Certes, nombre d’entre eux avaient retrouvé le goût du combat avec Jean Pierre Chevènement mais les effets n’avaient pas été à la hauteur des espérances, loin s’en faut. Certes, certains penchent pour une abstention ou un vote blanc qui soulignerait le mépris que tous les politiciens leur inspire mais, dans un scrutin majoritaire, s’abstenir c’est voter en ne sachant pour qui qu’après les résultats.
Le tropisme d’un grand nombre de Gaullistes les fait pencher vers la Droite, qui qu’ils en aient. Cette position était défendable et même justifiée à l’époque où la force principale, à Gauche était le Parti Communiste, c’est à dire un parti plus inféodé encore que les partis de Droite à une puissance étrangère. Aujourd’hui, il n’en n’est plus de même. Le plus grand danger qui menace notre souveraineté nationale n’est plus d’ordre militaire mais d’ordre économique et financier. La tendance des Gaullistes vers la Droite n’est plus justifiable.
Sur la question essentielle de la Nation les Gaullistes ne peuvent plus espérer, en 2011, exercer une quelconque influence sur une Droite qui s’est ralliée à l’idée selon laquelle le pouvoir n’appartient plus aux élus du peuple mais aux détenteurs de capitaux et plus précisément aux détenteurs de capitaux flottants multinationaux. Depuis 1974 toute la politique menée par les Présidents de Droite a tendu à réduire les moyens de l’Etat face à ceux des puissances financières et des milieux d’affaires. Soulignons bien qu’il ne s’agit ni d’une trahison ni d’une sottise mais de l’application d’une idéologie selon laquelle l’économie doit désormais tenir lieu de politique et que le progrès n’est possible qu’au prix d’une liberté de plus en plus totale rendue aux intérêts privés soumis à le seule loi de la concurrence. Telle était notamment la raison d’être des lois dites TEPA qui constituaient une avancée décisive dans cette perspective, notamment du fait du bouclier fiscal et de la réduction des droits de succession. Il s’agissait de remettre la France dans le circuit naturel des grands mouvements financiers multinationaux pour l’application d’un système qui s’est effondré en 2008.
Vouloir demander à la Droite de rétablir, voire de maintenir les pouvoirs des Nations, c’est lui demander de renoncer à elle-même. Les dirigeants de la Droite soutiennent la privatisation généralisée et le libre échange mondialisé régulé par ma " main invisible" d’Adam Smith. Il n’existe pour le Gaullistes aucun espoir de ce côté.
Convaincre la Gauche de la nécessité des Nations est difficile mais possible. La Nation reste en effet aujourd’hui, et pour longtemps, le seul cadre dans lequel la solidarité peut être développée. Chacun sait, même et peut-être surtout à Gauche que la bataille pour les Droits conquis à l’issue de grands combats et les Droits qui restent à conquérir pour obliger les forts au partage n’est concevable que dans un cadre national, et difficile même dans un cadre national. Les rêves de partage universel ne sont pas ceux des dirigeants politiques de la Gauche Française, ni ceux de l’écrasante majorité de leurs électeurs.
Si nous autres Gaullistes rencontrons de réelles difficulté avec la Gauche, c’est aussi parce que nombre d’entre nous n’ont pas assez réfléchi aux leçons du Général et que notre patriotisme prend trop souvent la couleur d’un nationalisme. Il faut rappeler aux gens de Gauche, mais rappeler aux Gaullistes aussi que De Gaulle et Michel Debré ont infligé à la France une cure d’austérité puissante pour respecter notamment les règles du Traité de Rome. Il faut rappeler aux gens de Gauche mais aussi aux Gaullistes que De Gaulle tenait le plan pour une ardente obligation, et la partage des pouvoirs notamment dans l’entreprise pour un objectif essentiel.
Beaucoup de Gaullistes de conviction, j’avoue en faire partie, ont choisi la Droite en Mai 1968 en réaction contre les barricades. Je suis aujourd’hui convaincu que le 30 Mai 1968 a été la fin du Gaullisme en ce que la manifestation géante sur les Champs Elysées a permis au Parti Gaulliste de prendre le pas sur De Gaulle. Aujourd’hui, nous savons que les dirigeants de la Droite au pouvoir ne nous représentent plus du tout. Il serait navrant que notre mouvement d’idées finisse dans l’équivoque.
Il est temps pour les Gaullistes de choisir la Gauche.
Etienne TARRIDE
