Aussi faudra-t-il, au-delà du savoir lui-même, transmettre en même temps l’amour du savoir : cette impulsion qui donne l’envie d’en savoir toujours plus. On pourra escompter de cela, plus tard, au moment où certains s’engageront dans la voie de la recherche, qu’ils auront le désir d’augmenter le champ de la connaissance.
L’amour seul ne contribuera pas seul à l’acquisition du savoir. Il faudra sans doute que l’éducation nationale rende aux jeunes Français la mémoire, la rigueur, le goût de l’effort, la concentration, sans quoi rien n’est possible.
La mémoire est sans doute aussi présente dans la deuxième exigence qui appartient, nous semble-t-il, en propre à un projet d’éducation « pour la France ».
L’éducation nationale se doit de transmettre de nouveau l’héritage de notre civilisation millénaire : la civilisation française.
Cette civilisation est d’abord portée par une langue, le français, notre héritage commun, qui doit de nouveau être étudiée de manière approfondie. Ce doit être une priorité nationale. Le français, assurément, peut être une précieuse langue de communication ; il est aussi et surtout une langue de culture, celle de grandes oeuvres de l’esprit, celle de nos grands auteurs. On a pu récemment mettre le Gargantua de Rabelais au programme de grands concours scientifiques, dans une version bilingue (français-français). Cela ne doit plus arriver.
La civilisation française a produit des oeuvres plastiques ou musicales (peinture, sculpture, architecture, musique). Elles aussi doivent être partagées.
Notre héritage est aussi celui d’une histoire millénaire qui doit de nouveau être apprise et sue par tous les Français. De manière approfondie. Dans un esprit de réconciliation nationale.
Depuis plus de trente ans, les mots qui portent les valeurs de la France ont été dévoyés, au point qu’on n’ose plus les prononcer. Je risque de les faire retentir ici, parce que nous sommes réunis dans un Forum « pour la France ».
Transmettre l’héritage français, c’est en fait transmettre un héritage fondamentalement humaniste. Dans un monde de plus en plus souvent voué à la marchandise, dans un monde qui voue l’homme lui-même à devenir un consommateur, un homo economicus, cet héritage peut contribuer un précieux antidote. Contre l’homo economicus, préconisons l’homo sapiens sapiens, en quelque sorte !
Transmettre l’héritage français, c’est aussi inscrire chaque jeune Français dans ce que l’on a appelé autrefois une tradition. Il faut oser de nouveau revendiquer cela. La tradition en aucun cas n’est liée à une servitude : elle relie l’homme du présent à l’homme du passé. En regardant cela de près, la tradition autorise elle-même toutes les modifications qui lui seront apportées. Il s’agit de faire de chaque personne humaine un homme civilisé.
La notion même de « civilisation » implique que l’individu humain ne vit pas isolé : il est membre d’une cité. Un éducation digne de ce nom doit transmettre un certain nombre de valeurs liées à ce que l’on appelle, légitimement, la citoyenneté. Ces valeurs politiques ne sont que la conséquence d’un humanisme français bien compris.
La citoyenneté , Liberté mais pas la licence :
- être libre c’est ne pas être esclave des autres : aujourd’hui, ne pas être esclave d’un monde marchand ; le citoyen n’est pas un consommateur
- être libre c’est aussi ne pas être esclave de soi-même : nécessité d’une éducation morale (vertus cardinales : tempérance, courage, justice, prudence)
Egalité mais pas égalitarisme
- égalité des chances : assurer une véritable promotion sociale ; attention donnée aux plus fragiles socialement
- l’égalité suppose aussi la promotioin de l’excellence : élitisme républicain (Chevènement)
Fraternité, mais pas convivialité entre des communautés
- laïcité et neutralité : respect de la France dans sa diversité religieuse et idéologique ; cela suppose réconciliation à l’école entre France républicaine et France monarchique (mais pas pour rétablir la monarchie…), entre France laïque et France religieuse (mais pas pour propager la foi !) ; tolérance mais pas laxisme (pas de liberté pour les ennemis de la liberté)
- solidarité : souder la communauté politique (générations, milieux sociaux)
Transition 2 : un principe commun (instruction, éducation à la citoyenneté) : faire aimer la France ; mais aussi ouverture bien comprise
Ouverture au monde (tradition universaliste de la France)
- géopolitique : prise de conscience des intérêts de la France
- Francophonie : partage d’une langue, mais cultures diverses ; identité française forte au service d’un vrai dialogue avec l’autre (sans se dénaturer, pour s’enrichir)
Conclusion
- retour au titre de l’allocution : quel projet ? un projet « pour la France » indépendante et souveraine, forte de sa tradition humaniste et universaliste
- quel projet ? la question ouvre un débat ; la commission a fait quelques propositions : elles doivent être commentées
- la commission ne s’occupe pas que de matières théoriques (des principes) : elle oeuvre concrètement (Jean-Nicolas Corvisier)
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