- 2) Les autres << langues de France >> selon les critères de la DGLFLF (Délégation Générale à la langue française et aux langues de France) du temps de MM. Bernard Cerquiglini (et Encrevé à Matignon), c’est-à-dire les langues importées par des groupes d’immigrés qui les parlent entre eux sur le territoire national (arabe, tamazight, portugais, italien, espagnol, polonais, tamoul, turc, ouolof, malgache, malinké, bambara, foulfouldé, lingala, swahili, voire anglais dans certaines communes, etc.) doivent faire l’objet d’une réflexion plus approfondie.
Nous considérons que tous les étrangers qui font le choix de venir en France doivent s’y intégrer, voire s’y assimiler au moins sur le plan de la pleine connaissance et de l’usage courant, sans être forcément unique, de la langue française…
- 3) Cela étant, nous sommes conscients de ce que les langues régionales enracinées ne sont pas seulement une préoccupation légitime de gens attachés à leurs racines, mais qu’elles sont aussi un levier de revendications politiques ethnicistes et régionalistes pour tels politiciens et groupes féodalistes très minoritaires, mais actifs, qui rêvent de détruire l’unité de la République et de la Nation en faisant revivre des duchés et comtés, et revendiquent des indépendances, voire, pour certains, des rattachements à des pays voisins.
Nous savons bien que des européistes à Bruxelles et ailleurs travaillent, par divers leviers tels le Comité des Régions d’Europe - et des coopérations transfrontalières géographiquement très orientées - à la destruction des grands Etats de l’Europe, d’abord et avant tout du vieux parangon d’Etat-Nation-République à prétention universaliste qu’est la France.
Nous savons bien aussi, comme l’écrivent Pierre Hillard (Les régionalismes en Europe) et Yvonne Bollmann (La bataille des langues en Europe) que ces actions de Bruxelles sont partiellement inspirées et nourries par d’actives officines privées, voire publiques, d’Allemagne et d’Autriche.
La plus grande vigilance s’impose donc, plutôt qu’une simple bonne volonté béate.
- 4) A la lumière de ce qui précède, ALF a adopté la position suivante sur les langues régionales enracinées : aide, même publique, à leur maintien et à leur développement, mais avec deux butoirs très importants : a) pas de reconnaissance comme langue officielle dans les départements français ; et b) pas de statut de langue véhiculaire principale de l’enseignement à tous niveaux de l’enseignement public ou bénéficiant d’une aide et d’une reconnaissance publiques.
- 5) Nous restons fermement opposés à la ratification par la France de la Charte des langues régionales et minoritaires.
(article rédigé par Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres, ancien Ambassadeur, président d’ « Avenir de la langue française », administrateur du Forum pour la France, responsable de la Commission Francophonie)
Article du 23 juin 2008 dans le Figaro :
La langue, l’Etat et la loi Alain-Gérard Slama
23/06/2008
Car enfin, à moins que notre pays veuille ressembler à la Belgique ou à l’Espagne, l’affaire ne souffre aucune discussion. Il est indiscutable que, comme l’écrit l’Académie, « depuis plus de cinq siècles, la langue française a forgé la France ». En une phrase, l’essentiel est dit. Car s’il est vrai que l’Etat a donné son unité à la nation, la langue s’est imposée à l’Etat, plus que l’Etat à la langue. C’était l’esprit de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui se bornait à fixer la langue des actes officiels. La République a prolongé cette politique au moyen de l’école publique.
Loin de pâtir de cette oeuvre d’éducation, menée par des instituteurs laïques, les langues régionales y ont puisé un second souffle. Elles n’ont jamais autant inspiré la littérature et l’université que dans les premières décennies de la IIIe République. Aujourd’hui encore, en Bretagne, les écoles Diwan, de statut privé, prospèrent avec le soutien public. Que ces langues fassent partie du patrimoine de la nation, comme le formule l’amendement parlementaire, c’est l’évidence.
Mais elles n’ont pas fait la France, et si elles tendent à décliner, c’est moins par la volonté de l’Etat que sous le choc de la modernité.
Les inscrire dans la Constitution, de surcroît dans son premier article, celui-là même qui proclame la République « indivisible, laïque, démocratique et sociale », serait aussi absurde que de faire couler un paquebot pour renflouer ses canots. Cela reviendrait au surplus, de la part de l’Etat, à reprendre à son compte un procès injuste et faux.
Ce serait faire droit à des revendications extrémistes, qui éprouvent une fois de plus l’efficacité des procès de mémoire et du chantage à la repentance, en invoquant contre la République le mythe d’un « génocide culturel » que son histoire dément. Le plus grave est que le processus en cours s’inscrit dans un mouvement de ressac de l’universalisme devant une poussée de replis identitaires, qui, sous le masque de la « diversité culturelle », touche l’ensemble de l’Europe.
La Charte européenne des langues régionales et minoritaires oblige à reconnaître un « droit imprescriptible » de pratiquer « une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique ». Le danger de ce texte réside dans les deux derniers mots, qui étendent l’exercice de ce droit à l’administration et à la justice. Le 7 mai 1999, le gouvernement Jospin l’a signé. Il ne reste plus qu’à le ratifier.
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