Mais, après l’intermède Lénine et la mise en application en Russie du marxisme-léninisme, le « père fondateur » suivant sera pour le moins discutable puisqu’il s’agira de Staline de ses 50 ou 60 millions de victimes (par la famine, les déportations, les goulag et les 4 ou 5 millions de détenus dans des centaines de camps de travail forcé). L’arbitraire despotique conduisant à l’échec économique et social, jusqu’à l’effondrement du système et la dislocation de « l’empire du mal ». Voilà une bien encombrante référence.
La grande figure de Jaurès n’a pas été omise et c’est justice. Humaniste, champion des avancées sociales, il fut aussi ardent pacifiste ce qui, est moralement fort compréhensible. Mais il eut le tort de l’être à contretemps. Outre-Rhin mettant en pratique le pangermanisme Guillaume II préparait le peuple allemand à une guerre estimée nécessaire à la grandeur de l’Allemagne prétendument menacée par la Triple Entente tandis qu’en France on renonçait au service militaire de trois ans et à l’artillerie lourde et que l’anti militarisme ralliait bien des suffrages. L’Allemagne crut en profiter en déclenchant la plus meurtrière des guerres, du moins pour la France. Et voici un autre « père fondateur » aux idées généreuses mais incongrues en 1912/1913.
Puis à l’écran ce fut le tour de Mao. Certes, il a sans doute sorti la Chine de sa torpeur séculaire. Mais à quel prix ! Entre 1950 et 1976 plus de 80 millions de victimes, dont la moitié lors « du grand bond en avant ». Certes la gestion d’un peuple de plus d’un milliard n’est pas aisée. Mais une autorité aussi brutale est un patronage dont les socialistes français aimeraient bien faire l’économie. Elle ne milite guère en faveur du système.
Après Mao ce fut le tour de Fidel Castro. Il a maintenu l’indépendance de l’île et, outre-atlantique, porté haut le drapeau du socialisme. Un socialisme autoritaire, avec une cinquantaine de camps de travail forcé, des dizaines de milliers de détenus politiques et un échec économique manifeste. Encore un parrain encombrant.
Les plus récents garants français du bien fondé de la doctrine que présenta le film d’Antenne 2 n’engagent guère davantage à s’en remettre à elle. Ce furent, successivement, Léon Blum et François Mitterrand.
Les congés payés, une meilleure rémunération du travail ont été fêtés dans la joie. La défaite, l’occupation, le pillage des ressources de la nation, l’humiliation et les sanctions imposées par l’ennemi ont dissipé les illusions démagogiques et imposé aux Français les dures exigences de la réalité. Encore un « père fondateur » dont l’évidente bonne volonté a coûté fort cher à la France.
Les dernières images de ce film – dont on dirait aujourd’hui qu’il était « contre productif » – ont été consacrées à François Mitterrand. Traitant du parti socialiste français son apparition était inévitable. Mais également inopportune. Bon orateur, habile manœuvrier, il a aussi pratiqué le mensonge, s’est approprié les ressources de l’Etat pour en faire bénéficier ses proches, et a précipité le déclin de la France, qu’avait déjà amorcé son prédécesseur. Il a conduit le pays à la vassalité, conclu des traités qui aliénaient son indépendance et la souveraineté de sa population, il a facilité « l’invasion » pour accroître sa clientèle électorale, appauvrir le pays et préparé sa dé-industrialisation. Loin de servir la France, il s’en est servi en jouisseur particulièrement gourmand. Visionnant ce film madame Arlette Chabot l’a tenu pour un excellent parrain, apte à illustrer le débat. Mais les esprits chagrins pourront associer ce parrainage à celui qu’offre la maffia…
Aussi la question se pose-t-elle : comment, avec les meilleures intentions et dans le but d’éclairer par l’Histoire un utile débat politique, Antenne 2 a-t-elle choisi des « pères doctrinaires emblématiques » aussi discutables ? A moins que le parti socialiste n’en ait pas d’autres….
Pierre Marie Gallois
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