Si la notion de proximité géographique a été bouleversée par les moyens de communication, les mêmes règles multiséculaires gouvernent toujours le monde. Diplomatie et soldats continueront de marcher ensemble et, quelles que soient nos alliances, nous savons, depuis l’aube des temps, qu’il ne faut jamais avoir confiance dans l’alliance avec un puissant – le peuple éduen l’a appris à ses dépens durant la guerre des Gaules.
La défense, monsieur le ministre, est d’abord l’affaire de la nation et d’elle seule. Comme chaque fois que nous devons mobiliser nos énergies, certains se complaisent dans les délices de l’abandon : « À quoi bon ? », « La France, c’est du passé », « Elle est trop petite », « Nous ne représentons qu’un pourcentage infime de la population ». Cela fait vingt siècles que nous entendons cette ritournelle digne du café du commerce. Soyons clairs : il n’existe aucune corrélation dans l’histoire entre la taille et la puissance – et c’est un petit qui vous parle. (Sourires.) Tout est affaire de cohésion et de force morale.
N’oublions pas non plus que nous sommes entrés dans une nouvelle donne géostratégique, celle des puissances relatives. La maîtrise absolue de notre destin national passe par notre détermination en matière de défense. Nous avons, et vous le savez, le savoir technologique ; à nous d’avoir la volonté politique de le mettre en œuvre.
J’en viens maintenant aux principaux éléments du Livre blanc.
J’approuve la place donnée au renseignement dans les orientations que vous nous présentez, la création d’un coordinateur du renseignement dans une sorte de conseil de sécurité nationale présidé par le Président, la création des bases de défense. Il n’appartient pas aux armées de pallier les lacunes de l’aménagement du territoire, aussi nécessaire soit-il par ailleurs.
M. le ministre de la défense. Bien sûr !
M. Jacques Myard. J’ai également noté l’engagement du Gouvernement de consacrer les sommes économisées au profit des équipements. Je serai particulièrement vigilant pour que cette orientation soit respectée.
Je salue le maintien de la dissuasion nucléaire comme pivot géostratégique de notre indépendance, car ce n’est pas demain que le monde sera dénucléarisé.
Mais certains de vos choix m’inspirent des doutes sérieux.
Vous nous présentez par exemple un reformatage à la baisse des armées, avec 30 000 hommes projetables. Je vous le dis, c’est insuffisant.
M. le ministre de la défense. Plus 5 000 hommes sur un théâtre secondaire, plus 10 000 hommes au titre de la défense du territoire !
Vous dites qu’il faut faire des économies parce que notre budget est contraint. Chiche ! Remettez à plat le budget de l’Union européenne, et vous gagnerez 10 milliards dès l’année prochaine. Remettez à plat les régions, qui ne sont que des organismes dispendieux avec des satrapes félons à leur tête et qui font tanguer l’unité de l’État. Remettez à plat les multiples machins et des bidules qui balkanisent l’État, et vous trouverez facilement 10 à 20 milliards immédiatement !
Vous proposez, et c’est là où je m’interroge, de compenser ce reformatage à la baisse par la coopération européenne, voire une défense européenne.
M. le ministre de la défense. Non !
M. Jacques Myard. Cette défense européenne devrait être le fondement même d’une OTAN rénovée.
Permettez-moi de ne pas être d’accord avec cette démarche. Votre analyse semble être la suivante : nos partenaires européens étant dans l’OTAN et pour l’OTAN, et la France étant favorable à la défense européenne, c’est en ralliant l’OTAN qu’elle réussira à convaincre ses partenaires de construire une défense européenne. Voilà un syllogisme un peu illusoire, voire une bévue. Il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités.
Aucun de nos partenaires ne rêve véritablement d’une défense européenne. Ils ont aliéné leur défense dans l’OTAN. La preuve, l’article 42-7-2 de feu le traité de Lisbonne, indiquait que « Les engagements et la coopération [dans le domaine de la politique de sécurité et de défense] demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. » La messe est dite !
En termes militaires, nous n’avons pas besoin, du fait de la coopération que nous avons nouée avec cet organisme, de rentrer dans l’OTAN. Mais, en réalité, le problème est bien davantage une question politique et diplomatique. Je suis intimement convaincu que rallier aujourd’hui l’OTAN, c’est donner un mauvais signal au monde entier, et que nous n’arriverons ni à avoir de l’influence sur les Américains ni à rallier nos petits camarades européens à notre cause et à nos idées.
En réalité, il faut inverser la démarche, muscler notre défense, aller pas à pas vers la mobilisation de 3 % de PIB pour notre défense. Là, nous entraînerons les autres. Car la clé, c’est que plus la France est forte et indépendante, plus l’Europe est indépendante, moins la France est indépendante, plus l’Europe est américaine. Voilà la vérité. Tout le reste n’est que littérature.
J’ajoute, et cela est important, que notre défense passe aussi par des accords de coopération sur le flan sud, c’est-à-dire en Méditerranée notamment. Je me réjouis à ce propos de l’accord récent qui a été signé par le Premier ministre en matière de coopération militaire en Algérie. Nos destins sont liés. La France est certes européenne mais elle est également méditerranéenne et elle doit garder sa liberté de manœuvre.
Monsieur le ministre, pour moi, le débat est ouvert. Le Livre blanc, c’ est comme les lois de programmation, c’est comme l’amour : tout est dans l’exécution. Je serai à vos côtés pour vous aider à obtenir les crédits. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
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