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Transcription de l’entrevue radiophonique du Général le 12 Juin 2008
Le chef des armées est en réalité un chef désarmeur par Pierre Marie Gallois
Dans le Libre-Journal de Radio-Courtoisie
mercredi 23 juillet 2008
par Administrateur
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C’est dans le cadre d’une situation du monde bien différente de celles dont l’HISTOIRE nous laisse des traces, que nous vivons.

Amplifiée par l’évolution des techniques, la mondialisation des échanges, personnes, biens, services, exerce à la fois ses bienfaits et ses méfaits.

Certes, depuis un demi-siècle le monde, dans l’ensemble, s’est enrichi, les niveaux de vie ont été améliorés, de vastes portions de l’humanité sont sorties de la misère. Mais les bénéfices moraux et matériels de cette frénésie de travail, de production, et de consommation, sont de plus en plus inégalement répartis. La grande majorité n’en a profité que marginalement, tandis qu’une minorité a accumulé d’énormes profits.

Cela aussi, parce qu’il n’existe pas d’autorité mondiale pour gérer humainement les excès de ce siècle de débordements financiers et commerciaux.

Seuls, les États-nations auraient pu, chacun pour ce qui le concerne, maîtriser cette frénésie et protéger sa population en conciliant justice sociale et globalisation des échanges, notamment l’impact du gigantesque potentiel de production des deux peuples milliardaires en vies humaines, donc en travailleurs.

Or, la mondialisation a imposé l’affaiblissement des États-nations, donc leur appauvrissement, voire leur disparition.

Plus le monde s’ouvre, plus les États auraient dû gagner en puissance pour en contrôler les excès. Nous assistons au phénomène inverse. D’où une première contradiction dont pâtit l’humanité.

En ce qui concerne la France – qui est prioritaire ici – autre contradiction :

Depuis des années, les Français, en majorité, réclament « moins d’Etat ». Mais, dans le même temps, en majorité également, ils demandent à l’Etat une assistance de plus en plus grande, donc de plus en plus coûteuse, fournie par un État dont ils ont voulu l’appauvrissement.

Cette incohérence est à l’origine du mécontentement social.

Ce ne sont pas les hommes, mais les Institutions de la Vème République – dévoyées en 1962 par l’élection présidentielle au suffrage universel – qui conduisent le pays à l’abîme.

Nul ne conteste le bon sens dont font preuve, en général, les Français. Mais il est normal que leurs préoccupations individuelles intéressent l’immédiat ou le très court terme. Or, c’est le long terme en vue, avec lequel se gouverne un pays.

Ces Institutions maléfiques sont telles que les autorités en place – ou désireuses d’y être – ne connaissent que les sondages hebdomadaires, reflet des humeurs du moment car il s’agit, pour elles, en permanence, de racoler des voix, si pernicieux que soit ce racolage.

Ainsi, en moins de quarante ans, les gouvernements successifs exploitant des Institutions perverses ont modifié la Constitution pour plaire à l’opinion (quinquennat), désindustrialisé le pays qui, de producteur est réduit au rôle d’acquéreur de biens d’équipement conçus et construits hors de France et le pays s’appauvrit d’autant, délocalise le peu de travail qui lui reste, entretenant le chômage local et la baisse du niveau de vie. C’est ainsi qu’il a renoncé à l’industrie de l’aluminium (au profit du Canada), de l’acier (Inde), de l’électronique industrielle et ménagère ( Chine, Suède, Allemagne, Finlande), de la machine-outil (Allemagne, Suisse), des constructions navales (Norvège et maintenant Corée du Sud), tandis qu’il perdait le marché mondial des avions de combat qu’il avait gagné sous la IVème République, puis perdu au profit de l’Allemagne, la famille des « Airbus » que nos ingénieurs avaient développé. La moitié des entreprises cotées en bourse sont passées sous contrôle de l’étranger.

Enfin, aux abois après avoir mené une politique économique désastreuse, le pouvoir vend le patrimoine afin de se procurer quelques ressources. A ce train l’on en viendra à vendre Versailles et à louer ou vendre nos cathédrales !!

La politique étrangère et les armées de la nation témoignent de la nocivité du système électoral de la Vème République. En effet, il y a peu, un sondage général avait montré que 6 % des Français s’intéressaient encore à la politique étrangère de leur pays et 1 % seulement à ses armes et à son appareil militaire. Les politiques en ont conclu que cette minime portion de l’électorat ne présentait pas d’intérêt, d’où le recours a un « ministre » européen des affaires étrangères, en l’occurrence, Monsieur Javier Solana dont on ne voit pas comment il aurait pu être l’artisan d’une politique « étrangère » conforme aux intérêts de la France, alors qu’il ne peut parler que des compromis obtenus après avis de la majorité requise des membres de l’Union.

D’où aussi le délabrement de notre appareil militaire également victime de la « notion de suffisance » qui n’est qu’un cache-misère, car il n’y a pas de « suffisance » lorsqu’il s’agit de la grandeur d’une nation, ses armes en étant une spectaculaire matérialisation.

Les carences de l’Union européenne ont transformé ces échecs nationaux en catastrophes collectives.

Voici les faits :

1) Renseignement, guidage, contrôle à partir de l’espace :

Au début des années 80, le président Reagan avait lancé le projet G.P.S. Il a fallu une quinzaine d’années pour que les Européens s’en soucient. Inutile et coûteux estimaient les Britanniques, oui, peut-être, mais pas d’utilisation militaire, disaient Londres et Berlin pour plaire à Washington, pas de financement privé, querelles d’intérêt entre les firmes enfin associées pour réaliser le projet : ALCATEL-LUCENT-THALES-EADS, FINMECANICA, AENA et HISPASAT (Espagne), TELE OP (Allemagne), INMARSAL (Grande- Bretagne) ; querelles nationales : Berlin veut le QG à Munich et Paris à Toulouse, l’Espagne entend avoir des centres de contrôle et aussi les Tchèques, les charges de travail ne conviennent ni aux uns, ni aux autres. Le temps passe. La Chine se désiste au profit de son BEIDOU.

L’Europe ne lance qu’en 2005 le premier des 30 satellites nécessaires, et encore ce sont les Russes et leur fusée qui ont mené l’opération. En Europe, lancé en 1994, le projet ne verra peut-être sa première utilisation qu’en 2012 ou 2015, soit 30 ans après la décision américaine… Au moins un demi-fiasco européen.

2) Aviation militaire ou le fiasco total :

Avec deux entreprises à haut rendement, la Société nationale « Aérospatiale » et les « avions Dassault », la France détenait le marché mondial. L’ « Aérospatiale » était l’héritière des bureaux d’étude qui avaient conçu et construit les « Nord-Atlas », les « Caravelle », « Concorde », « Airbus », des hélicoptères mondialement utilisés, des missiles stratégiques et tactiques, des satellites… Quant à Dassault, avec ses « Mirage », « Alpha-jet » et « Atlantique », il équipait une cinquantaine de pays, et non des moindres.

Ce gigantesque marché est définitivement perdu au profit des constructeurs anglo-saxons. Perdu par d’absurdes décisions du gouvernement français privant de travail des centaines de milliers de spécialistes français contraints à d’obscures reconversions.

A des fins de politique électorale, le gouvernement Jospin-Strauss-Khan a cru bon de « privatiser » l’« Aérospatiale » et, avec les Allemands de créer une société nouvelle, EADS, siégeant en Hollande et groupant les activités militaires et civiles de l’ex-Aérospatiale, y compris « Airbus ». Paris ne conservant que 15 % du capital et se préparant d’ailleurs à les brader. EADS cherche à vendre l’ « Eurofighter » anglo-allemand, concurrent du « Rafale » français. Comble de l’irrationnel, voici que le contribuable français finance.

l’« Eurofighter » anglo-saxon par le biais d’EADS dans le même temps qu’il a investi des milliards dans le programme « Rafale » (celui-ci, lancé au début des années 80 devant être un « avion européen » selon Charles Hernu).

Ainsi, la France détruisait elle-même ce qu’elle avait conçu et construit. Autre échec, le retard d’EADS dans la fabrication de l’avion de transport militaire A 400M. Déclaré nécessaire au début des années 90, en 2008, près de 30 ans plus tard, EADS a été incapable de lui faire exécuter son premier vol comme prototype. Mais quelque six Etats européens devaient collaborer, d’où négociations, discussions, renoncements, cafouillage européens devenus classiques, blocage des Allemands, rejet italien, ainsi que du Portugal. Bref, autre fiasco.

La Société EADS-AIRBUS a été une absurde construction industrielle et commerciale, avec de multiples niveaux administratifs bi-nationaux, sinon tri-nationaux avec l’Espagne. Le résultat est désastreux pour la Société et pour la France. Celle-ci a remis son industrie aérospatiale à l’Allemagne dont les représentants occupent tous les postes importants, éliminant peu à peu les activités françaises. Faute de compétences, tous les programmes sont en retard, et l’aventure « Airbus » risque de tourner au plus mal. Le tandem Chirac-Jospin a ainsi mis un terme aux ailes françaises et compromis les réalisations soi-disant européennes.

Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne en tirent parti. Entre temps, ces atermoiements ont ouvert le marché aux Etats-Unis. L’avion F.16 équipe le Danemark, la Finlande, la Grèce, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, la Turquie, tandis que la Grande-Bretagne, par la suite, a investi 2 milliards de dollars dans le F. 35 américain, l’Italie 1 milliard, les Pays-Bas 800 millions, le Danemark 125 et aussi la Norvège. Et le Canada et la Turquie avec l’Australie veulent coopérer et aussi utiliser cet appareil. Pour le siècle, le marché est acquis aux Etats-Unis, avec une modeste part à l’ « Eurofighter » anglo-allemand. La France ayant tout perdu. Et définitivement.

3) Matériel militaire terrestre :

 

Même faillite en ce qui concerne le matériel terrestre de combat.

Faute de commandes de l’Etat et de l’étranger, le GIAT qui fabrique le char « Leclerc » entre autres équipement de nos forces terrestres, a fermé nombre d’établissements et ramené son personnel de 13.000 à 3.000 personnes. Il a pris un autre nom (NEXTER) afin d’effacer un passé peu glorieux et renoncé aux chars lourds pour la suite de l’AMX 10 à roues et au canon de 155 m/m. Mais la place est prise : la Grande-Bretagne avec « BAE System » a acquis « ARMOR HOLDING » aux Etats-Unis, tandis que la puissante firme américaine « GENERAL DYNAMIC » qui construit les chars « ABRAM » a acheté, à Vienne, les usines « STEIR » et une entreprise similaire en Espagne s’ouvrant ainsi le marché européen.

Ainsi, pour « construire » l’Europe, il a fallu déconstruire ses Etats-membres, créant sur le vieux continent un vide stratégique total et un état de dépendance absolu.

4) Carences sur mer :

La France a fermé les uns après les autres ses chantiers navals. Les prestigieux « Chantiers de l’Atlantique » qui ont produit tant de bateaux recherchés dans le monde, sont passés sous contrôle norvégien puis, maintenant, s’accommodent d’une minorité de blocage sud-coréenne, l’Asie étant venue chercher à bénéficier de notre ex-savoir faire. Paris s’en émeut et met « un pied » (petit) dans l’entreprise.

S’ajoutent à ces renoncements la pitoyable gestion de la fin du « Clemenceau » et surtout l’affaire du second porte-avions. Un jour il est déclaré « indispensable » par le président futur en campagne électorale mais, peu après, la mise en chantier est repoussée à la prochaine échéance électorale présidentielle. Pourtant, le candidat à l’Elysée avait déclaré : « Nous refuser d’avoir les moyens d’intervenir au loin ce serait, implicitement, laisser à d’autres la gestion des affaires mondiales ».

C’est bien ce que cette politique incohérente impose au pays.

Depuis 1994, il n’est question, dans les projets officiels que d’ « intervenir à distance », des dizaines de milliers d’hommes à des milliers de kilomètres. Or, nous n’en avons pas les moyens.

  • Pas d’avions cargos lourds. Paris s’en sort en louant aux Russes leurs gros avions de transport de troupes et de fret.
  • Pas de chasseurs à long rayon d’action pour protéger les points d’intervention lointains (il existe un seul prototype, le MD. 4000, mais il est au musée de l’Air).
  • Pas d’engins à courte portée pour défendre localement le petit corps expéditionnaire français (le « Hadès », à charge classique, aurait pu servir. Il a été à la casse).
  • Peu ou pas de bâtiments de débarquement et un seul porte-avions jouant les intermittents.

On voit mal comment, avec de telles carences, la France pourrait intervenir à distance de manière indépendante et en fonction de ses intérêts. La tragi-comédie du deuxième porte-avions est, hélas ! significative.

Quant aux pays européens, en grande majorité, ils ont choisi l’OTAN et l’éventuelle intervention américaine à leur profit. Aussi font-ils l’économie d’un effort militaire national.

En conclusion, dire que les États-Unis admettent maintenant un système militaire européen indépendant n’est qu’une expression dépourvue de sens.

Que signifie-t-elle alors que tout le matériel de cette Europe sera fourni, entretenu, renouvelé par les États-Unis ? Évidemment en fonction de leur intérêt.

Les Français ayant admis leur plongée dans l’abîme avec la perte de leur souveraineté et de leur indépendance, la réalité s’adapte à leur idéologie. Ce déclin leur convient car il épargne l’effort, si bien qu’ils ne feront rien pour en sortir. Comme les civilisations, les nations sont mortelles, et la Vème République a seulement accéléré le processus de désintégration nationale.

 

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