Pour accomplir cet idéal, les bonnes fées de la finance, de la grande presse, de l’université et de la politique se sont pressées autour du tout nouvel institut. Les grâces ont été particulièrement abondantes.
En effet, la branche américaine a bénéficié d’appuis inestimables. Il n’est pas possible de nommer l’intégralité des dirigeants et des contributeurs financiers en raison de la liste impressionnante des participants. Cependant, on peut relever parmi les membres anciens et nouveaux en 2007 : John D. Negroponte, plusieurs fois ambassadeurs et dont la dernière nomination se déroule à Bagdad, membre du CFR, il a été un des présidents de la FAF de New York ; Ernest-Antoine Sellière, ancien président du patronat français et européen (le MEDEF et l’UNICE) ; les anciens ambassadeurs américain en France, Félix G. Rohatyn, et François Bujon de l’Estang à Washington [7] ; ou encore l’actuel président de la FAF de New York, Nicholas Dungan [8] dont les activités se sont déployées au sein de la très atlantiste Chatham House [9] . Par ailleurs, les appuis financiers ne manquent pas puisqu’on peut relever des noms prestigieux comme David Rockfeller, fondateur de la Trilatérale et président honoraire du CFR ; Franck Carlucci, ancien secrétaire adjoint à la CIA et ancien secrétaire à la défense du président Ronald Reagan, il a été le directeur du très puissant Groupe Carlyle. Cette société d’investissements américaine est très impliquée dans l’industrie de la défense tout en étant proche de l’administration Bush. Enfin, nous pouvons relever parmi les contributeurs : EADS, l’Oréal USA ou encore la Société Générale . [10]
La FAF française n’a pas à rougir de sa jumelle new-yorkaise. Dirigée au début par le président de Péchiney jusqu’en 1982, Pierre Jouven, la Fondation est présidée depuis 1997 par Michel Garcin [11] , Directeur général de Hervé Consultants (spécialiste en accompagnement d’entreprises). Le Conseil de surveillance [12] réunit EADS France, BNP Paribas, la Caisse des dépôts et des représentants comme Yves de Gaulle (secrétaire général de Suez), Jean-Louis Gergorin (vice-président de la coordination stratégique chez EADS, mais dont les activités ont cessé avec l’affaire Clearstream) ou Marwan Lahoud, PDG du leader européen dans le secteur des missiles MBDA dont EADS est actionnaire à 37,5% et dont le frère Imad Lahoud a connu quelques démêlées judiciaires en liaison avec Jean-Louis Gergorin lors de l’affaire Clearstream. Enfin, nous pouvons ajouter que la FAF française est soutenue par le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’éducation nationale ou encore l’Institut d’Etudes politiques de Paris . [13]
Cependant, l’action de la FAF est encore plus considérable en raison de sa capacité à recruter des personnes appelées à occuper de hautes fonctions. C’est dans le programme intitulé Young Leaders qu’une véritable sélection s’opère. Comme l’affirment clairement les textes officiels : « Le programme phare des Young Leaders, piloté par les deux entités (ndlr : New-York et Paris), vise à créer et à développer des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » [14] . Au sein de la sélection, c’est le professeur de science politique américain et membre du CFR, Ezra Suleiman, qui fut l’unique responsable de 1981 à 1984, puis de 1994 à 2001, du recrutement des Young Leaders en France [15] . Après une sélection drastique , [16] seuls 125 Américains et 126 Français composent les Young Leaders depuis 1981. Dans le cas de la FAF américaine, nous pouvons citer les noms suivants avec la date d’admission : Antony Blinken (1998, ancien conseiller en politique étrangère du président Clinton), Ian Brzezinski (2001, chargé aux affaires de défense de l’OTAN, fils du célèbre géopolitologue Zbigniew Brzezinski), le général Wesley K. Clark (1983, ex-commandant en chef des troupes de l’OTAN en Europe), le président Clinton (1984) et Hillary Clinton (1983, sénateur) [17] . Dans le cas de la FAF française, les adhérents (liste des Young Leaders) sont particulièrement nombreux . [18]
Une telle représentation souligne l’influence capitale qu’exerce la French-American Foundation dans les liens franco-américains . [19] Cette fondation organise aussi différentes conférences sur la défense, le journalisme, l’éducation ou la santé. Nous trouvons parmi les participants, outre les personnes citées ci-dessus, des noms bien connus comme Jean-François Copé (porte-parole du gouvernement Chirac en 2007), Michel Barnier (conseiller politique de Nicolas Sarkozy en 2007), Nicolas Beytout (Directeur de la rédaction du Figaro), le général Henri Bentegeat (chef d’Etat-major des armées) etc . [20] Tous ces colloques poursuivent, bien entendu, le but suprême de servir au mieux les intérêts de l’humanité.
Pierre Hillard
[2] http://www.frenchamerican.org/board_directors.html
[3] http://www.frenchamerican.org/pdf/faf%20-%20catalog%20printer.pdf
[4] http://www.french-american.org
[5] http://www.frenchamerican.org/pdf/faf%20-%20catalog%20printer.pdf
[6] http://www.frenchamerican.org/statement.html
[7] http://www.frenchamerican.org/board_directors.html
[8] http://www.frenchamerican.org/about_president.html
[9] http://www.chathamhouse.org.uk/
[10] http://www.frenchamerican.org/cgi-bin/contributors.cgi
[11] http://www.french-american.org/srt/extra/flb/minisite/show?location.id :=1338&id :=36
[12] http://www.french-american.org/srt/extra/flb/minisite/show?location.id :=1338&id :=35
[13] http://www.french-american.org/srt/extra/flb/minisite/show?location.id :=1338&id :=68
[14] Rapport d’étude pour le ministère des Affaires étrangères, analyse du processus de sélection des Young Leaders français pour la période 1981-2005, French American Foundation, Paris et New-York, p. 4.
[15] Ibid., p. 6.
[16] Les membres adhérents à la FAF doivent passer les épreuves suivantes comme le rappellent les textes officiels : « Depuis son lancement en 1981, le programme des Young Leaders aspire à sélectionner chaque année les candidats français susceptibles d’occuper des postes à haute responsabilité. Une démarche identique est adoptée aux Etats-Unis ». Les textes officiels précisent que la sélection s’opère en 3 phases : 1) « La première phase consiste à pré-sélectionner des candidats. Celle-ci se fait par l’intermédiaire du réseau de la French-American Foundation, par d’anciens Young Leaders ou d’actuels membres du Conseil de surveillance. Récemment, un effort a été entrepris pour diversifier socialement et professionnellement les candidats, notamment par le repérage dans la presse des profils prometteurs.
2) La deuxième phase consiste à recueillir formellement les candidatures. Les dossiers ainsi constitués contiennent la biographie du candidat et une lettre de recommandation. Des entretiens de motivation sont organisés.
3) La dernière phase de la procédure est la sélection finale des candidats. Après avoir reçu le dossier de chaque candidat, le Comité de sélection se réunit. Ce Comité comprend environ 10 membres dont la majorité sont des anciens Young Leaders. Les candidats ayant obtenu le plus de voix sont sélectionnés » in http://www.french-american.org/upload/flb/151/Rapport_leadership_vers_fin_16_juin_1150463326883.pdf
[17] http://www.french-american.org/
[18] http://www.french-american.org/
[19] Cette coopération s’illustre aussi dans le domaine économique. En effet, la FAF a organisé un colloque intitulé « Economies européennes et américaines, l’impossible divorce » sous la direction de Joseph P. Quinlan. Auteur d’un document paru en 2003 sous le titre « Drifting apart or growing together ? The primacy of the transatlantic economy », Joseph P. Quinlan a co-écrit avec Daniel S. Hamilton l’ouvrage de référence en matière de marché transatlantique sans entraves “Deep integration” dont le président de la Commission européenne, José Barraso, a tant vanté la valeur à la School of advanced International Studies (SAIS) le 18 octobre 2005.
[20] Rapport annuel 2003-2004, French-American Foundation. Cette fondation décerne chaque année le Prix Benjamin Franklin « à une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l’amélioration des relations entre la France et les Etats-Unis » comme le rappelle le rapport de la FAF. Les lauréats de ce Prix sont : l’ambassadeur C. Douglas Dillon, l’ambassadeur Walter J.P. Curley, Médecins sans frontières, Bernard Arnault (groupe de luxe LVMH), Michel David-Weill (ancien Président de Lazard Frères), la famille Forbes et Maurice Lévy (Président du Directoire de Publicis Groupe), op. cit, p. 30.
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L’histoire cachée des relations franco-américaines, par Pierre Hillard