Chaque nation vit ainsi selon des valeurs qui lui sont
propres, le plus souvent inscrites dans sa loi fondamentale. Mais si son
identité comporte des caractéristiques, qui font sa singularité,
celles-ci ne la reflètent pas dans toute sa diversité. Si l’identité
nationale est d’abord un concept politique, elle est surtout du domaine
du ressenti. L’identité française c’est le ressenti de deux français qui
se rencontrent dans un coin perdu de la planète et qui se disent "je suis
de Paris" "et moi de Perpignan" le disent en Français, et sont heureux de
boire un verre ensemble pour l’occasion. Mais l’identité nationale n’est
pas un ressenti permanent. Otto de Habsbourg avait demandé lors d’un
match de football Autriche-Hongrie :« contre qui ? »
L’Histoire est un constat. Les nations changent et ne sont pas
éternelles. Une nation s’affirme avec son identité, qui évolue selon
chaque pays et dans le temps. Elle peut disparaitre. En Tchécoslovaquie on l’a vu se diviser en deux. Ce concept a aussi des limites. Pour qu’il soit
positif il faut que l’identité soit fondée sur des valeurs universelles.
Quelles sont ces valeurs ? Celles d’égalité, de liberté, de solidarité,
de fraternité, de tolérance, d’absence de rejet de l’autre, qui sont
des valeurs françaises et républicaines issues des Lumières. S’il n’y a
pas une référence constante à ces valeurs, le concept va trop loin et
sera perçu comme un rejet de l’autre. Or il n’est pas toujours neutre. Le
danger vient quand l’identité nationale est vécue comme un facteur
d’exclusion. L’identité nationale sur cette voie, peut devenir
nationalisme. Le nationalisme qui repose sur une vision extrême de
l’identité nationale, en découle. Il est une exacerbation du concept.
Le nationalisme est réducteur, il peut être de détestation, et va contre
ces valeurs. A l’exception près, mais elle est de taille, quand « la
Patrie est en danger ».
Enfin le concept d’identité nationale est concrètement lié à
l’immigration ne serait-ce que parce qu’il y a aujourd’hui en France
un Ministère de l’immigration de l’identité nationale, de la
coopération et du codéveloppement. L’identité nationale lors de
l’annonce de la création de ce ministère, avait été perçue comme
anti-immigration et rejet de l’autre. Dans les cas extrêmes en effet
poussant l’analyse plus loin, on aboutirait à l’épuration ethnique,
à la pureté de la race, et même au nazisme, évidemment tout à fait
contraires à nos valeurs. Il faut donc des limites au concept d’identité
nationale. Si sa nature n’est pas en cause, l’intensité de sa
perception (chauvinisme, xénophobie) son application (fermeture des
frontières) son instrumentation (pogroms) le sont bel et bien. On a donc
eu raison de s’alarmer, mais Nicolas Sarkozy a répondu que l’identité
nationale n’était pas une injure.
L’immigration est un autre débat, mais la question de
l’immigration en fait partie. Une question se pose : l’immigré n’a-t-il
pas pour principal devoir de continuer la France (c’est à dire de
s’intégrer à l’identité nationale sans pour autant renier ses origines)
? L’identité est un thème majeur qui touche à tous les aspects de la
vie nationale, non seulement à l’intégration des immigrés, mais aussi
à d’autres comme la laïcité. Nicolas Sarkozy a eu raison de
l’inscrire dans sa campagne, à condition que ses actes suivent ses
discours. Un rattrapage intense de l’Islam, qui toucherait par
inadvertance à la laïcité, entrainerait des fêlures à l’identité
nationale.
Jack Petroussenko
31/05/09