Première fable, celle de l’origine illyrienne des Albanais. - Les Albanais seraient des Illyriens qui auraient occupé la plupart de la péninsule Balkanique et que les Slaves, en arrivant dans les Balkans entre le Ve et le VIIe siècles, auraient repoussé jusque dans leurs montagnes. Et tout ce que les descendants de ces Illyriens auraient fait depuis, c’est de récupérer leurs terres à savoir le Kosovo et la Métochie, une partie du Monténégro et de la Macédoine, sans oublier la province grecque de l’Épire.
Tout d’abord, il n’existe nulle preuve que les Albanais soient des Illyriens, et même s’ils l’étaient, ils ne pourraient jamais être tous les Illyriens mais seulement une ou quelques tribus illyriennes, la plupart des populations péninsulaires s’étant fondues dans le creuset des deux empires, l’Empire romain à partir du IIe siècle avant notre ère, puis l’Empire byzantin à partir de la fin du IVe siècle. Il faut y ajouter l’invasion de la province de l’Illyrie par les Avars qui la dévastèrent jusqu’à y détruire une soixantaine des villes romaines et qui, en 525, assiégèrent et faillirent prendre Constantinople. Aussi, il est clair que même s’ils avaient eu un État, une religion, une civilisation et une forte conscience nationale, les Albanais n’auraient jamais pu traverser indemnes de tels bouleversements, ainsi que ceux qui ont suivi avec l’avènement de l’Empire bulgare, puis serbe, pour pouvoir fonder leurs prétentions actuelles sur d’importants territoires balkaniques, notamment sur le Kosovo et la Macédoine.
En effet, pour pouvoir le faire, les Albanais auraient dû avoir un héritage analogue à celui de l’héritage biblique des Juifs, ce qui non seulement n’est point le cas mais, qui plus est, l’Histoire ne connaît point les Albanais avant la seconde moitié du XIe siècle quand ils sont mentionnés pour la première fois par des auteurs byzantins tels que Michel Attaliates, Anne Comnène et Jean Skylitza. D’autre part, on ne trouve pas la moindre mention des Albanais dans le célèbre ouvrage De Administrando Imperio par l’empereur Constantin Porphyrogénète du Xe siècle, alors qu’il y est question de tous les peuples de l’Empire et même des peuples, voire des peuplades limitrophes à celui-ci. C’est que les Albanais ne jouaient aucun rôle durant le premier millénaire, ou qu’ils ne se trouvaient pas encore dans les Balkans, puisque certains historiens les font venir tardivement du Caucase ou de l’Asie centrale.
En fait, les Albanais n’ayant eu aucune historiographie ni même leur propre alphabet jusqu’au début du XXe siècle, ce sont les auteurs autrichiens au service de la politique de Vienne spéculant sur les Albanais à fin de contrer l’émergence du facteur serbe dans les Balkans, qui ont insufflé aux Albanais l’idée de leur origine illyrienne. Avant cela, ils n’en avaient absolument le moindre souvenir ni la moindre notion.
Deuxième fable, celle de l’inimité immémoriale entre Serbes et Albanais. - Pour attiser davantage l’inimité de la soi-disant communauté internationale envers les Serbes, la propagande albanaise à laquelle s’est attelé un auteur aussi important qu’Ismail Kadaré, veut que les Serbes et les Albanais se soient déchirés depuis la nuit des temps et que le conflit de nos jours ne soit que le prolongement d’un conflit immémorial. Fable reprise, entre autres, par un personnage qui a joué un rôle des plus néfastes au Kosovo et qui continue de le faire avec la reconnaissance par la France de l’État fantoche kosovar sur le territoire de la province serbe. Vous l’avez deviné : il s’agit de l’apôtre de l’ingérence humanitaire, vétéran de toutes les guerres contre les Serbes, actuel panache de la diplomatie française, Bernard Kouchner.
Or, là aussi la réalité est naturellement tout autre, puisque les Serbes et les Albanais ont vécu en meilleure entente tout au long de Moyen-âge, entretenant des liens de parenté au niveau le plus élevé, comme le prouve le mariage de la fille du roi serbe Etienne le Premier Couronné au début du XIIIe siècle, Comnénie, au prince albanais Dimitry Progon. Plus tard, au XVe siècle, la sœur du Georges Castriota dit Skanderbeg, prince d’Albanie, Maria, épousa Etienne Tsernoyévitch, le prince de Zéta, alors qu’Ivan, le fils de Skanderbeg, épousa Irène, la fille de Lazare Brankovitch, despote de Serbie.
D’autre part, comme les Serbes et les Albanais vivaient dans la même sphère religieuse, celle de l’Empire byzantin, il leur arrivait de vénérer les mêmes saints, comme ce fut le cas de saint Jean Vladimir, prince serbe de Zéta au début du XIe siècle, canonisé saint à la suite de la mort martyre que lui fit subir un usurpateur bulgare. Dans l’État de l’empereur Douchan, les Albanais étaient des sujets à part entière, comme en témoigne le titre que Douchan prit lorsqu’il se fit couronner « tsar des Serbes, des Grecs et des Albanais », en 1348 à Skoplié, sa nouvelle capitale, après celle de Prizren.
Cependant le plus extraordinaire, c’est que Skanderbeg lui-même, héros national albanais, surnommé ainsi d’après Alexandre le Grand par les Turcs, après s’être distingué à la cour du Sultan dont il avait été l’otage, était d’origine serbe, comme l’a démontré, preuves irréfutables à l’appui, l’historien allemand Karl Hopf dans son livre Chroniques greco-romaines peu connues ou inédites, publié en langue française en 1873 à Berlin. C’est Skanderbeg qui, ayant quitté l’armée turque à la suite de la défaite infligée à celle-ci par les Hongrois près de Nich en 1443, retourna en Albanie et opposa une résistance farouche à l’envahisseur ottoman pendant un quart de siècle, avant de succomber sous l’écrasante supériorité des Turcs à l’instar d’autres princes balkaniques. Parmi les auteurs affirmant la serbité de Skanderbeg, je limiterai à vous citer Jean de Mussachi, un noble albanais ayant émigré en Italie, à la prise de l’Albanie par les Turcs en 1478, qui, dans ses Mémoires rédigés vers 1515, parlant de l’intention du sultan Mehemed le Conquérant d’envahir l’Albanie, écrit textuellement : « Cependant voyant le grand déchirement et la détresse de l’Albanie, Mehmed envisagea de l’occuper mais non sans crainte, car y était entré l’homme valeureux et Serbe de naissance dont les vertus étaient telle qu’il forçait le respect, non seulement des Albanais, mais d’autres peuples aussi. »
Toujours est-il que l’événement fatal qui décida du basculement des Balkans dans les ténèbres multiséculaires ottomanes, constitue certainement la bataille qui se déroula, entre l’armée serbe et l’armée turque, le 28 juin 1389 dans la plaine du Kosovo, qui se solda par de lourdes pertes turques et par la mort du sultan Mourad, mais, malheureusement, par la défaite totale serbe. Une défaite que les Serbes n’acceptèrent jamais, puisque leur génie poétique l’interpréta comme le sacrifice suprême pour la foi du Christ et, par là, transcenda l’événement historique en un mythe grandiose sous forme d’épopée qui constitue l’une des pages lumineuses de la littérature universelle. C’est par cet événement, ainsi que par ses splendides temples élevés à la gloire du Christ, que le Kosovo s’est installé à jamais dans l’âme serbe et est entré dans l’histoire et dans la mémoire de l’humanité.
Troisième fable, celle de l’ancienneté des Albanais au Kosovo. - Les Albanais auraient été depuis toujours habitants du Kosovo et la Métochie, mais comme il n’y existe point de monuments de civilisation pour en témoigner, on recourt à une autre supercherie en soutenant que de nombreuses églises et monastères élevés, comme leurs fondations pieuses, par les souverains de la dynastie des Némanides au XIIIe et au XIVe siècles, étaient antérieurement des constructions albanaises que les Serbes se seraient appropriées en les transformant en leurs lieux de culte. Ce genre de fantaisies fleurissait encore dernièrement dans les colonnes du Figaro (22/02/ 2008) sous la plume d’un certain Serge Métais, entrepreneur et économiste de son état mué soudain en historien des Balkans. On peut y lire également que les Albanais se soient convertis à l’islam pour ne pas partager la même religion avec les Serbes !
Là encore, on est en plein absurde, puisque l’histoire connaît les dates et les circonstances exactes de la construction des églises serbes kosoviennes médiévales, comme l’église trinitaire du Patriarcat de Petch, les églises de Notre-Dame de Prizren, de Gratchanitsa, de Détchani dont les splendeurs architecturales et picturales font partie du patrimoine universel. Certains de ces édifices ont été construits sur les fondations des constructions antérieures byzantines plutôt rares et détruites par les Avars ou simplement tombées en décrépitude.
Cependant en ce qui concerne la présence des Albanais au Kosovo, toutes les sources historiques indiquent qu’elle a été quasi inexistante, à peine 1%, jusqu’à la conquête définitive turque des Balkans à la fin du XVe siècle. C’est alors que les rapports entre les Serbes et les Albanais commencent à se gâcher et entrer désormais dans une longue inimitié qui n’a fait que s’envenimer au long de siècles pour culminer de nos jours. C’est que, une fois la résistance de Skanderbeg ayant pris fin avec sa mort en 1468, les Albanais, n’ayant pas eu, à la différence des Serbes, leur conscience nationale forgée à travers l’Église et l’État, se mirent assez rapidement à accepter la religion du conquérant, l’islam, ceci leur assurant des privilèges considérables, notamment le droit à la propriété, au port d’armes, à l’accession aux postes élevés dans l’armée et l’administration. Naturellement la théorie, prônée par la propagande albanaise, d’après laquelle les Albanais ont embrassé l’islam par défi aux Serbes n’est que du domaine de la divagation, outre qu’elle renie complètement le combat héroïque de Skanderbeg que le pape aurait appelé « athlète du Christ ».
Comme tous les apostats mus à la fois par l’envie de se prouver et de couper avec leurs racines afin de refouler leur faute, les Albanais se transforment progressivement en bras armé de l’occupant turc sévissant contre les chrétiens non seulement en Serbie, mais aussi en Macédoine, en Grèce et jusqu’à la Bulgarie. Les sources historiques abondent en exactions, en rapts, en pillages, en massacres, en destruction de hauts lieux qu’ils commettent ou en exodes qu’ils provoquent à travers la Péninsule. L’année 1594, Skofi Sinan – pacha fait brûler les reliques du saint Sava, patron de la nation serbe, pour faire démolir, vingt ans plus tard, la majestueuse fondation du tsar Douchan, le temple des Saints Archanges près de Prizren, afin d’en utiliser les matériaux pour la construction de la principale mosquée de cette ville qui porte toujours le nom d Sinan-pacha.
Cependant l’année 1690 s’avère particulièrement fatale pour l’avenir du Kosovo et de la Métochie, puisque cette année-là l’insurrection des Serbes, dans le contexte de la Grande guerre austro-turque de 1683 à 1690, échoue à la suite de la défaite de l’armée impériale dans le défilé de Katchanik, reliant le Kosovo et la Macédoine. Fuyant des représailles turco-albanaises, près de 200 000 Serbes avec le patriarche Arsène en tête, quittent la province et s’installent en territoire autrichien, exode connu dans l’Histoire comme la Grande migration serbe, suivie quelques décennies plus tard par une seconde, moins importante.
Évidemment les Albanais descendent de leurs montagnes et remplissent l’espace du Kosovo et de la Métochie demeuré ainsi relativement vide. La terreur qu’ils répandent ne connaît pas de limites, si bien que l’évêque de la région Mathieu Massarek dans un rapport qu’il adresse, en 1764, à la Curie Romaine, gémit en voyant ces apostats spolier, martyriser et mettre partout à mort les chrétiens qu’ils soient catholiques ou orthodoxes. Il est en tellement meurtri qu’il avoue terminer chacun de ses sermons par cette prière à Dieu : Libera nos, Domine, ab Albanensibus !, en ajoutant : Extermina et dele istos Albanensens de terra vivantium. (Extermine ces Albanais de la terre des vivants.)
Au cours du XIXe siècle, avec le mouvement de libération de peuples balkaniques initié par l’insurrection de Karageorges en 1804 en Serbie, la colonisation du Kosovo par les Albanais se poursuit toujours au prix de la terreur dont l’un des moyens devient l’islamisation forcée. Les Turcs laissent faire les Albanais d’autant que ceux-ci se sont acquis la renommée des « meilleurs fils du Sultan » et comptent bon nombre des leurs parmi les plus hauts dignitaires de la Porte, des pachas et des vizirs. Ils constituent même la garde personnelle du dernier sultan, le cruel Abdul Hamid, les Arméniens en savent quelque chose.
Cependant comme la Turquie déclinait en Europe, les Albanais commencèrent à se préoccuper de la façon de garder les territoires dont ils s’étaient emparés à l’ombre de l’occupant ottoman et formèrent à cette fin, en 1878, une Ligue albanaise parrainée par l’Autriche. Celle-ci ambitionnait depuis longtemps de succéder à la Turquie dans les Balkans, spéculait grandement sur les Albanais en les instrumentalisant contre les Serbes à la fois pour infléchir la dynamique de leur libération et de leur unification et pour contrer l’influence de la Russie dans la région. L’Autriche s’opposait farouchement à la libération du Kosovo et de la Macédoine, bien que l’oppression qu’y faisaient régner les turco-albanais n’eût pas d’exemple en Europe et probablement pas dans le monde, comme le rapportent nombre d’auteurs de cette époque dont Victor Bérard, René Pinon, Georges Gaulis, entre autres. Ce dernier estimait dans son livre La Ruine d’un empire, paru en 1913, le nombre des Serbes ayant fuit la province durant le quarante ans écoulés, à 400 000 personnes.
Bien entendu, c’est avec le plus grand mécontentement que l’Autriche vit l’affranchissement des Serbes, des Grecs et de Bulgares par l’éviction, grâce à leurs efforts conjugués, de la Turquie la Péninsule lors de la Première guerre balkanique en 1912, tout en réussissant à imposer aux puissances européennes la création du premier État albanais, en 1913. À l’issue de la Première guerre mondiale et à la formation de la Yougoslavie en 1918, le gouvernement de Belgrade, afin de rétablir l’équilibre ethnique rompu de la province fit y venir quelques milliers de familles dont un certain nombre de celles qui l’avait quittée durant la période précédente. Les Albanais restèrent sur place, sauf ceux parmi eux qui refusèrent de vivre dans un État gouverné par leurs esclaves d’hier ou d’être leurs égaux, et qui émigrèrent en Turquie ou retournèrent en Albanie.
Le rêve serbe le plus ardent, la reconquête et la libération du Kosovo, après plus de cinq siècles d’occupation turque, étant réalisé, il ne fut pas de longue durée, puisque les puissances de l’Axe, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, détruisirent en 1941, la Yougoslavie et donnèrent le Kosovo et la Métochie aux Albanais dans le cadre d’une Grande Albanie, un Etat fantoche tout comme l’était la Croatie oustachis. Les milices albanaises qui ne tardèrent pas à se former, massacrèrent environ 10 000 Serbes, tandis que 75 000 autres parmi eux prirent le chemin de l’exode, souvent sous la protection de l’armée d’occupation allemande et italienne, afin d’éviter le même sort. Les foules albanaises déchaînées hurlaient : « Foutez le camp, Serbes ! Le baba Hitler est arrivé ! », le baba signifiant le père. Alors que l’un de leurs chefs, Ferat bey Draga, s’exclamait : « Il n’y aurait plus des Serbes sous le soleil du Kosovo ! ». À l’initiative d’Himmler en 1943, fut créée la Division Waffenn SS Skanderbeg qui commit des crimes effroyables et dont les derniers combattants tombèrent devant Berlin en 1945, en même temps que les dernières milices fascistes albanaises au Kosovo furent neutralisés par l’armée de libération.
Malheureusement le régime communiste essentiellement antiserbe instauré en Yougoslavie après la Seconde guerre mondiale, se hâta de promulguer un décret interdisant aux réfugiés serbes du Kosovo de retourner dans la province, alors que 100 000 immigrés y ayant afflué d’Albanie durant la guerre, demeurèrent sur place. Comme la Yougoslavie communiste reposait sur la fameuse formule : « Une Serbie faible, une Yougoslavie forte », on créa au sein de la Serbie deux régions autonomes, la Voïvodine au Nord et le Kosovo au Sud où les Albanais, se mettant une fois de plus du côté de plus fort, surent gagner les faveurs du maître de cette Yougoslavie, Joseph Broz dit Tito, et provoquer, par toutes sortes de pressions une hémorragie constante de la population serbe du Kosovo, qui se poursuivit durant les 40 années du règne du tyran. En même temps la province se remplissait davantage d’Albanais du fait de leur forte natalité due à la polygamie, mais aussi à l’afflux de nouveaux immigrants venus d’Albanie sous prétexte de fuir la dictature d’Enver Hoxha, mais en fait envoyés pour augmenter la masse de la population albanaise au Kosovo. Le tyran de Tirana se vantait à un moment qu’il pouvait lever plusieurs divisions au Kosovo. Toujours est-il qu’à la mort de Tito, en 1980, quelque 300 000 Serbes avaient fui le Kosovo et la Métochie, leur pourcentage étant tombé à seulement 10% au profit de 90% d’Albanais.
Voilà, très rapidement, comment s’est faite la colonisation du Kosovo par les Albanais, voilà d’où une telle masse d’entre eux au cœur de la Serbie, sans que nos oracles politiques et médiatiques, sans que les caciques de la prétendue communauté internationale, s’y interrogent jamais, mais gobent tout simplement des fables rependues par la propagande et prennent les décisions les plus arbitraires n’ayant aucun appui sur la réalité. Cependant, il nous reste traiter encore d’une de ces fables qui aura été la plus néfaste quant au sort Kosovo et de la Serbie.
Quatrième fable, celle de la suppression par Slobodan Milosevic de l’autonomie albanaise obtenue sous Tito. – Les Serbes avec Slobodan Milosevic en tête, auraient supprimé, en 1989, l’autonomie des Albanais en instaurant pour eux un régime d’apartheid, en se livrant à la terreur, au nettoyage ethnique, ce qui aurait justifié le recours des Albanais à la lutte armée menée par le soi disant Armée de libération du Kosovo, l’Uçk.
Là encore, comme dans des cas précédents, on est totalement dans le faux, puisque à la veille de l’écroulement du régime communiste, la Serbie n’exerçait presque plus aucune souveraineté sur la région du Kosovo où les persécutions des Serbes, les atteintes à leurs personnes, à leurs biens, à leurs lieux de culte, à leurs cimetières se multipliaient.
Et tout ce que fit Slobodan Milosevic en 1989, c’est de réduire cette autonomie exorbitante, tout en respectant le droit des Albanais d’avoir leur langue, leurs écoles, leurs médias, leur université, leur académie et, bien sûr, leurs représentants au sein des institutions de la République de Serbie qui se dota d’une nouvelle constitution. Les Albanais, qui déjà sous Tito, malgré l’autonomie sans exemple dans le monde dont ils bénéficiaient, avaient à plusieurs reprises violemment manifesté leurs velléités séparatistes en clamant le rattachement pur et simple du Kosovo à l’Albanie, refusèrent la nouvelle constitution de Serbie, en boycottèrent les institutions, créèrent les leurs et continuèrent de crier à la dictature en appelant au secours la communauté internationale. Ils savaient qu’ils en auraient la bonne oreille d’autant que les Serbes faisaient l’objet d’inimitié générale avec les guerres en Bosnie et dans la Krajina qui leur ont été imposées, mais dont on les rendait responsables. En même temps, les terroristes de l’Uçk se livrèrent aux crimes les plus épouvantables sur les Serbes, en particulier sur les policiers et les soldats, mais aussi sur les Albanais accusés de vivre en bonne entente avec les Serbes. L’un des chefs de ces bandes terroristes, que le gouvernement américain lui-même qualifiait, en 1997, comme tel, n’était autre que l’actuel premier ministre du Kosovo, Hashim Thaçi.
Cependant avec l’écrasement, l’année suivante, de l’Uçk par les forces serbes, les élites politiques et médiatiques de l’Ouest se mirent à louer ces terroristes comme des héros, à embrasser leur cause comme la plus sacré de l’humanité, à crier au génocide, à appeler à la guerre totale contre les Serbes, sans entrer le moins du monde dans l’antagonisme séculaire serbo-albanais et ne retenant de l’histoire millénaire du Kosovo, que j’ai essayé d’évoquer rapidement dans le contexte de cet antagonisme, qu’une toute petite fraction, la décennie des années 90 de soi-disant oppression serbe. C’est dans cette éclipse totale de la raison des élites et dans leur soif du mal que la plus grande puissance militaire de tous les temps, l’Otan, se mit en branle et, se faisant le glaive, pire encore, le mercenaire du mal albanais héréditaire antiserbe. De sorte que la Serbie fut soumise pendant 78 jours et nuits, tout au long du printemps de 1999, à un enfer de bombes, tuant et blessant des milliers gens, poussant des centaines de milliers en exode, détruisant des habitations, des usines, des ponts, des centrales électriques, s’attaquant aux trains en marche et n’épargnant même pas des hôpitaux, des écoles et des édifices abritant les médias. L’Otan associa le mensonge au crime en affirmant que les Serbes avaient tué ou allaient tuer 50 000, puis 100 000, voire 500 000 Albanais, et qu’il fallait tout faire pour l’empêcher, fût-ce en bombardant la Serbie pendant des mois comme le menaçait le grand ordonnateur du fléau Bill Clinton afin de la rejeter à l’âge de pierre, comme le disait un porte-parole de l’Otan. C’était peu que les Serbes au Kosovo aient été victimes des Albanais à l’ombre des régimes les plus inhumains, il fallait y rajouter en châtiant l’ensemble de la nation serbe par ceux qui se targuaient d’être on ne peut plus humanistes !
Et lorsque l’horreur prit fin avec les accords de Kumanovo du 9 juin 1999, et le retrait des forces serbes de la province laissant la place aux troupes de l’Otan sensées protéger toutes les populations, il n’en fit rien, l’Otan laissant les Serbes du Kosovo à la merci des Albanais. De sorte que ceux-ci se mirent à dévaster le Kosovo, forçant 250 000 Serbes à l’exode, s’emparant de leurs biens ou les détruisant, s’attaquant en particulier aux églises et aux cimetières afin d’effacer les témoignages de la présence serbe au Kosovo. Ils brûlèrent également deux millions de livres en serbe et en d’autres langues. C’est au milieu de ce désastre humain et civilisationnel, que Bernard Kouchner, nommé administrateur de la province par l’Onu à la suite de la résolution du Conseil de sécurité 1244, lança son fameux : « L’Europe est née au Kosovo ! », alors que, la pauvre, était en train d’y expirer. Et bien que fait protectorat de Nations-unies, le Kosovo pour quelque 120 000 Serbes qui y restèrent, fut transformé en un véritable ghetto, ces Serbes ne pouvant s’y maintenir que sous la protection de troupes d’occupation. Encore que celles-ci faillirent à leur devoir lors d’une nouvelle vague de violences albanaises, en mars 2004, se soldant par d’autres morts et blessés, par des milliers d’autres réfugiés, par de nouvelles destructions de biens et de lieux de culte, de sorte qu’aux 120 églises détruites depuis 1999, s’ajouta une trentaine d’autres dont certaines de véritables joyaux de l’art chrétien. Le spectacle navrant de ce Christ kosovien vandalisé, ainsi que d’autres images analogues que j’ai apportées pour vous montrer, en disent long sur le coup dur porté au christianisme au Kosovo et par là en Europe. En fait, tant par la profanation et la destruction de ses temples que par le martyre infligé à ses fidèles, le Christ aura été crucifié pour la seconde fois au Kosovo. C’est, d’ailleurs, en ces termes que s’exprime Georges Neyrac, officier du premier contingent français de la Kfor, dans son témoignage bouleversant au titre éloquent Les Larmes du Kosovo, paru aux Éditions du Cerf en 2001.
Ainsi le crime de l’Otan contre la Serbie, paracheva le crime albanais au Kosovo, le crime sans doute le plus long de l’histoire, puisque, comme j’ai tenté de vous le démontrer, il s’étend sur des siècles entiers. Encore fallait-il l’entériner, le légaliser, le consacrer, ce que fut fait par la proclamation de soi-disant Etat kosovar, le 17 février dernier, que l’on salua, pour comble de la dérision, comme l’avènement d’une nouvelle nation que les âges auraient attendu et que les principales puissances occidentales, notamment les Etats-Unis, l’Angleterre, la France et l’Allemagne et l’Italie s’empressèrent de reconnaître, récompensant ainsi l’un des plus noir forfait et l’une des plus noire injustice jamais perpétrés sous le ciel.
Cependant, la question du Kosovo, loin d’être résolue avec l’actuelle émergence du Kosovo albanais de l’abîme du mal multiséculaire, n’a évidemment fait que s’aggraver et appelle, comme je vous le disais au début, la plus vaste réflexion à la fois politique, historique, éthique et métaphysique en vue d’une juste solution future.
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Kossovo : les fables albanaises par Komnen Becirovic