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La préférence française avant tout
Le Commerce extérieur de la France par Henri Fouquereau
et la préférence communautaire
samedi 13 décembre 2008
par Henri Fouquereau
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Le problème du commerce extérieur n’ayant pas encore été discuté au sein du Forum, le texte ci-dessous n’engage que votre serviteur. Si je presse le pas, c’est parce qu’une nouvelle manie atteint certains de nos amis, qui proposent un retour à la préférence communautaire, pourtant contraire aux intérêts de notre pays.

Comme à notre habitude, il ne s’agit surtout pas de hurler NON. Nous devons regarder pourquoi des hommes de qualité comme Maurice Allais, Prix Nobel des sciences économiques, proposent cette préférence communautaire.

je n’étudierai pas les nouveaux arguments de Monsieur Emmanuel Todd qui en 1997, écrivait dans « l’illusion économique » [1] exactement le contraire de ce qu’il dit aujourd’hui, affirmant même hier que la mise «  hors nation » de l’échange ramène le capitalisme à son stade primitif « pré keynésien » celui d’un système ,dont les acteurs n’arrivent plus à concevoir la notion de demande globale et sont totalement dominés par le jeu des forces micro-économiques.

Reprenons l’argument des partisans sérieux de la préférence communautaire : Maurice Allais [2] en fait la libéralisation totale des échanges n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux, groupant des pays économiquement et politiquement associés, de développement économique et social comparable, tout en assurant un marché suffisamment large pour que la concurrence puisse s’y développer de façon efficace et bénéfique. Mais quelques pages après, le Prix Nobel écrit…La France doit garder l’entière maîtrise de toutes ses décisions… Ce qui à l’époque excluait d’après lui, une monnaie unique.

Comme la monnaie unique qui, affirmons le avec force, demande obligatoirement un pouvoir politique unique. L’économie, demande elle aussi ce pouvoir politique unique car elle ne peut que rester le Poumon de la nation et une partie du cœur, puisqu’elle doit battre au même rythme qu’elle. Les économies semblables, le même développement économique et social, cela ne peut exister, car pour que tout soit de même nature, il faut avoir traversé les siècles ensemble, avoir vécu ensemble, décidé ensemble et pris l’habitude de vivre ensemble, ce qui demande des siècles de vie commune.

L’argument avancé est le suivant : l’espace économique national n’est pas assez grand pour suffire à faire vivre une production nationale . Ce qui est contraire à toute logique. La même chose a été dite, certes différemment, mais quand même, par VgE, « la France est désormais une puissance moyenne », ce qui se traduit par petite puissance Ce qui n’est pas la vérité : France : 5 où 6ème puissance mondiale sur le plan économique, avec seulement 1% de la population mondiale, elle est et restera une grande puissance.

Le problème est le suivant, écrit d’ailleurs par Monsieur Allais Un pays dont l’indépendance économique n’est pas assurée et dont les intérêts vitaux ne sont pas institutionnellement garantis n’est plus en mesure de les défendre. OUI c’est vrai, la France n’est pas trop petite, mais les Français ne permettent peut-être pas, en laissant s’installer durablement le régime des partis, émerger des Personnalités qui possèdent la volonté politique nécessaire, ainsi qu’un savoir faire du plus haut niveau, privant ainsi la France de la compétence des meilleurs de ses enfants.

Le Forum pour la France a planché sur la préférence nationale, nous avons situé notre degré de dépendance à 20%, ce qui correspond à 80% de production nationale. Mais au delà de cela, car je pense que cela ne veut rien dire : Il me semble que la consommation nationale doit être satisfaite, autant que faire ce peut, par une production nationale, que les échanges avec l’extérieur, ne peuvent provenir que d’un manque – pétrole par exemple – et aussi d’un surplus de production, à la condition que le pays d’en face ne puisse produire lui même ce dont il a besoin, dans telle ou telle matière. Dans tous les autres cas, il s’agit de concurrence, c’est à dire de conflits perpétuels entre nations ou zones régionales. Si la France a effectivement et surtout des valeurs à transmettre, elles sont supérieures à tout ce qui est mercantile.

La préférence française avant tout, cela peut et doit se faire, à la condition que l’on cesse de dévaloriser nos propres capacités à produire .

Lorsqu’on parle de désindustrialisation en partant des chiffres de l’industrie, je voudrais signaler que cette dernière intégrait auparavant, un certain nombre d’activités tertiairesn dont elle s’est séparée, ces activités tertiaires étaient comptabilisées avec le produit issu de l’industrie. Exemple parmi beaucoup d’autres.

Mais continuons notre recherche sur la préférence communautaire :

Déficit commercial français : - 30 milliards en 2006 ; - 39 en 2007
  • près de - 50 milliard prévus en 2008 (335 milliards de Francs)
  • Excédent allemand : + 174 milliards d’euros, en 2007.

L’Allemagne est notre premier client et dans les deux sens import – export. Vous verrez plus loin que notre premier déficit vient de nos échanges avec l’Allemagne ce qui supprime tout intérêt de la préférence communautaire, mais allons plus loin :

Les causes de notre déficit : doublement du prix du pétrole, mais c’est le même problème pour l’Allemagne par ex.

Notre déficit financier dans le domaine énergétique est passé de 20,5 à 44,1 milliards d’euros entre 2002 et 2007 il n’est cependant responsable que de la moitié du creusement du solde de notre balance commerciale. (on achète pour 60 milliards d’euros de produits énergétiques par an) mais on vend quelques produits pour une vingtaine de milliards.

Autre problème : la baisse du dollar par rapport aux autres monnaies en général, mais de l’euro en GROS particulier. (-50% pendant certaines parties des années dernières) Même le conseil d’analyse économique (CAE), pourtant très européïste, indique dans un rapport, que cela a des effets CONTRADICTOIRES sur l ’économie, mais globalement négatifs sur la croissance de la zone euro.

Même argument que plus haut, pour l’Allemagne qui devrait rencontrer les mêmes difficultés, mais qui semble ne pas les subir.

Traitons tout de suite de ce problème de la monnaie, face à la préférence communautaire : Cette dernière s’étendrait à tous les pays de l’UE, dont prés de la moitié ne sont pas dans la zone euro et dont les monnaies nationales jouent à la baisse face à l’euro.

Ce jeu de Yoyo des monnaies nous est tout à fait défavorable dans une Union européenne ouverte à tous les vents. Mais si nous la fermions, le dumping dans les domaines : monétaire, social, fiscal, serait tout autant présent, la préférence communautaire nous serait favorable à cause des PECOS, de la Grande Bretagne et la majorité des pays de l’UE seraient encore et toujours favorisés par rapport à nous. Mais au delà de cela, un pays comme l’Allemagne, fait fabriquer certains de ses produits par ces pays à bas prix, ce qui lui permet de concurrencer facilement toute notre production. La préférence communautaire est une leurre .

Le résultat : notre industrie, confrontée à la concurrence des pays à monnaie et politique laxistes, (pour rester gentil) doit se délocaliser ou tout au moins externaliser ses productions (Airbus – EADS par ex)

S’il n’y avait pas ces concurrences déloyales en matière de commerce extérieur, la France bénéficierait d’un énorme avantage : aucun handicap géographique, ni sectoriel.

OR : face à l’Allemagne, avec les mêmes produits, sur les mêmes marchés, et souvent sans différence de gamme, (entre 1995 et 2000) la France a abandonné 17% de sa part de marché mondial initiale ( 2% seulement pour l’Allemagne).

Ce sont nos pertes qui permettent à l’Allemagne de se maintenir, car ce sont ses exportations vers notre pays qui lui permettent de conserver ses avantages. Le montant des excédents commerciaux de l’Allemagne depuis sa réunification sont de 1500 milliards d’euros.

Depuis la même date, la France, avec ses années de déficits et d’excédents est tout juste à l’équilibre. La raison en est simple, nos « amis » européens bénéficient de cet immense avantage d’une France qui se laisse faire, parce qu’elle en possède encore les moyens. Son patrimoine national est dix fois supérieur à son PNB annuel.

L’Allemagne dés 2000, a fait le choix de la désinflation compétitive : coûts salariaux -10%, alors que la France augmentait les siens à cause des 35 heures.

Cette baisse provient de deux raisons : l’externalisation de ses productions vers les Pecos, qui fait que ses produits sont moins chers que les nôtres. Les baisses de salaires acceptées par les employés allemands.

C’est notre grand problème, car nous dépendons entièrement des commandes de l’Allemagne qui reste notre PREMIER CLIENT, et ces commandes se font de plus en plus rares, à cause de notre non compétitivité, si bien organisée par nos partenaires.

Nous ne pouvons pas nous défendre, parce que nous devons obéir aux fameux traités que nos dirigeants ont signé avec nos partenaires européens.

Oui nous sommes déficitaires avec l’Allemagne, d’où l’essentiel de notre déficit, mais nous n’avons pas compensé ce déficit en cherchant d’autres marchés ailleurs.

Tout est quand même relatif, car en vérité, la France si l’on considère : les échanges de services, le tourisme, les entrées nettes de capitaux : la position extérieure de la France, avec la valeur des actifs détenus en France par les non résidents, se dégrade, mais est encore bénéficiaire.

Seulement, nos exportations de marchandises n’en reculent pas moins, un drame pour la France, parce que nos importations elles, augmentent encore :

  • Le taux de croissance de nos exportations est passé de + 9,9% à +3%.

C’est le taux de croissance de nos importations qui ne fléchit pas assez : elles sont passées de +9 à +5,4%. C’est donc bien la croissance de nos exportations qui baisse (Pas nos exportations) et nos importations qui ne baissent pas assez. Mais comme la majorité de nos échanges se font avec l’UE

Nos exportations :

  • 72% vers l’UE (dont 50% zone euro)
  • 9,4% Amérique
  • 9,3% Asie

l’U.E nous est donc défavorable, que dire de la préférence communautaire qui nous enfermerait dans un cercle entièrement contraire à la bonne santé de nos affaires.

Bien évidemment, à cause de la crise financière qui devient économique, une baisse de croissance chez nos principaux clients, va encore nous priver de commandes. Mais cela n’explique pas tout. La baisse de croissance de nos exportations était déjà bien entamée avant la crise et il s’agit surtout d’un phénomène structurel et non conjoncturel, ce qui obère l’avenir de nos exportations, à moins de profiter de la crise actuelle pour relancer nos productions . Le FPF a des propositions à faire pour aller dans ce sens.

La conjoncture défavorable permettrait au moins d’espérer des jours meilleurs Par contre, le structurel qui vient du fait que nos produits, surtout industriels, ne sont pas assez adaptés à la demande en provenance de l’extérieur, mais aussi et surtout à la demande nationale. C’est une maladie bien française de toujours vouloir imposer des fabrications sans demander au préalable aux consommateurs ou clients ce qu’ils désirent vraiment. Quand le besoin se fait moins sentir et que le désir n’est pas présent, les ventes se tarissent, la production baisse pour le plus grand bénéfice des productions étrangères qui comme l’Italie par exemple, dessinent ses voitures, ses chaussures etc au goût des clients.

NOS PRINCIPAUX CLIENTS ETANT NOS VOISINS LES PLUS PROCHES, MIEUX ADAPTES QUE NOUS SUR LE STRUCTUREL, LA PREFERENCE COMMUNAUTAIRE NOUS EST TOTALEMENT DEFAVORABLE.

Sur une basse de 100, en 1995, sur laquelle se tenait la France , l’Allemagne et l’OCDE. En 2007, l’Allemagne se maintient à peu prés (98) alors que la France plonge( 71) les pays de l’OCDE – sont à (89) .

On voit bien là encore, qu’un pays de l’UE, et d’autres pareillement prennent le pas sur nous et beaucoup plus vite que les pays de l’OCDE par ex.

Notre problème : Nous n’avons pas assez de produits phares : nous ne vivons encore que grâce à 4 produits issus de l’époque des 30 glorieuses : Aéronautique – TGV-Nucléaire – Télécoms.

Nous venons de perdre l’automobile dont la production se fait à l’extérieur du Territoire national. D’autre pays de l’UE présentent un panel d’au moins 10 produits et notre erreur est de partager en plus nos produits phares avec d’autres pays dans l’aéronautique par exemple.

En appliquant une règle de trois, nous comprenons que la préférence communautaire nous est totalement défavorable :

  • 72% de nos exportations vont vers l’UE et nous perdons 17% dans notre part du marché mondial, nous voyons bien que c’est avec l’UE que nous perdons les ¾ de notre marché
Car nos exportations vers l’Asie (2007) ont progressé de :
  • +7,3% (Inde en premier +28,1%- Chine + 12,1%) vers l’Afrique +5,3%

Nos ventes ralentissent vers l’UE avec laquelle nous étions déficitaires +2,3%. Nos pertes ; Allemagne – Espagne – G.B)

Nos exportations diminuent vert le continent américain -1,7%.

le Proche et Moyen – Orient -04%

Importations :
  • Chine +17,2% - Inde + 11,6% - U.E =5, 2%
  • Allemagne + 8,2% - Italie + 5,8% - Espagne +7,3%
  • Afrique +2,3% (* Amérique +2,2%

Seuls le proche et le moyen Orient voient nos achats diminuer.

 3,4% (baisse des achats d’hydrocarbures)

L’Allemagne gagne avec les Pays de l’UE bien évidemment mais surtout avec sa partie Est et au delà avec toute l’Europe de l’Est : elle vend de plus en plus à la Russie Exportations Allemagne

  • avec UE : 627,6 milliards d’euros
  • hors UE : 341,5

C’est bien avec l’UE que l’Allemagne tire son épingle du jeu , mais aussi avec la Russie 30,4 milliards d’euros d’export vers elle (29 vers la Chine) – Europe de l’Est = 17% des exports allemandes.

Je mets en parenthèse nos échanges avec l’Europe (la péninsule asiatique) parce que nos importation de gaz et de pétrole avec la Russie changent totalement la donne et ne veulent plus rien dire pour les autres produits. La Russie est devenue en 2007 notre premier exportateur de pétrole 18,8% de nos achats, suivie par la Norvège 15,1% ensuite Arabie Saoudite 8,3% Iran 7,4% et G.B 7,3%

La France est bien évidemment déficitaire dans le domaine de l’énergie mais nous sommes aussi des exportateurs :

  • Importations = 61 935 millions d’euros
  • Exportations = 16 706

ce qui n’est pas si mal :

  • Solde = - 45 229

Je pense apporter la preuve de nos handicaps vis à vis de l’UE, raison pour laquelle je m’oppose à l’argumentation employée par certains de nos amis sur le rétablissement de la préférence communautaire.

Il est temps de rendre aux pouvoirs publics une suffisance maîtrise de notre commerce extérieur.

Un marché oui, mais encadré par l’Etat, car si une concurrence modérée stimule les énergies, elle les brise lorsqu’elle est effrénée.

Une juste redistribution qui permet à la multitude de consommer, mais additionnée d’une certaine pédagogie, la redistribution oui, mais pour consommer français avant tout.

Henri Fouquereau

 

[1] L’illusion économique - Gallimard – page 168 (Emmanuel Todd)

[2] M.Allais – La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissances-Clément Juglar page 279 et suivantes

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