FORUM POUR LA FRANCE - Pour le retour à l’Indépendance et à la Souveraineté de la France
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mercredi 31 décembre 2008
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L’Europe a besoin de la Russie
mercredi 5 novembre 2008
par Administrateur
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La France a fait preuve d’une activité particulière lors de la crise surgie l’été dernier en Géorgie et il serait injuste d’ignorer quelques uns des aspects relativement satisfaisants qu’ont comportés alors les activités de nos dirigeants, en particulier du Président de la République. Elles témoignent, en effet, d’un certain souci d’indépendance sur le plan international, au surplus rapporté à l’Europe toute entière, et poursuivant, en outre, un objectif de compromis entre les positions des principaux acteurs concernés.

Il n’en reste pas moins que les arguments exprimés et les démarches entreprises soulèvent d’assez nombreux points d’interrogation qui, pour l’avenir et la prise en compte des intérêts spécifiques de l’Europe et de la France en particulier, ne laissent pas d’éveiller des inquiétudes.

  • 1°) On a d’abord beaucoup évoqué le nécessaire respect de la souveraineté de la Géorgie et de ses frontières passées. Le principe de cette exigence ne peut certes être contesté. Il fait partie de l’ABC du Droit international. Il ne faut toutefois pas oublier que les deux territoires en question, l’Abkazie et l’Ossétie du Nord, faisaient déjà l’objet d’une autonomie réelle plus ou moins accréditée internationalement, appliquée au surplus à une population très majoritairement russophone et s’agissant de l’Ossétie, largement solidaire de l’Ossétie du Nord On ne peut non plus négliger, s’agissant des frontières, l’appartenance très ancienne de la Géorgie à l’Empire russe, ce qui affecte les frontières en question, comparées à celles d’Etats constitués de longue date, d’une certaine relativité. Déjà, il y a quelques années, dans la crise yougoslave, la difficulté fut grande d’établir et de solidifier des frontières entre des populations disparates et antérieurement englobées dans un ensemble. La revendication géorgienne, quoique théoriquement légitime, se trouve pour ces raisons quelque peu politiquement affectée.
  • 2°) Ce qu’on ne peut oublier non plus, c’est qu’à l’origine de la crise il y a, non pas une intervention de la Russie, mais bien une intervention armée de la Géorgie elle-même, qui soulève au surplus, la question du rôle joué par les Etats-Unis. Il est patent, en effet, que depuis plusieurs années, ceux-ci s’attachent à développer leur influence en Géorgie. Ils ont pourvu celle-ci en armements modernes et leur appui financier leur a été acquis, justifié à leurs yeux par l’intérêt national que présente l’ensemble du Caucase pour leur propre politique. Peut-on oublier cette intervention préalable et ses arrière-plans, encore soulignés par le fait que le Président Saakachvili est détenteur, comme chacun le sait de la nationalité américaine, en même temps que géorgienne.
  • 3°) Le souci de la souveraineté de la Géorgie, en y englobant l’Abkazie et l’Ossétie du sud, devrait aussi être mis, si l’on peut dire, en « perspective » avec l’appui donné et la sympathie manifestée il y a quelques années par ce qu’on appelle pieusement « l’Occident », aux Kossovars albanais. (et musulmans) contre la Serbie. On a beaucoup souligné à leur propos le droit des minorités en oubliant que le Kossovo était le berceau de la Serbie. On n’a pas manqué d’accentuer l’exacerbation de celle-ci, en oubliant les crimes de guerre dont se sont rendu coupables les Kossovars. On est allé jusqu’à bombarder Belgrade en oubliant la fidèle alliée de la France qu’était la Serbie. Et finalement, on n’a pas beaucoup hésité à reconnaître l’indépendance du Kossovo. Cela fait beaucoup d’atteintes au principe de souveraineté, et confirme le poids des intérêts momentanés dans la politique des puissances qui s’appellent « occidentales ».

En histoire, comme en diplomatie, ces variations ne s’oublient pas.

  • 4°) Mis à part les faits ci-dessus exposés, une interrogation s’impose sur l’intérêt spécifique de la France dans cette affaire, aspect que toute diplomatie conséquente devrait avant tout considérer. La Géorgie est certes un pays ayant son identité, riche d’une culture ancienne et authentique remontant à l’Antiquité, avant d’avoir été intégrée dans l’Empire russe à l’époque de l’expansion coloniale de celui-ci. Pour autant, elle n’a jamais eu de lien particulier avec l’Europe et avec la France en particulier, autre qu’archéologique. Elle est certes le lieu de passage d’un nouveau projet d’oléoduc de la Caspienne destiné à aller vers la Méditerranée en contournant l’Europe centrale, mais si lui-même présente un intérêt important pour les U.S.A., celui-ci est bien moindre pour l‘Allemagne et la France, approvisionnées en pétrole russe par le Nord de l’Europe. A moins qu’on juge opportun de réduire le rôle de ce dernier.
  • 5°) Cette dernière considération conduit à considérer nos rapports (et les rapports de l’Europe) avec la Russie.

Tout en reconnaissant à cet égard que le gouvernement français par la voix du Président de la République et de son Ministre des Affaires Etrangères, s’est abstenu de faire chorus avec certains propos des medias alimentés par des sources étrangères et d’outre-Atlantique, il faut souligner :

    • a) qu’il a malgré tout quelque peu adhéré à l’idée aujourd’hui à la mode, d’une nouvelle menace russe, qui s’étendrait à tous les pays de sa périphérie, voire à la Pologne et qui résulterait de sa nouvelle puissance économique, évoquant comme l’écrit Roland Hureaux, ces armées de soldats devenus fous qui continuent à voir l’ennemi bien longtemps après le retour de la paix. Cette soi-disant menace n’est-elle pas seulement le refus d’un rôle quelconque de la Russie sur la scène internationale, accru certes par la puissance relative que lui donne sa renaissance économique, mais à l’image de ce qui fut leur politique durant des siècles ? On ne s’en est pas toujours plaint, ni en 1914, ni lors du dernier conflit mondial. Ce rôle et donc cette menace, serait-il au surplus comparable à l’impérialisme de la Russie stalinienne, et l’armée russe elle même comparable avec ce qu’elle fut alors ?
    • b) Qu’en outre, l’importance particulière attachée à la Russie, à la Géorgie de même qu’à l’Ukraine et d’une façon générale aux pays caucasiens, ne peut être considérée comme choquante, ces pays ayant fait longtemps partie de son territoire et constituant évidemment pour elle une zone d’influence privilégiée. Reprocherait-on à la France d’être quelque peu vigilante quand d’autres pays qu’elle-même s’intéressent un peu trop vivement aux pays d’Afrique du nord, l’Algérie notamment. Et que dire de Cuba et de l’Amérique centrale pour les Etats-Unis ?
    • c) Et qu’enfin certains des pays qu’on appelle « occidentaux » – une qualification qu’on refuse d’ailleurs à la Russie, comme si elle ne faisait pas partie de l’Occident depuis quatre siècles - avant tout les Etats-Unis, développent notamment depuis quelques années une politique anti-russe dans cette zone, pour y substituer leur propre influence. A telle enseigne qu’ils envisagent avec ferveur leur intégration dans l’OTAN, instrument militaire privilégié des Etats-Unis et que ceux-ci prévoient en outre la création d’un soi-disant bouclier anti-missiles en Pologne et en République tchèque, dont ils ont peine à convaincre les Russes qu’ils ne sont pas dirigés contre eux. Tout cela ne peut-il être comparé à une nouvelle version de la politique du cordon sanitaire, d’autant qu’elle est accompagnée d’un dénigrement systématique du régime russe, soulignant le caractère non démocratique de la vie publique russe et son ignorance des droits de l’homme. Certes, on ne saurait pour autant décrire la Russie comme un pays angélique. Il a lui aussi, comme d’autres, ses brutalités. Dans diverses crises et en Tchétchénie, il les a souvent révélées. Néanmoins, de notables progrès, malgré d’évidents incidents, ont été réalisés depuis la chute du mure de Berlin dans ce pays (qui ne vit tout de même plus à l’époque du goulag) et les Etats-Unis ont aussi leur passif à cet égard, apparu notamment lors de l’invasion de l’Irak et quelques autres événements en Amérique latine. par exemple. Il faut élever le niveau du jugement et prendre en compte le sentiment que vit actuellement la Russie d’être soumise à une sorte d’encerclement renouvelé.

Plutôt que de s’y laisser entraîner – l’Europe et avant tout la France et l’Allemagne, devraient mesurer plus exactement leurs intérêts. L’Europe a besoin de la Russie et d’une Russie suffisamment puissante, comme la Russie a besoin de l’Europe. Elle en a besoin sur le plan politique et sur le plan économique. Un partenariat avec la Russie pour une Europe qui se voudrait plus ou moins autonome est un élément capital de force et donc, sur le plan mondial d’équilibre par rapport aux deux nouveaux géants que sont les Etats-Unis et la Chine. La Russie de Poutine en a le secret dessein, déjà exprimé dans les années 90 par Gorbatchev quand il parlait de la « maison commune ». Ne pas le voir, c’est servir les intérêts de l’hyper puissance d’outre Atlantique et ainsi, repousser la Russie vers l’Asie.

Le compromis négocié paraît avoir réglé, momentanément en tous cas, ce qu’on a appelé la crise géorgienne. De nouveaux développements fâcheux sont cependant toujours à craindre, même en Géorgie, si les observateurs désignés prétendaient opérer à l’intérieur des territoires d’Abkazie et d’Ossétie, a fortiori peuvent-ils resurgir en Crimée, ou à propos des rapports de l’Ukraine avec la Russie. Il convient, s’agissant de ceux-ci, de tirer vigoureusement le signal d’alarme touchant l’extension de l’OTAN à l’Ukraine et, a fortiori, à la Géorgie, qui serait interprétée par les Russes, non sans raison, comme une manifestation d’hostilité décisive. La France et aussi l’Allemagne seraient bien inspirées d’en mesurer dès à présent le péril.

 

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