I) Le maintien d’une inflation à un faible niveau en raison , d’une part, de l’augmentation des importations de produits fabriqués dans les pays à faibles coûts de main d’oeuvre et , d’autre part, de la pression exercée sur les salaires des pays développés par les bas salaires des pays émergents (délocalisations).
II) L’augmentation de la liquidité mondiale due à la politique monétaire de la Chine et du Japon. La Chine maintient en effet un taux de change artificiellement bas afin de soutenir ses exportations et par conséquent son expansion économique. Pour ce faire, sa Banque centrale se porte acheteuse des dollars ou des euros gagnés par ses exportateurs qu’elle place sous forme d’obligations, ou de dépôts à court terme. Elle augmente donc de cette manière la liquidité aux Etats-Unis, comme dans la zone euro. De son coté le Japon, pour lutter contre sa faible expansion et contrer les menaces de déflation qui pèsent sur son économie pratique une politique de faible taux d’intérêt. Cette politique a donné lieu à des pratiques de portage (carry trade) qui consiste à emprunter des yens à bas taux d’intérêt pour les changer contre d’autres devises, ce qui a constitué là encore une source d’augmentation de la liquidité aux Etats-Unis et dans la zone euro.
III) Le faible niveau des taux d’intérêt résultant d’abord du faible niveau de l’inflation et ensuite des achats massifs d’obligations effectués par la Chine (cf supra), mais aussi par d’autres pays émergents et par les pays producteurs de matières premières (pays de l’O.P.E.P)
IV) L’augmentation du prix des actifs (immobilier, actions) en raison du faible niveau des taux d’intérêt et de l’accroissement de la liquidité mondiale.
2° ANALYSE DE LA CRISE FINANCIÈRE
Ces quatre phénomènes sont à l’origine de la crise que nous vivons. Ils expliquent en effet ses deux principaux aspects : son aspect circonstanciel qui est la crise des subprimes et son aspect plus fondamental qui est la crise du système bancaire international.
I) La crise des subprimes
Les emprunts subprimes présentent trois particularités : en premier lieu, la nature des emprunteurs est particulière parce qu’ils ont des revenus ou des patrimoines insuffisants et sont donc obligés d’emprunter à des conditions particulières ; en second lieu, ces conditions sont en effet particulières : des taux fixes et relativement attractifs pendant deux ans environ (taux d’appel) qui deviennent ensuite variables ; en troisième lieu, la nature des prêteurs est également particulière parce qu’il s’agit soit de banques spécialisées dans ce type de prêts, soit de simples courtiers qui vendent ces crédits moyennant la perception de commissions.
Il est évident que pour ces trois raisons, ces crédits présentaient un risque important. D’abord , les emprunteurs étaient fragiles. Ensuite , les prêteurs, à la différence des banques classiques, cherchaient avant tout à placer des crédits sans se préoccuper sérieusement de savoir si les emprunteurs pourraient rembourser ces crédits. Enfin, les conditions des emprunts supposaient que les taux n’augmentent pas puisqu’au bout de deux ans les emprunts devenaient à taux variables. Elles supposaient aussi que les emprunteurs ayant des difficultés puissent rembourser leur emprunt en prenant un nouvel emprunt gagé sur leur bien immobilier à condition que la valeur de ce bien ait augmenté.
II) La crise du système bancaire international
La crise du système bancaire international est le résultat d’un double mouvement : d’une part, une énorme augmentation de liquidité mondiale, autrement dit une vaste expansion des marchés de capitaux, pour les raisons indiquées plus haut et, d’autre part, une explosion des innovations financières. Ces innovations ont été fondées sur ce qu’on appelle la titrisation. La titrisation est le mécanisme par lequel une banque ou un organisme financier transforme une créance non négociable en un actif négociable sur un marché. La titrisation permet donc à la banque de sortir ses créances, c’est à dire les crédits qu’elle a consentis, de son bilan. Cela présente donc pour elle trois avantages : d’abord, celui de mettre ces crédits en dehors de toute règlementation ; ensuite, celui d’économiser des fonds propres puisque les crédits sortis de son bilan ne sont plus astreints à respecter les ratios prudentiels. Enfin, celui de transférer le risque présenté par la créance sur le marché qui porte cette créance.
Les techniques de titrisation se sont faites par l’intermédiaire d’instruments sophistiqués : en premier, ce qu’on appelle les ABS ( Asset backed securities ou titres adossés à des actifs) qui ont en général comme collatéraux environ 2/3 d’hypothèques immobilières et 1/3 d’autres actifs. En second lieu, en rassemblant différents ABS, les banques ont pu constituer des CDO (ou Collected Debt Obligations) qui ont pu eux mêmes être découpées en tranches et logées dans les portefeuilles de différents investisseurs. En dernier lieu, les banques ont crée des véhicules d’investissement structurés (ou Strutured Investment Vehicles ou encore « conduits » ce qui signifie tuyaux en anglais) destinés à financer les CDO au moyen de l’émission de billets de trésorerie (Asset backed commercial paper ou ABCP), c’est à dire de papier à court terme.
C’est la raison pour laquelle un système de ce genre ne peut fonctionner que si les prèteurs sur le marché ont confiance dans la valeur des produits complexes qui leur sont offerts et en particulier ont confiance dans les notes que leur attribuent les agences de notation.
C’est précisément cette confiance qui a brusquement fait défaut au cours de l’été 2007, exactement le 9 août, le jour où les prêteurs structurels, mais aussi naturellement les banques, ont cessé d’avoir confiance dans la valeur des instruments complexes émis sur le marché parce qu’ils ont soudain pris conscience du fait que ces instruments avaient pour collatéraux en particulier des prêts subprimes qui avaient perdu toute valeur ou dont la valeur avait fortement diminué et surtout parce que ces instruments étaient si complexes qu’il était devenu impossible d’en déterminer la valeur.
De ce fait, les banques ou organismes financiers qui avaient émis ces instruments complexes ne parvinrent plus à en assurer le refinancement, généralement à court terme, sur le marché. C’est la raison pour laquelle les Banques centrales, Réserve fédérale et BCE , durent intervenir et continuent à intervenir massivement périodiquement afin de résoudre la crise de liquidité à laquelle les banques sont confrontées assurant ainsi leur rôle de prêteurs en dernier ressort. D’autre part, la Réserve fédérale a baissé très fortement ses taux afin de soulager les banques dans la mesure où la hausse des taux courts avait été en partie, comme nous l’avons vu, à l’origine de leurs difficultés. Il est probable que la BCE sera conduite à baisser également les siens pour les mêmes raisons.
Il est clair qu’à côté de cette crise de liquidité, les banques sont confrontées à une crise de solvabilité puisqu’elles ont subi des pertes résultant des prêts subprimes et maintenant des cartes de crédit avec l’extension de la crise financière à l’économie réelle. Aussi bien, devront-elles, pour absorber ces pertes, réaliser des économies, par différentes restructurations (ventes d’actifs non stratégiques), réduire leurs dividendes et augmenter leur capital par émission sur le marché ou en acceptant l’entrée de fonds souverains.
III) Evolution prévisible
On voit donc que progressivement, au fur et à mesure que les banques absorberont leurs pertes par les moyens, précédemment indiqués, le risque pesant sur l’ensemble des instruments qu’elles ont émis tendra à diminuer.
Dès lors, deux évolutions sont possibles. Ou bien les banques auront les moyens d’absorber leurs pertes, de réduire progressivement le risque et par conséquent en faisant renaître la confiance de résoudre la crise de liquidité. Ou bien leurs moyens seront insuffisants pour cela et dans ce cas il faudra créer des structures de défaisances ou seront logés les actifs dévalorisés et qui disposeront soit de la garantie mutuelle d’un ensemble de banques, soit de la garantie de l’Etat.
Répondre à cet article

La crise financiere par J.P Vesperini.pdf