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L’A.FR.AV
Fraternité, Solidarité, Coopération entre les francophones du monde entier.
CONFERENCE A L’ACADEMIE DES SCIENCES D’OUTRE-MER
La Mondialisation : Espoir de la Francophonie par Michel Guillou et Trang Phan
(CONSTRUIRE LA TROISIEME FRANCOPHONIE)
mercredi 15 avril 2009
par Administrateur
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« L’Ambassadeur Albert SALON, responsable de la Commission Francophonie du FPF, recommande vivement la lecture de la conférence reproduite ci-après de M. Michel GUILLOU, ancien Directeur de l’Institut Francophonie et Mondialisation ( IFRAMOND ) de l’Université Lyon3 Jean Moulin.

Cette conférence contient en effet bien des analyses et propositions élaborées en commun entre nos associations depuis plus de 20 ans, et présentées dans nos divers articles et ouvrages publiés.

Elle contient notamment un vibrant plaidoyer en faveur d’une prise en considération sérieuse de l’énorme chance que la Francophonie – la troisième Francophonie – représente pour la France, pour les pays membres de l’OIF , et pour le monde multipolaire, face aux dangers tant de l’unilatéralisme que du « conflit de civilisations », entre autres…

Elle reprend – parfois avec des nuances non négligeables - des propositions d’action déjà formulées (aller sur « Plan du site », puis « Commissions », puis « Francophonie », pour lire les travaux des 25 octobre 2005, 1er décembre 2006, 1er juillet, 1er novembre, et 23 décembre 2008) publiés par notre Commission).

Elle les complète heureusement sur plusieurs points. Elle ajoute ainsi l’idée de créer, pour faire mieux vivre la Francophonie officielle et celle des peuples, une Coupe francophone de football , des Ambassadeurs de la Francophonie auprès du Conseil permanent de l’OIF au lieu des actuels « sherpas », ou encore, plus important : un nouvel opérateur pour le développement de l’éducation, un Institut des Hautes Etudes francophones.

Par cette conférence, M. Michel GUILLOU invitait en février ses auditeurs à l’aider à ouvrir un débat sans complaisance, particulièrement en France, sur les chances, les objectifs, les contenus, l’utilité réelle pour le monde et pour les francophones, de la « troisième Francophonie », de ce « laboratoire de civilisation et laboratoire de l’autre mondialisation » qu’il appelle comme nous de ses vœux.

Prions donc ensemble les lecteurs de ce site du Forum pour la France d’accepter de participer à ce débat sans complaisance.

Je lance ainsi quelques unes des grandes questions qui ne sont pas encore tranchées après la lecture de cet article comme, du reste, de quelques-unes de nos publications antérieures :

  • Entre l’analyse de M. GUILLOU , assez pessimiste en ce qui concerne l’ action de l ’institution « Organisation internationale de la Francophonie » (OIF) et les aspects positifs qu’il relève cependant, notamment dans l’action personnelle du Secrétaire Général M. Abdou DIOUF , quelle est la résultante ? Que faudrait-il faire pour augmenter sensiblement son efficacité, et des crédits qui – OIF et tous ses opérateurs confondus, TV5 incluse - ne dépassent guère 300M d’euros par an ?
  • M. GUILLOU rend hommage au Président de la République pour avoir tenu d’excellents discours, à Caen le 9 mars 2007, à la Cité universitaire le 20 mars 2008 pour la journée de la Francophonie en présence de M. Abdou DIOUF. Mais il faut bien constater que le Président – ou son discours – n’est pas suivi. Il est même tout-à-fait contredit, pas seulement par Mme Valérie Pécresse citée par le conférencier pour avoir reçu d’associations non nommées le prix 2008 de la « Carpette anglaise ». Il l’est encore par presque tous les membres de son gouvernement (voir sur ce site notre article du 23 décembre 2008 sur la participation de presque tous les Ministres en dehors de celui qui est chargé de la Coopération et de la Francophonie !…) à ce que nos associations et maints observateurs qualifient de véritable offensive contre le français en France et contre la Francophonie mondiale. Alors quelle action peut être menée ? Qui doit dire le « Cela suffit ! » que M. GUILLOU demande à juste titre ?
  • Comment, et dans quel sens, mieux trancher entre l’élargissement constant de l’OIF (maintenant 70 membres) et l’approfondissement prôné, mais plutôt délaissé en fait ? Espérons qu’un jour les adhésions souhaitables, en tout cas souhaitées par la France et par nous, de l’Algérie et d’Israël à la Francophonie pourront être compatibles, une hypothétique paix au Proche Orient aidant. Mais si l’adhésion d’Israël devait se faire au prix de l ’ « éventuel départ » de certains membres actuels, comme le conférencier semble s’y résoudre, serait-il bénéfique de voir partir le Liban et la Tunisie, par exemple ?
  • Comme le demande avec raison notre conférencier, la dimension économique de la Francophonie-Communauté doit être enfin prise au sérieux et vigoureusement favorisée. Nous avons ainsi demandé ensemble dans nos ouvrages communs qu’il existe une « préférence communautaire francophone », d’abord et surtout dans les industries culturelles (livres, films, disques, media et nouveaux supports) qui représentent aujourd’hui une part de plus en plus importante du commerce mondial, sur laquelle les Etats-Unis exercent un contrôle serré et jaloux. Pour instaurer cette préférence, il faudrait donc contraindre à la fois l’OMC, et réviser les traités conclus dans les cadres de l’ALENA (pour le Québec ) et de l’Union européenne (pour la France, la Belgique…). Comment résoudre cette importante contradiction ?
  • D’une manière plus générale, la France, le Québec , la Wallonie, les pays francophones, sont tous englobés dans une sorte de nouveau Saint-Empire qui les contraint, les réduit, qui ne parle et n’impose que l’anglais et qui refoule partout la langue française avec la complicité – rappelée fort justement par le conférencier – de leurs élites. Comment donc, rendre possible une nécessaire politique vigoureuse du français et de la Francophonie en occultant largement la domination impériale, et en s’abstenant de mobiliser pour une résistance plus active et déterminée ? Alors que des orientations actuelles de la politique étrangère de la France vont dans le sens de la réintégration dans le commandement militaire de l’OTAN, d’une intégration toujours plus grande – traité de Lisbonne aidant, alors que la Constitution qu’il reprend avait été rejetée par le peuple français le 29 mai 2005 – dans une Union européenne levier à la fois de l’OTAN et de l’empire anglo-saxon, et même, jusqu’en plein Sommet francophone d’octobre 2008 à Québec, du renoncement proclamé à la politique de non-indifférence inaugurée par le Général de Gaulle à l’égard de la « Belle Province », ou encore de l’abandon presque subreptice du terrain africain francophone aux Etats-Unis, à la Chine, voire à d’autres puissances ?
  • Le passeport francophone est un projet important, utile. Nous l’avions demandé de longue date, ainsi qu’une politique qui lui est liée de formes – adaptées, bien évidemment – de citoyenneté francophone. Le conférencier note avec raison que la libre circulation (générale) entre tous les pays francophones n’est pas possible. Mais la vraie question n’est-elle pas : La citoyenneté et le passeport francophone à attribuer à qui ? Sans doute pas à tous les ressortissants de pays francophones membres de l’OIF. Mais auxquels, avec quels liens personnels humains, d’affaires, d’art, de science, de culture, avec la France, le Québec , la Suisse, etc. et quel degré de maîtrise personnelle de la langue française ?
  • Et puisque la question précédente se trouve avoir des liens évidents avec la maîtrise de l’immigration, comment l’articuler avec les projets de « franco-mondialisme » ou « franco-fédéralisme » transfrontières, voire de métissage physique et culturel sur lequel, bien au-delà du « politiquement correct » aujourd’hui à la mode chez diverses élites, il va bien falloir s’interroger plus sérieusement, pour éviter le « n’importe quoi » ?

Albert Salon

La Mondialisation : Espoir de la Francophonie

Parler d’espoir, évoquer un nouveau départ pour la francophonie, implique au préalable une évocation sans concession des inquiétudes qui s’expriment partout et une réflexion sur son rôle demain et sa propre envie d’exister au moment où la mondialisation redistribue les cartes et casse bien des certitudes. Il faut de même s’interroger sur son intérêt pour les populations qu’elle rassemble. Leur est-elle utile ? Chemin faisant, la question de l’avenir du français, plus généralement du choix à l’international entre monolinguisme et plurilinguisme, ne peut être éludée. Elle est, par ses conséquences, au cœur de la problématique du devenir francophone. Le débat d’idées sur ces questions est indispensable. Il faut l’ouvrir sans complaisance et le médiatiser. A l’évidence, il y a simultanément déclin et progrès de la Francophonie.

 DECLIN ET PROGRES DE LA FRANCOPHONIE

Le déclin.

Le déclin est réel. Ce n’est pas seulement la régression de l’usage du français dans les organisations internationales qui est en cause, mais le sentiment largement partagé et tout particulièrement par la jeunesse, qu’être francophone est d’une autre époque et peu utile dans le monde qui se construit.

A cet égard, les Chaires Senghor qui assurent une formation à la Francophonie, constituent de bons baromètres d’opinion. Leurs étudiants viennent du monde entier, même de pays non francophones, et leur intérêt pour la francophonie ne peut être suspecté. Leur sentiment sur ce sujet est sans équivoque et confirme le point de vue général.

Par ailleurs, le degré d’ignorance du fait francophone est abyssal. Au Nord, on ne connaît pas ou peu la Francophonie. C’est un non sujet. De plus, le rétroviseur fait des ravages et le souvenir de la colonisation en pollue l’image. Elle est vue comme un tribut payé à l’histoire, un boulet plutôt qu’une chance. On regarde ailleurs, vers l’Amérique et les mondes émergents.

Au Sud, non seulement on ne la connaît pas mais on se pose la question de son utilité, allant jusqu’à penser qu’être francophone est un handicap. Le passeport vers le progrès, ce sont les Etats-Unis et le Canada. Plus grave, en Afrique surtout, on découvre avec la Chine et l’Inde des modèles alternatifs de développement. On reproche à la Francophonie des décennies d’impuissance en matière économique et une action hypocrite en matière de droits de l’Homme. Une francophobie commence à se développer. Ce sont des faits qu’il faut voir en face.

Le mal-être francophone est large. Il touche l’ensemble des parlants français. Pour eux, la francophonie est inaudible. Bien qu’ayant encore un sentiment d’appartenance acquis à partir de la langue, ils ont le sentiment que la Francophonie n’est pas utile, qu’elle ne répond pas à leurs attentes et en particulier à leur aspiration légitime à vivre mieux. Pire, ils la perçoivent de moins en moins comme moderne et porteuse d’avenir. Elle ne fait plus rêver. L’imaginaire francophone est en panne. C’est le rêve américain qui occupe les têtes, supplantant, et de plus en plus, le rêve francophone.

De plus, une certaine apathie s’était installée en matière de coopération francophone. Après une période pionnière à la fin des années 80 et au début des années 90 où, ambitieuse, innovante, la Francophonie avait lancé structures et programmes d’avant-garde, elle a été jusqu’au récent Sommet de Québec, d’octobre 2008, largement anesthésiée et technocratisée. L’innovation avait quitté la table. Mais peut-on bâtir la Francophonie sans innover ?

De plus, le débat sur les langues est une cause supplémentaire d’inquiétude. Il y a d’abord l’interrogation sur la venue inéluctable d’une langue unique à l’international. Beaucoup le pensent comme beaucoup considéraient hier, à tort d’ailleurs, que le dollar serait la monnaie du monde. Le ministre français de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, est dans cette ligne ce qui lui a valu le prix de la carpette anglaise. Voulant angliciser à marche forcée l’enseignement supérieur français, elle se plaint à haute voix de l’existence en France d’un courant d’opinion contraire. D’autres éléments sont à prendre en considération comme le faible nombre de parlants français, 200 millions tout au plus. Par ailleurs, le français n’est pas en général langue maternelle. C’est, de plus, une langue minoritaire - parfois même marginale - dans beaucoup de pays de l’espace francophone. Certains connaissent en ce moment une anglicisation rapide ; le Rwanda en est une illustration frappante. Le recul du français est souvent considérable, surtout quand il n’est pas langue d’enseignement ou d’usage. C’est particulièrement le cas en Asie du Sud-Est, en Europe centrale et orientale, dans les Balkans. La quasi-absence du français dans les grandes organisations internationales, y compris celles où le français est pourtant l’une des langues officielles, ne fait même plus débat. Pour la première fois de son histoire, l’ONU a élu récemment un Secrétaire général anglophone.

Dans ce contexte, un malaise existentiel persiste et même s’accroît en Francophonie. Le désintérêt de la classe politique, en particulier française, est certain et va croissant. La Francophonie n’a jamais réussi à s’imposer comme une priorité diplomatique pour ses propres membres. Elle passe tantôt après la construction de l’Europe, tantôt après celle de la Ligue Arabe, tantôt après le Commonwealth…. On constate une sorte d’acceptation générale d’un rôle de second plan, la naissance d’un sentiment fataliste d’impuissance, une attitude de soumission, une incapacité à affirmer sa spécificité. On ne sait plus vraiment ce que l’on veut construire. Bref, la Francophonie semble avoir perdu son âme et confiance en elle-même. Elle n’a pas conscience que la mondialisation est une chance, un tremplin possible et non forcément un éteignoir et sa tombe.

Le progrès.

Parallèlement, les progrès sont réels. Ce ne sont pas seulement les avancées considérables obtenues en matière institutionnelle qu’il faut souligner mais aussi la capacité d’influence dont la Francophonie commence à faire preuve sur la scène internationale. Ces progrès sont à mettre au crédit du Président Diouf, Secrétaire général de la Francophonie depuis 2002.

Ainsi, en 2005 par la Charte d’Antanarivo, la Francophonie, après 10 années d’effort, a enfin trouvé une solution satisfaisante au problème institutionnel. La Convention signée avec la France au Sommet de Québec en octobre 2008 lui assure au centre de Paris les locaux attendus pour son siège. L’Organisation internationale de la Francophonie et ses opérateurs sont en état de marche même si l’autorité du Secrétaire général sur l’ensemble de la coopération multilatérale francophone doit encore être renforcée.

Par ailleurs, la dimension politique de la Francophonie s’est affirmée parallèlement à la dimension solidarité et peut-être à ses dépens ; et ce tout particulièrement, en matière de droits de l’Homme, de médiation et prévention des conflits. En outre, son action volontariste, couronnée de succès, pour l’adoption en 2005 de la Convention de l’Unesco sur la promotion et la protection des expressions culturelles, a montré sa capacité d’influence à l’échelle de la planète. Certes, la convention sur la diversité culturelle n’aurait pas existé sans le Canada, la France et le Québec. Mais c’est la Francophonie qui à partir de ses membres carrefours a su faire partager l’idée au Monde Arabe, au Commonwealth, aux autres aires linguistiques, et plus largement à toute la planète. Par ce combat, l’utopie francophone est devenue concrète au niveau international.

Puissance d’influence (soft power), acteur collectif, capable de se mobiliser et de travailler en réseaux, la Francophonie défend avec d’autres organisations l’intérêt du bien commun et des contre valeurs telles que la diversité culturelle et linguistique. Chemin faisant, elle a affirmé sa proximité avec le paradigme idéaliste et s’est projetée comme un acteur global.

Ainsi, malgré l’Amérique toute-puissante et sa déferlante économique, linguistique et culturelle, la Francophonie exerce un attrait indiscutable. De nouveaux pays frappent à sa porte sans discontinuer sommet après sommet. Elle comptait 43 membres en 1986, 51 en 1997. Ils sont 70 aujourd’hui. Son attractivité est donc forte.

Les avancées de la francophonie politique et l’intérêt porté par les grandes organisations internationales ont été mis clairement en évidence au récent Sommet de Québec en octobre 2008. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, étaient présents aux côtés des nombreux chefs d’Etat et de gouvernement dont Abdelaziz Bouteflika, président de la République algérienne.

La légitimité à reconquérir.

Ce n’est donc pas l’enterrement de la Francophonie qui est à l’ordre du jour, mais son développement. Il s’agit de lui donner un second souffle et de l’installer solidement comme acteur stratégique de la mondialisation. Il lui faut, pour ce faire, reconquérir sa légitimité par des gestes évocateurs, probants et rassembleurs impulsant un changement. La tâche sera forcément rude car la Francophonie n’est pas une évidence.

Elle a pu apparaître teintée de néo-colonialisme aux anciens colonisés et, à d’autres, de combat d’arrière-garde face à un anglais qui serait déjà largement accepté comme seule langue du monde. Le poids des fausses certitudes, des dépôts idéologiques et conceptuels, la recherche de l’efficacité à courte vue, l’auto flagellation systématique, la pression de la pensée unique ont fini, par ailleurs, par former autour du fait francophone une gangue imperméable à toute démarche spécifique. La culture de l’impossible s’est progressivement installée jusqu’à pénétrer au cœur même des institutions francophones. C’est dire combien le changement est difficile.

Pour y parvenir, elle doit affirmer, en le martelant, le rôle qu’elle entend jouer dans la mondialisation et faire valoir ses atouts. Il lui faut, tout aussi impérativement, répondre aux besoins des peuples francophones. Voilà la condition du bond en avant : une double utilité au niveau du monde et à celui des populations francophones.

 LA FRANCOPHONIE ET LA MONDIALISATION

Le rôle géopolitique

Mais quelle est la place de la Francophonie dans la mondialisation ? Quels arguments faire valoir pour que l’attractivité prenne l’avantage ? La plupart sont connus, comme ceux ayant trait aux apports du siècle des Lumières, à la langue française et au passé français. Mais l’argument nouveau et convaincant est ailleurs, dans la prise en compte des défis de la mondialisation et des réponses qu’elle peut leur apporter.

Le défi de la mondialisation culturelle

La culture est devenue, aux côtés de la politique et de l’économie, un pilier de la mondialisation et un acteur incontournable des relations internationales. Un premier défi est donc celui de la mondialisation culturelle et de ses conséquences, pour certaines inquiétantes. On ne peut cacher, en effet, que la mondialisation culturelle est le théâtre d’un début de conflit entre les civilisations et les religions, et tout particulièrement entre l’Occident et les mondes arabe et musulman. Des tragédies comme le 11 septembre, la guerre en Irak, le conflit du Moyen-Orient l’attestent clairement ainsi que la montée des fondamentalismes et le développement du terrorisme.

Pour endiguer cette confrontation, le monde a besoin d’antidotes. D’évidence, les dialogues politiques et économiques n’ont pu asseoir une mondialisation pacifique. Un troisième type de dialogue est nécessaire, celui des cultures . C’est pourquoi, les espaces géoculturels voués au dialogue interculturel - le troisième dialogue selon Huu Ngoc - prennent une importance géopolitique toute particulière. Ce sont des lieux privilégiés d’intermédiation et de prévention des conflits, des lieux de paix. La mondialisation a besoin de ces espaces pour désamorcer les « guerres » identitaires et religieuses qui s’annoncent. Ces pôles transversaux sont tout aussi nécessaires à l’équilibre du monde que les pôles régionaux à vocation économique et politique comme, par exemple, l’Europe ou l’ASEAN.

Lieux de dialogue du fait des langues qu’elles ont en partage, les grandes aires linguistiques sont, par excellence, et tout naturellement des espaces de dialogue des cultures. Les unions géoculturelles qu’elles constituent en s’organisant sont par conséquent ipso facto des pôles d’influence pour la paix. La Francophonie appartient à cette topologie ; c’est l’union géoculturelle où le français est la langue de dialogue. Elle veut que l’on renonce à la guerre dans la politique internationale et offre des démarches concrètes à l’utopie de la paix. Sa chance, c’est le dialogue des cultures. Ce faisant, elle opère, avec le risque du brouillage de son image, un virage du linguistique au géopolitique ce qui élargit son spectre.

Voilà la première rencontre entre les besoins de la mondialisation et l’offre francophone. Rencontre essentielle qui, à elle seule, fonde la légitimité de la Francophonie et lui assure un rôle géopolitique dans la mondialisation.

Les autres défis.

Mais d’autres défis de la mondialisation concernent la Francophonie. Il existe d’autres rencontres entre les besoins du monde et l’offre francophone.

Le projet francophone n’a pas été élaboré par les seuls Etats et gouvernements. Il tire une large part de sa force d’attraction de ses pères fondateurs et des propositions des militants de nombreuses ONG et associations francophones nationales et internationales.

De cet extraordinaire bouillonnement sont sorties les idées et les orientations actuellement officialisées. Progressivement, la Francophonie a porté un rêve, le rêve francophone. Après un demi-siècle de pratique d’un militantisme associatif multiple, et plus de trente ans d’une implication progressive des Etats et gouvernements, la Francophonie a fait le chemin des valeurs et a façonné son propre universalisme.

L’universalisme francophone

Tissage de l’idéal républicain français et de la civilisation de l’universel de Senghor, l’universalisme francophone met en avant la liberté et la diversité avec comme compagnons respectifs la solidarité et le dialogue. Métis, il est autant Sud que Nord.

C’est le Traité de Niamey du 20 mars 1970 qui s’est saisi de la solidarité. Il a, en créant l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), donné naissance, et ce au tout début de la Francophonie intergouvernementale, à une francophonie de solidarité qui répond à une demande de justice et de partage chaque jour plus pressante dans le monde. C’est une autre rencontre entre les besoins de la planète et l’offre francophone qui confère, elle aussi, un rôle géopolitique éminent à la Francophonie dans la mondialisation.

Par ailleurs, la Francophonie a pris le parti de la démocratie pour la gouvernance mondiale. Marquée par la tolérance, sa vision du monde, est ouverte et d’une certaine façon laïque. Elle choisit pour l’accès à l’universel la synthèse des différences et non l’affirmation d’un modèle unique et dominant, et privilégie l’approche multilatérale. C’est ainsi qu’en 2002, elle a pris position contre une intervention unilatérale des Etats-Unis en Irak, intervention entérinée a posteriori par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Elle mène combat, au local comme à l’international, pour le plurilinguisme et contre la langue unique, voulue par ceux qui, au nom de l’efficacité immédiate, choisissent l’uniformité pour accéder à l’universel.

Ce faisant, elle répond aux attentes humanistes. Le recouvrement est frappant entre l’offre francophone et les demandes qui s’expriment dans l’actuelle mondialisation. La Francophonie défend certains des principes des alter-mondialistes et prend, par ailleurs, des positions de non alignement. C’est un laboratoire de l’autre mondialisation.

De plus, elle s’est mobilisée ces dernières années en faveur de biens communs de l’humanité, tels le développement durable et le réchauffement climatique. C’est pour elle un nouvel ancrage dans la mondialisation.

Ainsi, progressivement par les valeurs qu’elle a fait siennes et par sa démarche à l’international, la Francophonie a dessiné les contours d’un universalisme original et spécifique qui, tout en partageant nombre de traits avec les universalismes d’occident s’en distingue pour partie en matière de solidarité, de dialogue, de mode d’accès à l’universel, de prise en compte des biens communs. Cette réelle distanciation se ressent particulièrement à l’égard de l’universalisme américain.

Le concept de troisième francophonie

La Francophonie dont nous parlons ici n’est pas la francophonie de la fin du 19ème siècle - la première francophonie - liée à l’expansion coloniale, qu’Onésime Reclus définissait comme étant l’ensemble des populations parlant français. Ce n’est pas non plus la seconde francophonie, fille de la décolonisation, proposée dans les années 60 par le Sud pour fonder un Commonwealth à la française dans le cadre plus vaste de la construction, sur les débris des empires coloniaux, de communautés culturelles de métissage et de solidarité. La troisième francophonie, c’est celle du dialogue au sein de l’union géoculturelle de langue française. Avec elle, on passe des communautés postcoloniales aux ensembles mondialisés de dialogue interculturel. On cesse de regarder dans le rétroviseur pour se consacrer à l’avenir quittant ainsi définitivement la problématique coloniale. La Communauté organique voulue dès 1983 par Senghor, toujours visionnaire, en était la préfiguration. C’est aussi un espace de solidarité au niveau monde. Le concept de troisième francophonie permet de répondre affirmativement à la question de l’utilité géopolitique de la Francophonie. Espace international d’échange et de coopération, elle est un pôle de régulation de la mondialisation multipolaire. C’est un acteur stratégique dans la mondialisation, une puissance mondiale d’influence ce qui implique et justifie la constitution par les pays francophones de groupes de concertation au sein des instances planétaires et régionales.

Elle porte, en outre, les valeurs humanistes de son universalisme et met en avant une vision spécifique des relations internationales qu’elle partage, d’ailleurs, avec d’autres organisations.

Cependant, la prise en compte de la Francophonie par les politologues est récente. Au niveau scientifique, l’objet francophonie est peu investi par la théorie des relations internationales. Selon Frédéric Ramel et Trang Phan , il n’a fait l’objet que de 26 articles entre 2000 et 2007. Le mouvement s’est accéléré par la suite avec, pour point de départ à Hanoi en février 2007, la tenue du séminaire consacré à « La Francophonie sous l’angle des théories des relations internationales ».

La Francophonie en avant-garde

Par rapport aux autres grandes aires linguistiques - car elle n’est pas la seule - la Francophonie a pris, par ailleurs, les devants en termes d’organisation et de coopération. A l’issue d’un long cheminement qui a duré plus de trente ans, elle s’est dotée d’institutions politiques cohérentes, a mis en place des opérateurs opérationnels de coopération et dispose de moyens budgétaires. Elle sert de modèle, exerce un « leadership » moral sur les autres aires linguistiques ce qui lui confère une responsabilité particulière. C’est une organisation originale qui continue de se construire.

Le couple élargissement - approfondissement

Communauté ouverte, la Francophonie s’agrandit tandis que pour d’autres communautés postcoloniales tel le Commonwealth, le cercle est resté fermé. Depuis l’origine en 1986, elle ne cesse d’augmenter le nombre de ses membres. Elle accueille nombre de pays qui n’ont jamais été des colonies et qui en constituent maintenant plus de la moitié ; c’est le cas de ceux d’Europe centrale et orientale. Tous les continents y sont représentés. Cependant, des membres y adhérent non seulement par idéalisme au nom des enjeux identitaires autour de la langue et des valeurs c’est-à-dire de l’identité francophone, mais aussi par réalisme pour défendre leurs intérêts. Les premiers ont eu une forte socialisation à la Francophonie. Ils en défendent les fondamentaux dont la langue française et sont attachés à la coopération culturelle et technique. Il n’y a ni socialisation ni connaissance des acquis pour les seconds qui voient d’abord dans la Francophonie un forum pour s’exprimer sur la scène internationale.

L’élargissement de la Francophonie pose problème. Des voix s’élèvent, avec raison, pour demander son arrêt au profit d’un approfondissement. La Francophonie court, à l’évidence, un risque si ses nouveaux membres, de plus en plus nombreux, ne pratiquent pas une forte « socialisation » à la Francophonie. C’est le pari sur l’avenir fait par l’élargissement. Ils doivent à terme faire la démonstration d’une situation satisfaisante par rapport à l’utilisation du français et d’une volonté d’engagement dans la Francophonie au niveau national et international. Ce besoin de socialisation à la Francophonie sous-tend la décision prise au sommet de Québec de proposer aux Etats et gouvernements membres des « pactes linguistiques », avec des engagements clairs quant à l’enseignement du français et son utilisation dans les relations internationales. Mais l’impact de l’institutionnel francophone risque d’être faible faute de convergence. Jusqu’à présent, il n’y pas eu de francophonisation.

Il reste que c’est l’élargissement qui a opéré le passage de la seconde à la troisième francophonie lui donnant ainsi sa dimension d’avenir.

Cependant, sauf à accepter la dilution et la perte de l’identité francophone, il faut cesser d’admettre des Etats et gouvernements sans engagement francophone réel, arrêter d’élargir à tout va sans prendre en compte l’essence même du projet francophone. Il importe, cependant, de ne pas opposer élargissement et approfondissement. La nouvelle Francophonie est une accélération qui doit s’appuyer sur le double mouvement d’élargissement et d’approfondissement. S’il faut impérativement approfondir, même au risque d’éventuels départs, des adhésions, encore à venir, sont nécessaires, celles en particulier de l’Algérie, d’Israël et d’Etats d’Amérique latine car celle-ci, pourtant concernée, n’est pas encore représentée.

La coopération francophone

Les programmes de coopération francophones découlent de la double mission de dialogue et de solidarité de la Francophonie. C’est dire que la francophonie politique et la francophonie de solidarité sont l’une et l’autre importantes et tout autant l’une que l’autre.

La francophonie politique

Pour sa part, la francophonie politique a beaucoup progressé ces 12 dernières années après le sommet d’Hanoi. Les déclarations de Bamako en 2000 sur la démocratie et les droits de l’Homme et de Saint Boniface en 2006 sur la prévention des conflits et la sécurité humaine en portent témoignage.

En rentrant dans le jeu politique international global, la Francophonie est devenue, de fait, pour une part, un organisme subsidiaire des Nations Unies et s’est donné pour objectif sinon pour obligation de promouvoir la gouvernance démocratique et de maintenir la paix entre ses membres. Elle se doit de participer progressivement aux missions de paix dans l’espace francophone.

La francophonie de solidarité

La coopération francophone de solidarité dispose d’opérateurs qui font partie de l’institutionnel francophone tel que l’Organisation internationale de la Francophonie, opérateur généraliste, l’Agence universitaire de la Francophonie et l’Université Senghor pour l’enseignement supérieur et la recherche, TV5Monde pour la télévision et l’Association internationale des Maires francophones pour la coopération décentralisée. Elle peut aussi s’appuyer sur des acteurs voués à la Francophonie qui sont généralement des réseaux associatifs comme l’Association internationale des Régions francophones et la Fédération internationale des professeurs de français.

Cependant, dans la même période, et jusqu’au récent sommet de Québec, la coopération francophone de solidarité a marqué le pas du fait à la fois du plafonnement des moyens et de l’absence de nouveaux programmes. Le Sommet de Québec a heureusement infléchi cette tendance. Il faut, en effet, relancer la coopération francophone de solidarité et la concentrer sur son cœur de métier plutôt que la mettre en veille. Il n’y aurait que des avantages à traduire cette priorité au niveau de l’organigramme du Secrétariat général. Pour sa part le Fonds Multilatéral Unique (FMU) a besoin de retrouver toutes ses prérogatives multilatérales en matière d’affectation des crédits.

De nouveaux chantiers doivent être ouverts pour répondre aux besoins qui se manifestent. Plusieurs sont évidents. Il s’agit de l’éducation et de l’économie avec en transversal le numérique et ses applications.

La Francophonie utile.

La francophonie de solidarité a d’autant plus d’importance que l’avenir de la Francophonie passe aussi par l’affirmation de son utilité pour les peuples. Elle parlera d’autant mieux aux Francophones qu’elle leur apportera un plus dans la vie quotidienne et répondra à leurs besoins. Le soutien des populations sera d’autant plus fort et durable que la Francophonie constituera pour elles un facteur de mieux-être. Mais, pour être convaincues, elles ont besoin d’actions concrètes. Pour faire vivre la Francophonie à la base, il faut mettre en œuvre une Francophonie utile.

La Francophonie doit donc être intégrale. Elle ne peut être prise en otage par la seule dimension politique de son engagement. Il faut pour ce faire, renforcer et dynamiser parallèlement la coopération de solidarité. Cela n’a pas été le cas ces dernières années, au point que se développe le sentiment que la francophonie politique se fait au détriment de la francophonie de solidarité.

La question de la langue

Le multilinguisme est consubstantiel à la Francophonie tout comme à l’édification de la civilisation de l’universel. Il est le garant d’un apport créateur de chaque culture à la mondialisation. La langue unique, surtout si elle est la langue du plus puissant, est au contraire un facteur de domination avec les risques inhérents de frustration et de rejet. Il porte en germe l’enfermement identitaire. Le multilinguisme est un choix que la Francophonie a fait non contre une langue mais pour le dialogue des cultures. La diversité linguistique est, par ailleurs, inséparable de la diversité culturelle.

Certes, on assiste à une dérive constante vers le seul tout anglais. Cette langue s’installe comme langue unique en Europe. En France, les exemples d’abandon du français se multiplient dans les sciences, l’enseignement, les entreprises, à l’école où l’on veut imposer le seul anglais plutôt que la diversité linguistique avec l’apprentissage à égalité de deux langues étrangères. Pour le linguiste Claude Hagège, « la tradition de la promotion du français est en passe d’être abandonnée (…). » .

Pourtant, le multilinguisme est à l’ordre du jour. Le temps n’est pas venu d’une seule langue-monde. De nouvelles langues internationales émergent. La force de l’espagnol, l’importance de l’arabe ainsi que la rapide montée en puissance des langues des futurs géants économiques comme, par exemple, la Chine ne peuvent être niées.

Dans ce nouveau contexte, l’hypothèse d’une langue internationale unique ayant vocation à devenir la langue du monde n’est plus vraiment crédible. Dans le domaine des langues aussi le principe de précaution doit être pris en compte. Marginaliser le français c’est prendre le risque qu’il disparaisse comme langue internationale au moment même où le multilinguisme international deviendra la règle. La position de ceux qui veulent basculer au plus vite à l’unilinguisme international anglais est pour cela une fuite en avant irresponsable. Mais pour que le français demeure une grande langue internationale, il faut augmenter le nombre de parlants français. Doubler leur nombre en dix ans pour atteindre 400 millions d’ici 2020 est la condition du maintien de la place du français.

La langue française a été la grande oubliée de ces 20 ans de Francophonie institutionnelle. Nombre de pays membres n’ont pas, faute de socialisation à la Francophonie, fait ce qu’il convenait pour son emploi à l’international et son apprentissage. Un effort de rattrapage sans précédent doit être, par conséquent, fait pour son enseignement.

Il convient, dans ces conditions, de coucher dans une Charte, les engagements contraignants que doivent prendre les Etats et gouvernements membres vis-à-vis de la langue partagée : le français. Comme déjà souligné, appartenir à la Francophonie suppose pour les pays membres le respect d’un pacte linguistique.

Par ailleurs, une convention internationale pour la protection et la promotion de la diversité des langues s’impose, tout comme, au niveau national, la mise en place de lois linguistiques telle la loi 101 au Québec. En France, à un moment où l’anglais envahit à marche forcée le tissu social, médiatique, éducatif et professionnel, il convient d’étoffer rapidement la loi Toubon pour qu’elle atteigne ses objectifs.

La Francophonie de proximité

Née dans les années 60 d’une volonté des anciens colonisés et colonisateurs de rester ensemble, la francophonie de proximité, celle des ONG et de la société civile a largement contribué, à cette époque, à l’élaboration du projet francophone. Elle est plus que jamais indispensable.

Dans une « Lettre ouverte aux francophones » parue dans Le Devoir du 20 mars 2007, le Secrétaire général de la Francophonie, le Président Abdou Diouf, rappelait à juste titre que « La Francophonie ne saurait être la seule affaire des États et gouvernements, elle n’y survivrait pas ! ». Le grand mérite de cette lettre est d’avoir interpellé directement les ONG et la société civile pour qu’elles participent à nouveau à la construction de la Francophonie.

La francophonie institutionnelle n’est donc pas le seul moteur de la francophonie. Il y a, et plus que jamais, à ses côtés le moteur de la francophonie de proximité, c’est-à-dire de la francophonie des peuples. Il faut s’en réjouir. Déjà de grands réseaux se sont organisés ceux des universités, des villes et des régions.

Certes, du fait de la mondialisation, le monde est devenu le grand terrain de jeu, mais les espaces nationaux, régionaux ou géoculturels ne sont toutefois pas caducs. Ce sont des cercles qui offrent des opportunités spécifiques. Il existe ainsi un espace universitaire et un espace économique francophones même si la recherche et l’économie sont mondialisées.

Les ONG et les collectivités locales francophones développent pour leur part, une importante coopération décentralisée avec d’importants moyens financiers. Les Etats généraux de la coopération décentralisée francophone, qui vont se tenir en France à Lyon en 2010, vont permettre de réfléchir au rôle et aux objectifs des collectivités locales et de la coopération décentralisée en Francophonie. Ce sera l’occasion de décider des coopérations prioritaires à mettre en œuvre, de choisir les outils d’action, de mutualisation et de recherche de financements.

 CONSTRUIRE LA TROISIEME FRANCOPHONIE

Affirmer le concept

Il faut que le concept de troisième francophonie soit clairement affiché par les Sommets et l’Organisation internationale de la Francophonie. C’est un message politique essentiel. La Francophonie doit dire ouvertement qu’elle est avant tout un espace de dialogue pour la paix et de solidarité pour le développement.

Promouvoir la notoriété

Le constat d’un déficit de notoriété et de visibilité de la Francophonie est patent. Qui connaît la Francophonie ? Peu de monde en réalité. On est confondu par l’ignorance en ce qui la concerne, des jeunes, des actifs et des décideurs. Or, comment apporter son soutien à ce que l’on ne connaît pas ? Faire connaître, « vendre » la Francophonie est indispensable. Il convient de lancer à grande échelle un plan de communication la concernant.

Il faut des outils de promotion appropriés : création de maisons de la Francophonie, organisation chaque 20 mars d’une Nuit francophone, réédition du dictionnaire universel de la Francophonie, organisation de salons, de jeux télévisés. Dans un autre ordre d’idées, la création d’une Coupe francophone de football aurait un formidable retentissement populaire. Il faut saluer à ce sujet l’émission « Questions pour un champion » diffusée chaque jour sur France 3 et TV5Monde qui fait concourir ensemble chaque année en mars, mois de la Francophonie, des candidats francophones venant du monde entier.

Former à la Francophonie

La Francophonie est une réalité géopolitique. Un large public de Francophones a besoin d’en connaître les objectifs et le fonctionnement. En faire un objet de formation, d’études et de recherche est donc nécessaire comme le fait Iframond à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Il faut aussi naturellement l’enseigner aux jeunes - ce sont les futurs décideurs - pour qu’ils s’engagent, s’impliquent et se l’approprient. Les programmes scolaires et universitaires doivent lui faire une place au travers de son histoire, mais aussi de son rôle et de son utilité dans la mondialisation. Le réseau international des chaires Senghor de la Francophonie , en charge dans l’enseignement supérieur de la formation et de l’étude de la Francophonie est essentiel et doit être développé.

Convaincre les élites

La méconnaissance de la Francophonie a pour conséquence sa marginalisation par les décideurs publics et privés des pays membres. Faute d’être perçue comme une force d’avenir, elle se présente en position de faiblesse dans les débats politiques, culturels et économiques, ainsi que dans les arbitrages financiers et institutionnels la concernant. Il faut promouvoir une culture francophone chez les décideurs actuels, sensibiliser et faire partager aux élites le concept d’union géoculturelle et de Francophonie par la création d’un Institut des Hautes Etudes Francophones (IHEF).

Renforcer le sentiment d’appartenance

Il s’agit de renforcer le sentiment d’appartenance et de combler le déficit de citoyenneté. Pour construire la communauté francophone de sentiment et d’intérêt, il est nécessaire que les actions menées soient non seulement utiles mais suscitent aussi un désir de francophonie et « fabriquent » en quelque sorte de la francophonie. Dans ce domaine, les opérateurs francophones ont partiellement failli. Préoccupés à juste titre par leurs objectifs, ils ont délaissé pour partie leur mission de promoteur de la francophonie.

De même, il faut réveiller le sentiment d’appartenance à la Francophonie des ONG, des entreprises et plus généralement des sociétés civiles francophones. Issue d’un réflexe identitaire, cette appartenance traduit leur lien social avec l’union géoculturelle francophone à laquelle elles appartiennent. Tout en étant mondialisées, elles sont aussi francophones.

Mettre en avant les symboles

Au niveau des symboles, affirmer la Francophonie comme union géoculturelle est indispensable. Le drapeau francophone se trouvait aux côtés des drapeaux français et européen lors de la célébration de la Journée internationale de la Francophonie le 20 mars 2008 à la Cité universitaire de Paris. Il faut le faire flotter, chaque 20 mars, au fronton de toutes les collectivités locales francophones. Il faut de même donner à l’Ordre de la Pléiade et à l’hymne francophone toute leur place en tant que symboles forts de la Francophonie.

Par ailleurs, donner le titre d’Ambassadeur de la Francophonie aux Représentants personnels des chefs d’Etat et de gouvernement auprès du Conseil permanent de la Francophonie serait valorisant pour l’Institution francophone et pour les personnalités concernées.

Disposer du passeport francophone

Le dialogue interculturel suppose l’échange. Certes, la libre circulation n’est pas politiquement envisageable en Francophonie. Par contre, malgré les mesures prises pour maîtriser l’immigration, il est possible de faciliter la circulation et l’accueil des Francophones. Ce ne sont pas des étrangers comme les autres, il faut le leur montrer. Enseignants, chercheurs, entrepreneurs, étudiants, artistes et sportifs doivent pouvoir jouir de préférences de circulation dans l’espace francophone et d’un accueil spécifique aux frontières. Le besoin d’un passeport ou d’un visa francophone est réel, il faut y donner suite.

Développer le volontariat francophone

Le volontariat génère un sentiment d’appartenance et renforce la connaissance de l’autre. Forme de générosité, il est, de plus, l’expression même de la solidarité. Le volontariat concerne toute la société : la jeunesse qui est son avenir, les retraités qui ont de la disponibilité à offrir, les actifs qui veulent concrétiser leur générosité. L’actuel programme de volontaires de la Francophonie initié par l’Organisation internationale de la Francophonie est une heureuse initiative.

C’est de plusieurs milliers de volontaires dont a besoin la Francophonie pour servir pendant un à deux ans dans un pays francophone autre que le leur, dans le cadre de la coopération francophone. L’OIF peut intervenir de deux manières : d’une part, en recrutant ses propres volontaires, d’autre part, en garantissant un statut de volontaires francophones à des volontaires œuvrant dans des organismes publics et privés agréés par l’OIF.

Promouvoir la langue française

En matière de français, les actions à mener sont différentes suivant que le français est ou non la langue d’enseignement pour tous les élèves ou enseignée à tous comme langue étrangère ou encore ni l’une ni l’autre. Dans tous les cas, il faut insister sur la formation des formateurs.

Le besoin de formation concerne des centaines de milliers d’enseignants du et en français. Il est particulièrement aigu dans le primaire. La Francophonie vient de lancer dans ce domaine une opération pilote de formation à distance, pour l’instant limitée à quatre pays : Bénin, Burundi, Haïti et Madagascar. Il faut la généraliser.

Quelles doivent être les lignes de force de l’enseignement du et en français en Francophonie ? Prioritairement, la qualité de l’enseignement, le multilinguisme et la certitude donnée aux familles, qu’être francophone est un plus pour leurs enfants. Il faut aussi se préoccuper de la francophonie du quotidien en construisant un partenariat avec la société civile qui permette aux Francophones d’utiliser la langue française dans leur vie.

Dans les pays de la Francophonie où le français n’est pas langue d’enseignement, il doit être appris comme langue seconde et bénéficier au moins du statut de langue étrangère la plus favorisée. Dans ceux de la francophonie « d’appel » - en particulier en Asie du Sud-Est et en Europe centrale et orientale - où la Francophonie est à reconstruire ou à réaffirmer- la priorité va à la constitution d’un vivier de jeunes Francophones de qualité. Pour y parvenir, une approche spécifique du primaire au supérieur est nécessaire : celle de l’enseignement bilingue débouchant sur des diplômes reconnus à l’international. C’est une question de vie ou de mort pour la Francophonie.

Les familles ont ici besoin d’un signal clair. Elles doivent avoir la certitude que le français est un atout et possède un avantage comparatif. Pour ce faire, le bachelier francophone doit être trilingue. Outre le français, il parle une autre langue étrangère. Il s’agit, par conséquent, de mettre en place un enseignement trilingue sur la base du français. Il faut aussi donner l’assurance qu’après le baccalauréat, les étudiants trouveront dans leur pays des filières et des universités francophones, en particulier au niveau master, pour poursuivre leurs études et leur formation professionnelle. Des parcours co-diplômants ou des thèses en co-tutelle s’imposent. Dans l’actuel contexte concurrentiel, où la francophonie est un choix, savoir motiver les étudiants comme les enseignants y compris financièrement est, par ailleurs, soulignons-le, essentiel.

Le besoin de continuité et de cohérence dans l’action est d’autre part évident : continuité car il faut 12 ans pour former un bachelier francophone, et au minimum respectivement 3, 5 et 8 ans pour qu’un étudiant obtienne sa licence, son master et son doctorat ; cohérence car sans bacheliers francophones, on ne peut mettre en place un enseignement universitaire francophone ; il est illusoire de vouloir, par ailleurs, bâtir un troisième cycle francophone sans diplômés francophones de second cycle. C’est toute la chaîne éducative qu’il faut proposer aux familles.

Une Francophonie universitaire du seul troisième cycle est suicidaire, et ce tout particulièrement dans les pays où le français n’est pas langue d’enseignement, pour la simple raison qu’elle conduit rapidement à un manque d’étudiants francophones capables de suivre les formations proposées.

La francophonie du quotidien

Apprendre la langue ne peut être l’objectif unique quelles que soient les raisons avancées liées à la culture ou à l’histoire. Elles ne suffisent plus. Il faut encore montrer aux familles qu’être francophone est un plus pour leurs enfants en matière d’emploi et plus généralement de réussite sociale. Cette nécessité a jusqu’à présent été absente des préoccupations de la Francophonie qui ne s’est quasiment pas préoccupée de la francophonie du quotidien ; celle de la rue, des entreprises, des médias. Or, pour intéresser, la Francophonie doit être un espace de vie pour les francophones. Cela suppose des journaux francophones, de l’emploi francophone, des entreprises francophones, une vie culturelle et sociale francophone et des cursus de formation qui conduisent au trilinguisme avec l’anglais comme seconde langue étrangère s’il est demandé. L’Agence universitaire de la Francophonie dans les années 90 du siècle dernier a montré la voie. Il faut en reprendre les acquis et continuer. Pour ce faire le développement du volet économique de la Francophonie est indispensable ainsi que le renforcement de son volet médiatique.

Multilatéral et intergouvernemental francophones

La Francophonie ne peut naturellement faire abstraction de son histoire. Or l’implication des Etats et gouvernements s’y est d’abord faite à partir de 1970 dans un cadre intergouvernemental, celui de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Le choix du multilatéral est venu ensuite du fait de la prise en compte de la francophonie politique. Cette évolution commencée au premier Sommet de la Francophonie à Versailles en 1986, conduira au Sommet d’Hanoi en 1997 à l’adoption de la Charte de la Francophonie et à la création d’un poste de Secrétaire général de la Francophonie. Le Secrétaire général conduit l’action tant politique que de coopération de la Francophonie ;

Toutefois, la Francophonie reste aujourd’hui profondément marquée par l’intergouvernemental et, tout particulièrement, en matière budgétaire où la pratique des crédits fléchés, qui s’est généralisée, vide largement de son caractère multilatéral la coopération francophone.

Assurer le financement

Le caractère multilatéral du financement doit être réaffirmé. C’est à chaque Sommet d’adopter le budget de la Francophonie, chacun des membres contribuant selon ses moyens. Mais aucun pays ne devrait pouvoir s’exclure du financement de la communauté. « L’égalité dans la dignité » implique que chacun participe. A ces contributions multilatérales, pourraient s’ajouter des contributions gouvernementales fléchées attribuées par le canal du Fonds multilatéral unique de la Francophonie l’un ou l’autre des opérateurs pour des programmes spécifiques.

Au-delà de ces financements, dans le cadre des objectifs de son cadre décennal, la Francophonie doit contracter avec les grands bailleurs de fonds internationaux, les entreprises, les fondations et ainsi abonder ses moyens. Il lui faut également mettre en œuvre des partenariats avec les grandes ONG et les collectivités locales dans le cadre de la coopération décentralisée. Il lui manque, enfin, une Fondation de la Francophonie pour mobiliser au mieux les financements privés.

Les nouveaux chantiers de coopération

Il importe, bien entendu, que ces chantiers génèrent des dynamiques et créent des effets de levier.

L’éducation

De toute évidence, la Francophonie ne peut accepter l’illettrisme et la non scolarisation de tant de jeunes francophones. La formation aux métiers est, par ailleurs, indispensable. Rien n’est possible sans un effort exemplaire en leur faveur. Malheureusement, la Francophonie ne dispose pas pour l’enseignement primaire, secondaire et technique, contrairement à l’enseignement supérieur, d’un outil spécifique pour saisir les opportunités et mobiliser les financements public-privé. La mise en place d’un acteur ou d’un opérateur pour l’éducation a été suggérée, mais malgré l’urgence, cette création ne fait malheureusement pas encore l’objet d’un consensus.

L’économie

Rien n’est possible sans elle. Il faut donner à la Francophonie sa dimension économique, ce que l’on se refuse de faire depuis le Sommet d’Hanoi où la question a été posée. Il faut en finir avec les rendez-vous manqués entre l’économie et la Francophonie. La déclaration d’Alexandrie du 19 mars 2007 affirmait cette priorité : « La Francophonie a besoin d’une stratégie de développement économique sans laquelle ses actions en matière de solidarité, de démocratie et de développement durable resteront fragiles… ». Des pistes existent :

  • Le réveil, comme mentionné précédemment, du réflexe d’appartenance francophone des entreprises. C’est à leurs organismes professionnels, telles les Chambres de Commerce, de s’y atteler. Une plateforme qui apprenne aux PME francophones à tirer parti de l’avantage comparatif que leur procure la langue commune, est nécessaire. Il faut accroître le « business francophone ». La Francophonie est aussi un marché de 800 millions de consommateurs. Tout ce qui sera fait en matière d’augmentation du nombre de parlants français sera un plus pour la francophonie économique. Le chantier économique rejoint ici ceux de l’éducation et de la langue.
  • La mise en place de formations au management des entreprises et à l’entreprenariat et la formation d’experts nationaux pour défendre la position des Etats dans les enceintes internationales. Les besoins francophones sont considérables. L’Agence universitaire de la Francophonie a, pour sa part, acquis en la matière une réelle compétence avec, entre autre, l’IFAG (Institut francophone d’administration et de gestion) à Sofia et à l’IFE (Institut francophone d’entreprenariat) à Réduit.

Par ailleurs, l’Organisation internationale de la Francophonie dispose en économie, de programmes innovants. La proposition a été faite à la récente Rencontre internationale de la Francophonie économique (RIFE) en mai 2008, de les rassembler au sein d’un organe subsidiaire de l’OIF, créé à cet effet.

La création d’une banque francophone de solidarité a été suggérée. Cette banque aurait, en particulier, en charge le développement des entreprises culturelles dans les pays francophones, ce qui est essentiel car, dans le cas contraire, la convention de l’Unesco sur la protection et la promotion des expressions culturelles, sera un leurre pour le Sud.

Le numérique

Il s’impose comme outil incontournable. La Francophonie doit s’employer à le répandre pour éviter la fracture numérique Nord-Sud. L’utilisation de la Toile progresse partout à grands pas. Le temps est venu de la francophonie numérique.

 LA RESPONSABILITE DE LA FRANCE ET DU QUEBEC

Il arrive que l’on critique la France et le Québec quant à la frilosité de leur engagement dans la Francophonie. Veulent-ils que la Francophonie soient une union géoculturelle et le français une langue internationale du monde de demain ? Rien n’est moins certain.

Pourtant, dans les prochaines décennies, la pérennité de l’identité de la France et du Québec sera liée à l’existence ou non d’une Francophonie forte, influente et attractive. Être acteur de la Francophonie monde élargit en effet le champ d’intérêt et motive à tous les niveaux du fait de la nature même des objectifs à atteindre et de leur ampleur. Détenir une partie de l’universel, participer à un pôle mondial donne envie de garder son identité. Autrement dit, la Francophonie est pour la France et le Québec une opportunité pour renforcer la Nation. Elle conforte leur identité respective dans l’ensemble européen pour l’une et canadien pour l’autre.

Notons que les identités de la France et du Québec n’ont pas été façonnées seulement par le voisinage. L’identité de la France n’est pas seulement d’Europe et l’identité du Québec pas seulement d’Amérique car la France n’est pas que d’Europe et le Québec que d’Amérique. C’est la Francophonie qui permet à ces deux entités de retrouver leur plénitude. La Francophonie appartient à l’histoire de l’une et de l’autre et là, comme ailleurs, elle vient conforter des identités qui ne sont pas d’un même lieu.

Le Québec est né des tentatives d’expansion de la France dans le monde. Il a vu le jour avec la première francophonie. La deuxième, celle des indépendances, ne l’a pas oublié. Il est membre de la Francophonie. Ne faut-il pas souhaiter qu’il soit maintenant un acteur majeur de la construction de la troisième francophonie ? Il est clair, par ailleurs, que la Francophonie sert politiquement le Québec en lui offrant des contacts avec 70 pays. Il faut alors que le Québec s’investisse beaucoup plus dans la Francophonie.

En France, la Francophonie est boudée, voire malmenée. D’une certaine façon, l’attitude de la France sape le rayonnement de la Francophonie à l’international. On a pu dire avec raison que le plus grand ennemi de la Francophonie sont les élites françaises qui, pour des motivations complexes de recherche d’efficacité mais aussi et peut-être surtout idéologiques, se trompent de combat.

Le Président de la République française a pris, le 20 mars 2008, en présence du Président Diouf, des engagements clairs en faveur d’une francophonie offensive et a réaffirmé qu’elle était une priorité de la diplomatie de la France. Quelques mois plus tard, lors de la dernière révision constitutionnelle de juillet 2008, la Francophonie a été inscrite dans la Constitution française. Mais les élites ne veulent rien entendre. Le trouble français est si profond que le changement est impossible sans un « ça suffit » imposé à tous les partisans de l’abandon au nom de l’efficacité immédiate et d’une modernité tronquée.

La Francophonie est donc dans notre pays, une préoccupation accessoire. Beaucoup la voient non comme une chance mais comme un obstacle. Incertaine face à la mondialisation, la France ne sait plus marcher sur ses deux jambes, l’Europe et le Grand Large . Elle assume son engagement européen au détriment de son engagement francophone. Il faut donc réengager la France dans la Francophonie.

Le projet d’Union pour la Méditerranée, la construction de l’Eurafrique, la maîtrise de l’immigration sont largement tributaires, pour être menés à bien, d’une Francophonie debout, forte et confiante en elle-même. La place de la France dans l’Europe relancée en dépend largement. L’intégration des jeunes français issus de l’immigration se fera d’autant mieux qu’ils seront fiers d’être francophones et d’appartenir à une communauté influente.

Mais le retour à la raison, à une vue plus réaliste des intérêts français suppose, comme dans beaucoup d’autres domaines, une rupture. La France ne peut continuer à avoir d’un côté une attitude frileuse quant au polycentrisme francophone et ne pas avoir de l’autre, d’ambition francophone.

 CONCLUSION

Ces propos montrent à l’évidence que le critère de double utilité, au niveau mondial et au niveau des peuples, peut être rempli par la Francophonie. Mais la Francophonie est à un tournant. Face à la mondialisation, il faut choisir le cap : prendre le chemin du déclin irréversible ou construire la troisième Francophonie.

Ne gâchons pas nos chances.

Lyon, le 6 février 2009

Professeur Michel Guillou, Institut pour l’Etude de la Francophonie et de la Mondialisation, Chaire Senghor de la Francophonie de Lyon

 

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