la « Cité », ce qui va très loin…
  • 2) Dans la même veine, il faut rejeter avec la dernière énergie le concept (psycho-virus) d’ « Occident », dont S. Huntington, beaucoup d’Etats-Uniens et d’européistes, pensent qu’il est unique, qu’ il unit tous les « Occidentaux » (y compris les Japonais depuis leur mise en tutelle par les Etats-Unis et aussi longtemps que cette tutelle durera !… ) derrière un chef de file tout désigné : le seul « Etat-phare », les Etats-Unis d’Amérique du Nord, qui sont prêts à diriger le « conflit des civilisations », et à « lever l’ost » des vassaux et féaux, à la mode irakienne.

Il faut marteler que l’ « Occident » est lui-même fort divers, multipolaire, et englobe artificiellement des philosophies et des civilisations fort différentes, voire opposées sur bien des plans. Les fondements de la civilisation française, en particulier, ne sont pas ceux de la civilisation « W.A.S.P. ».

  • 3) La déploration de M. Maillard relative à la quasi absence de la politique étrangère et de la défense dans la récente campagne présidentielle est d’autant plus justifiée que la France, bien plus que d’autres pays, prétend être, et est, une voix dans le monde, une personne qui vit surtout par ce qu’elle a à dire à et pour l’Humanité, ou prétend avoir à dire. Après Paul-Marie Coûteaux et d’autres avant lui, on peut soutenir que la France est une politique étrangère, qu’elle « est politique étrangère ».

Le Forum devrait, à mon sens, réaffirmer cette idée avec la plus grande vigueur. Il y a là une des clés et justifications du maintien, ou du recouvrement, du premier pilier traité par l’Ambassadeur Pierre Maillard : l’indépendance.

  • 4) J’ajoute, dans ce même contexte, que les menaces politiques, militaires, économiques, auxquelles M. Maillard voit notre pays exposé, sont aussi culturelles, notamment de la part des Etats-Unis d’Amérique du Nord hégémoniques et d’autres piliers du monde anglo-saxo-germanique. Les rapports annuels du State Department et de la C. I.A., ainsi que du British Council, font une place non négligeable aux succès remportés dans l’expansion et l’exportation organisée, planifiée (cf. le livre important de Yves Eudes, paru en 1982, et ceux de Charles Durand ), de l’anglo-américain et de la culture anglo-saxonne dans le monde, et l’éviction ou la sape de notre langue et de notre présence culturelle dans bien des endroits.
  • 5) L’important chapitre consacré par M. Maillard à la « visée mondiale de la France » appelle de ma part ces brefs commentaires :
    • Pour reprendre, dans un contexte nouveau, une formule de Mao Tsé Toung, la politique étrangère de la France doit continuer sans faiblesse à « marcher sur les deux jambes » : la jambe européenne (non fédérale !…) et celle du « grand large », qui comprend, évidemment, la « Communauté francophone » à prendre au sérieux et à renforcer considérablement, bien au-delà de la communauté franco- (pas trop euro !-) méditerranéenne.
    • Le « grand large », c’est aussi, voire d’abord, nos départements et collectivités d’outre-mer. Il semble que la très grande majorité de leurs habitants de toutes nuances de couleurs ne veuillent pas l’indépendance, et souhaitent, avec une simple autonomie déjà en bonne voie, vouloir agir, pour la France, pour sa langue, sa culture, et les intérêts territoriaux et nationaux, dans leurs environnements respectifs. Il est temps que le gouvernement de la France conçoive une politique qui tienne le plus grand compte de cet atout majeur, inestimable.

Albert Salon , Président du FFI-France et d’ « Avenir de la langue française », membre du bureau du Forum pour la France.

 

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