La flotte de Sa Majesté bombarda Canton et ses troupes s’installèrent sur l’îlot de Hong-Kong, puis débarquèrent sur le continent, assiégeant Amoy et Changhaï et contraignant Pékin à signer le traité de Nankin (1842), la Chine versant à l’Angleterre une « indemnité de 230 millions de francs-or, traité lui accordant le droit de commercer librement avec 5 ports sur le littoral chinois et cédant au vainqueur l’île de Hong-Kong. Paris et Washington exploitant la faiblesse militaire de la Chine, réclamèrent aussitôt les mêmes avantages et Pékin s’inclina.
Mais, face aux canons des Occidentaux, la Chine en était encore à la lance, l’arc et la flèche si bien que Britanniques et Français estimèrent qu’ils pouvaient tirer parti de leur écrasante supériorité, organisant une nouvelle expédition qui, par la « victoire » de Palikiao s’ouvrit la route de Pékin. Les vainqueurs saccagèrent le Palais d’été détruisant des milliers de trésors artistiques accumulés au cours des siècles.
A nouveau le gouvernement chinois fut contraint d’accorder l’ouverture aux vainqueurs d’une dizaine de ports et d’y installer des « concessions » bénéficiant de l’exterritorialité, la Chine étant menacée dans sa souveraineté…
Cette manière de s’ouvrir le marché de la Chine y est-elle oubliée ? Douteux.
On imagine aisément les sentiments des maîtres de cet immense pays, maintenant à la tête de « l’usine du monde » et de près de 2.000 milliards de réserves de change convoités par les « anciennement industrialisés », prédateurs en leur temps et aujourd’hui quémandeurs. Bon prince, le vice-gouverneur de la banque centrale de Chine, M. Yi Gang peut s’offrir la satisfaction de déclarer à l’agence Reuters : « Nous participerons activement au sauvetage – des victimes – de la crise financière internationale ». Ce n’est plus au canon que « l’occident » s’ouvre le marché chinois. Les imposantes réserves en milliards de dollars sont à la fois respectées et convoitées. Avec sa force de travail Pékin leur doit d’entrer en maître dans l’économie mondiale.
2.- L’OBAMERIQUE
Aux Etats-Unis, le « changement » a été accueilli avec d’autant plus d’enthousiasme que l’élu, le 44ème Président, est pour la première fois un homme de couleur. Il a bénéficié d’une campagne publicitaire de grande ampleur, et il a attiré les foules et… l’argent.
Brillant orateur et servi par son physique, il incarne aisément deux « changements » : la politique générale d’une part, et un métis au sommet, d’autre part.
George W. Bush a réuni les conditions de ce « changement » par l’accumulation des échecs aussi bien en politique extérieure (Afghanistan, Corée du Nord, Iran, Moyen-Orient) qu’en politique intérieure (crise économique au retentissement international). Son équipe n’a retenu de la mondialisation des échanges que ses avantages immédiats sans tenir compte qu’en retour il faudrait s’accommoder de la production, en masse et à bon compte, des « milliardaires en vies humaines » dont Washington voulait s’ouvrir les marchés tout en se gardant d’être, en échange, leur marché. Pour les Etats-Unis, et plus généralement les Occidentaux vivant dans leur sillage, le mal est fait. Clinton puis Bush à la Maison-Blanche, le démocrate comme le républicain, ont accompagné la montée en puissance de la zone Asie-Pacifique du déclin de la zone Atlantique qu’ils dominaient politiquement et économiquement.
En une vingtaine d’années les Etats-Unis ont perdu une large part de leur crédit moral. En quête d’énergies fossiles, ils ont conduit des guerres qui ont mobilisé contre eux une importante fraction de la population mondiale. Les experts admettent que leur pays ne sera plus, d’ici peu, l’unique superpuissance, la Chine pour sa puissance de travail, la devançant. Si la campagne d’Obama a suscité un tel enthousiasme et nourri de grands espoirs c’est que les Etats-Unis sont en complet désarroi. Ils sont considérablement affaiblis par la malencontreuse gestion de leurs affaires par des politiciens professionnels alors qu’Obama, talentueux orateur et personnalité séduisante est encore quasi inconnu, si bien qu’il est aisé de lui attribuer toutes les qualités requises pour être chef d’Etat. Avant tout « changer »… y compris la couleur de peau. Et voici bronzée la Maison-Blanche…
Traumatisée par les épreuves, la population des Etats-Unis a effectivement « changé ». 52 % au moins. Au cours d’un stage au Pentagone, en 1954, le rédacteur de ces lignes s’en alla déjeuner avec un officier américain, camarade de travail. Entrant dans un restaurant de Washington, mon ami m’arrêta brusquement : « Sortons, me dit-il il y a une table avec deux Noirs… »
Bien avant les révolutions de 1848, à Philadelphie, avait été créé un parti ouvrier (1833). Afin d’éviter la sécession le gouvernement de Washington s’en remit à un compromis. Au nord du parallèle 36°30 l’esclavage serait interdit et autorisé au sud. Mais l’élargissement de l’Union fédérale et l’inclusion de nouveaux Etats allait détruire un si fragile équilibre et, trente ans plus tard ce sera la guerre de Sécession. Entre temps la production augmentant au sud, davantage de bras étaient nécessaires et les Etats du sud entreprirent « l’élevage des Noirs » réussissant à « produire » 20.000 esclaves par an qui s’ajoutèrent aux 10.000 « importés » chaque année d’Afrique. La guerre étaient inévitable, les 20 millions du nord industrialisé se dressant contre les 10 millions du sud esclavagiste. Elle coûtera plus de 600.000 tués aux deux belligérants mais le nord l’emportant (1863) a fait le lit du libéralisme, les Etats-Unis en devenant les champions.
Il demeure cependant qu’à la traite des Noirs, avait été ajouté leur « élevage » et que cette assimilation de l’être humain au règne animal, et les diverses formes de la suprématie du Blanc sur le Noir ont caractérisé la société américaine durant plus d’un siècle. Aujourd’hui, la récente élection présidentielle explicable aussi par les échecs des présidences Bush et Clinton, est peut-être, aussi, une confuse manifestation de repentance.
Et bien qu’Obama ne soit que « métis » ses attaches familiales sont assez africaines pour que la population noire des Etats-Unis attende de lui une réhabilitation totale et peut-être, aussi des « réparations ». C’est que les sévices s’étendent sur plus de deux siècles et que l’une des origines de la revanche a été, en 1852, la publication de « La case de l’oncle Tom » de Mme Beecher-Stowe bien que la cause esclavagiste l’ait encore emporté sous la présidence Buchanan (1860) et qu’une guerre civile ait été nécessaire pour en venir à la libération des esclaves. Sur tous les continents – à commencer par l’Afrique – les populations noires se sont appropriées le futur président des Etats-Unis bien qu’il soit seulement « coloré ». L’évènement dépasse les frontières poreuses du monde actuel et à un retentissement international. D’ascendance africaine, cette terre source séculaire des flots d’esclaves, Obama va être le président de la superpuissance américaine. Quel surprenant triomphe après tant de sordides épreuves !
Faible est le terme « changement » thème principal de la campagne électorale.
L’électorat étatsunien dans son ensemble spécule aussi sur la démonstration de la compétence gouvernementale. Aussi Obama a-t-il été contraint d’altérer son « changement » et de rechercher l’efficacité en formant son équipe avec des personnalités déjà rompues aux affaires, le « changement » résidant presque dans sa seule personne.
C’est dire les difficultés de sa présidence à l’intérieur et à l’extérieur, les répercussions de son accession au pouvoir d’un très grand pays aujourd’hui en désarroi.
