Pour Washington l’intervention présentait les avantages suivants :
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A sa guise, le Département d’Etat avait pris en main et conduit la politique « occidentale » dans les Balkans, dans le même temps que les forces armées européennes passaient sous commandement américain.
Après les Accords de Dayton, la mascarade des négociations de Rambouillet fournit le prétexte des bombardements de la Serbie. Puis ce fut, à terre, l’intervention politique et financière et la « mise en conditions » de l’électorat serbe afin qu’il se donne des dirigeants « convenables », c’est-à-dire prêts à composer avec les exigences du grand vainqueur.
Ainsi, tous les procédés de coercition ont-ils été « expérimentés » en Yougoslavie. Les voici, dans l’ordre chronologique de leur utilisation :
- 1°. La satanisation de la future victime par une campagne de dénigrement fondée sur la désinformation, le mensonge, la rétention des faits favorables au parti opposé. Le procédé sera aussi largement utilisé en Irak, en Afghanistan, plus récemment au Caucase. Le recours à la « démocratie » s’est révélé, à coup sûr un argument de poids même s’il s’est agi de substituer un gouvernement autoritaire à un autre gouvernement autoritaire. Ce sera sans doute le cas en Ukraine, au Tadjikistan et au Kirghizistan ainsi qu’on le verra plus loin.
- 2°. L’embargo économique. Punition collective cet embargo prend toute la population en otage dans le dessein de l’affaiblir, de la dresser contre le pouvoir en place, de la rendre dépendante du vainqueur. En Irak, le procédé a fait plus d’un million de victimes : jeunes et vieux, classes défavorisées.
- 3°. Les bombardements aériens. Ils détruisent l’infrastructure économique et industrielle du pays qui en est l’objectif et paralysent sa résistance en le privant d’une part de ses moyens de combat, et surtout, ils interdisent une auto-réhabilitation nationale en accentuant la dépendance, dans tous les domaines, d’une population sinistrée. Ainsi affaiblie par le blocus économique et privée des moyens de combat par les destructions de la guerre aérienne, la nation victime n’offre plus guère de résistance organisée à l’invasion et à l’occupation de son territoire. Ce fut le cas en Serbie, avec l’agression de l’OTAN, en 1999, après que l’Irak et l’Afghanistan eussent passé par les mêmes épreuves.
- 4°. Les conditions sont alors réunies pour en venir à l’occupation du territoire et à la mise en place d’un régime politique et social jugé « convenable » par le vainqueur, lequel ne ménage pas ses efforts pour l’imposer. Si la combinaison, désinformation, blocus économique, bombardement n’a pas réussi à décapiter le régime ainsi assailli, le vainqueur a recours à l’insurrection d’une fraction de la population, insurrection préparée en sous-main, financée et alimentée en matériels de propagande. Les experts de la guerre psychologique et politique ont depuis longtemps découvert qu’il était relativement aisé d’exploiter l’immaturité, les élans et aussi les ambitions d’une jeunesse plongée dans le désarroi, les privations, voire la misère par le trio agressif dénoncé précédemment. En 1968, ce fut le cas, en France, certes dans un pays prospère, mais après dix années d’intenses efforts, efforts jugés sans doute excessifs. Ce sera le cas en Yougoslavie dévastée, avec la création du mouvement OPTOR formé par la classe étudiante. Financé par les Etats-Unis, ravitaillé en matériels de propagande par une officine située en Hongrie, OPTOR sera un mouvement révolutionnaire destiné à porter au pouvoir une équipe prête à s’accommoder des exigences du vainqueur.
En Serbie, l’expérience avait été concluante si bien qu’elle fut reproduite en Georgie pour mettre fin au gouvernement de Chevardnadze et lui substituer un gouvernement favorable aux intérêts des Etats-Unis. En Georgie, non loin des richesses énergétiques de la Caspienne, l’OPTOR devint KAMARA.
En Ukraine, l’organisation protestataire des « jeunes » s’appela PORA, l’étranger y jouant le même rôle qu’en Serbie, le gouvernement polonais et l’Union européenne l’aidant aussi de leurs poids respectifs pour détacher l’Ukraine de l’orbite russe et affaiblir d’autant le régime de Moscou.
Ainsi, cette quadruple combinaison, désinformation, blocus économique, bombardement, subversion et achat des consciences ayant atteint ses objectifs dans les Balkans aura été utilisée ailleurs, en totalité ou en ayant recours à deux ou trois des quatre procédés qui forment le système général de coercition utilisé par les Etats-Unis.
S’y ajoute, ou plutôt s’y superpose l’ambition « de répandre la démocratie » ainsi que vient de le réaffirmer Madame Rice.
L’argument est péremptoire et convaincant. Aucun peuple ne peut s’y opposer et les gouvernements sont bien forcés d’applaudir, même s’ils se savent visés. Il reste nombre d’autocraties à abattre si bien que vaste est le champ d’action que s’est attribué madame Rice. Répandre la démocratie ? Ce fut aussi, on l’a vu, le prétexte à la dislocation de la Yougoslavie. Et aux guerres d’Irak et d’Afghanistan. Egalement en Georgie et plus récemment en Ukraine avant de s’en prendre au Belarus afin d’achever l’investissement à l’ouest de la Russie.
En Asie, à l’est, les évènements d’Afghanistan avaient permis aux Etats-Unis de déployer des avions de combat sur trois bases situés respectivement au Tadjikistan, au Kirghizistan et en Ouzbékistan. Il n’est pas surprenant que trois ou quatre ans plus tard, les régimes politiques des deux premiers pays cités aient été renversés afin de leur substituer des gouvernements moins bien disposés envers Moscou.
Hier, le rideau de fer séparait, en gros, aux alentours du méridien de Berlin, les Etats membres de l’Alliance atlantique de ceux qui appartenaient au Pacte de Varsovie. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un rideau de fer mais plutôt du rideau du « bla bla démocratique » et il frôle la frontière chinoise. Par les positions stratégiques qu’ils occupent et les gouvernements qu’ils ont ralliés à leur cause, les Etats-Unis ont réussi à investir simultanément, la Russie et la Chine. Et la démocratie, bien haut brandie a été l’un des instruments de cette expansion de la puissance de la mer au détriment des puissances de la terre.
