La France affiche un taux de natalité plus élevé que celui de la plupart de ses partenaires européens. C’est là un redressement relativement récent. Aussi a-t-elle accueilli le plus grand nombre d’émigrés. Elle en compterait 9 à 10 millions, dont près de la moitié aurait le Maghreb pour origine.
Dès le début de la Vème République, la France, alors en expansion, avait fait appel à la main d’œuvre étrangère, moins exigeante en matière de salaire que la main-d’œuvre française. Toutefois, le général De Gaulle avait « encadré » le flux allogène. Paris conclut avec Alger un accord selon lequel 25.000 Algériens seulement seraient, annuellement, admis en France. (En 1985, Mitterrand annule cet accord et accorda cette même année 650.000 visas). En 1973, Pompidou étant à l’Elysée, la France avait souscrit à la Charte Sociale européenne qui recommandait aux Etats membres de faciliter le regroupement des familles des travailleurs étrangers. Et, en 1976, Giscard d’Estaing signa le décret relatif à ce regroupement. Aussi, le flux migratoire fut-il modifié. C’est ainsi, par exemple que, si en 2003, quelque 215 000 visas de long séjour furent délivrés, 15 % seulement d’entre eux l’étaient pour le travail, tandis que près de la moitié visait le regroupement familial, les étudiants s’adjugeaient le quart restant. S’y ajoutaient les demandeurs d’asile (100.000) et mettons 120.000 clandestins. A déduire 120.000 à 150.000 naturalisations annuelles. Selon Maxime Tandonnet, éminent spécialiste, il faudrait raisonnablement compter avec 250.000 à 300.000 migrants supplémentaires chaque année.
Une généreuse politique sociale, l’indifférence des autochtones à la transformation de leur société, la suppression des frontières, grossissent le flux de migrants. Le mythe de l’intégration – dès la première génération – dissipe d’éventuelles inquiétudes. Confusément l’exemple des Etats-Unis et le succès de leur melting pot rassurent bien que la situation de la France – et plus généralement de l’Europe – soit très différente. Emigrer aux Etats-Unis a pour objectif un sort matériel bien meilleur, mais également l’appartenance à une nation puissante, au rayonnement mondial dont l’arrivant a le sentiment de détenir une parcelle. La France, à l’inverse, présente le visage d’un territoire dépourvu de gouvernement national, relevant d’une vague autorité supranationale donc étrangère, un pays sans frontières qui s’affiche sous deux drapeaux et dont les forces armées relèvent de pouvoirs extérieurs. Bref, l’émigrant arrive sur un sol politiquement vide, à la population d’origine anémiée. Venant le plus souvent de pays gouvernés autoritairement, il n’éprouve nul besoin de troquer sa nationalité contre celle d’une nation d’accueil en décadence. Les gouvernements successifs de la funeste Vème République n’ont pas compris – ou préférer ignorer – qu’il y avait incompatibilité entre « intégration » et « construction européenne ». Ce qui est vrai, pour la France, l’est dans une certaine mesure pour une large fraction du continent européen.
Vague islamiste
La majorité des 1,3 milliard de croyants vit sur des terres inhospitalières, faibles en ressources alimentaires si certaine d’entre elles bénéficient d’un sous-sol qui abonde en énergies fossiles, assurant une solide aisance financière de leurs populations.
Au cours de la seconde moitié du XXème siècle les gouvernements des pays que privilégie ainsi leur sous-sol se sont rendu compte que le développement économique du reste du monde dépendait, pour une large part, des sources d’énergies qu’ils détiennent. Celles-ci les ont placés sur le devant de la scène mondiale alors qu’ils étaient relégués dans les coulisses. L’heure est donc d’en venir à la troisième expansion de l’Islam, après celles du VIIIème et XVIIème siècle. La pétro-politique, à la fois, les y incite et leur en fournit les moyens financiers.
Les « industrialisés » concourent à cette expansion, le marché financier des pétroliers musulmans représentant des centaines de milliards de dollars et permettant de fructueux échanges. En revanche, le formidable pactole constitué par le commerce de l’énergie a conduit à trois démarches.
- Compte tenu de l’épuisement inéluctable des gisements de pétrole et de gaz naturel, les gouvernements des pays musulmans producteurs préparent leurs populations respectives à déployer des activités autres que celles qui a fait leur fortune, et cela en s’efforçant d’équiper techniquement, leur territoire.
- Investir le surplus de leurs gains dans les pays industrialisés à la fois pour en retirer de substantiels bénéfices et afin d’y ouvrir la voie à une large fraction de leurs ressortissants.
- Enfin, financer l’expansion des fidèles de l’Islam, plus particulièrement là où le dépeuplement leur fait place, c’est-à-dire en Europe, une Europe accueillante mais aux mœurs jugées décadentes et incapable d’opposer à « l’invasion » la même résistance que dans le passé.
La prise de conscience du rôle économique capital tenu, durant plusieurs décennies, par les pays musulmans pétroliers a renforcé le fondamentalisme. Voici dix ans déjà que l’écrivain Amir Taheri révélait que « certains (fondamentalistes) prêchent pour la création de ghettos islamiques en Occident… d’autres rêvent de créer une super puissance islamique qui pourrait lancer et remporter une guerre de représailles… ils rêvent de libérer non seulement Jérusalem mais aussi l’Andalousie et de repousser les frontières de l’Islam jusqu’au coeur de l’Europe ». Depuis, le rêve est devenu, peu à peu, réalité, les délires fondamentalistes n’étaient plus redoutés et l’économie et les exigences de la démocratie telle qu’elle est pratiquée en Europe, s’accommodant de la migration islamique voire l’encourageant. En France, l’élection présidentielle au suffrage universel fait, en quelque sorte, obligation aux candidats à l’Elysée en campagne quasi permanente de racoler le maximum de voix. Et de favoriser le développement d’un électorat exprimant sa gratitude envers ceux qui ont milité pour son entrée en France.
La vague africaine
Colorée… et plus généralement francophone, la vague africaine –sub saharienne – recherche en Europe le travail et la protection sociale dont le continent noir est avare.
Dans le même temps que la vieille Europe se dépeuple la « jeune Afrique » bat des records en matière de peuplement. Bernard Lugan, dont les études africaines font autorité, rappelle qu’en un an la population du continent est passée de 872 à 910 millions, soit une augmentation de 38 millions en douze mois. En 2030, il faudra compter avec 1, 3 milliards d’Africains.
Malheureusement, en dépit des récentes découvertes de richesses énergétiques fossiles, les ressources naturelles disponibles sont loin d’être à la mesure des besoins. Avec 12 % de la population du monde, l’Afrique n’affiche qu’un produit intérieur brut de 1 % du PIB mondial. Et un revenu annuel moyen par habitant de 450 dollars, ou encore près du cinquantième de celui des citoyens des Quinze, en Europe. Plusieurs centaines de millions subsistent avec deux dollars/jour. Non seulement le commerce africain est stagnant (2 % du commerce mondial) mais il régresse, ayant compté pour 7 % en 1950, lorsque le colonisateur était encore présent. Depuis, le mépris des droits de l’homme, les querelles tribales, les troubles populaires, les insurrections, les conflits armés ont accentué l’instabilité africaine. Ce fut le cas, en s’en tenant à l’ordre alphabétique, en Angola, au Burundi, en Centre Afrique, au Congo Kinshasa, en Côte d’Ivoire, en Erythrée, Ethiopie, Guinée, Libéria, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Somalie, Soudan, Tchad, Zimbabwe.
Devenue un territoire plus qu’elle n’est une nation souveraine, la France est particulièrement attirante. La francophonie crée un lien naturel tandis que son système de protection social est convoité. Aussi le nombre des émigrants ayant l’Afrique sub-saharienne pour origine augmente-t-il régulièrement. (de l’ordre de 10 à 15 % par an actuellement).
On est déjà à la mise sur pied d’une fédération des associations noires de France destinée à favoriser l’émergence d’une conscience noire. Et non l’intégration à la population du pays d’accueil.
Terre d’abondance humaine mais de pénurie alimentaire et aussi d’instabilité, l’Afrique se déverse sur l’Europe y important son potentiel de travail, sa puissance génétique mais aussi sa violence ancestrale.
La vague chinoise
Elle n’est pas démographique, celle-là mais économique. Du moins le gigantesque potentiel de production de la Chine (et avec certain décalage de l’Inde) domine-t-il, et de loin, la présence, en France, des « fils du ciel ».
Le libéralisme économique auquel la France a souscrit, ne serait-ce que par le traité de Maastricht, lui fait obligation de rejeter tout protectionnisme. Elle doit aborder la concurrence mondiale dans de très inégales conditions (salaires, protection sociale) d’autant que le carcan européen exclut toute politique industrielle nationale.
La croissance chinoise, l’année passée a, officiellement dépassée 9,5 %. (En réalité elle aurait été comprise entre 12 et 15 %). Cette intrusion, en majesté, dans l’économie mondiale n’a pas été anticipée. Depuis des siècles ce grand pays somnolait, auto-satisfait, assuré que sa vieille civilisation n’avait que peu de choses à emprunter à la civilisation industrielle euro-américaine. C’est sans doute Hiroshima qui a, soudain, secoué et éveillé toute une génération d’Asiatiques.
Jusqu’en août 1945, la Chine comme l’Occident, avait bien renoncé au sabre et à la lance pour en venir au fusil, à la mitrailleuse et au char d’assaut. Mais l’utilisation militaire de la désintégration de la matière a révélé l’écart des connaissances et, sans doute, stimulé le rattrapage, il est en cours. Et le savoir scientifique récemment acquis, multiplié par la masse, crée les conditions d’une nouvelle civilisation, au rayonnement irrésistible. Des textiles à l’espace, toute la gamme des biens d’équipement textiles, machines-outils, électronique ménagère et industrielle, ordinateurs, chimie, matériels ferroviaires, automobiles, avions, fusées, satellites etc… peuvent être fabriqués en Chine, en grande quantité, à un faible coût durant encore une longue période.
Assez longue pour condamner à l’inaction et à la faillite les principaux centres de recherche et de production des pays anciennement industrialisés. Les Etats-Unis, l’Europe, la France ressentent sévèrement les premiers effets de la puissance créatrice et productrice de la zone Asie-Pacifique : baisse des niveaux de vie, chômage accru, extension de la précarité avant d’en venir, pour un nombre croissant, à la misère.
Attirés par le vaste marché d’Extrême-Orient, et plus particulièrement par celui que constitue la Chine, les entreprises occidentales se hâtent d’y faire commerce, d’y investir et d’y exporter leurs technicités, précipitant ainsi leur propre déconfiture ultérieure.
Loin d’élever des digues retardatrices la Vème République ouvre la voie à ces gigantesques flux. Les civilisations sont mortelles. Les événements contemporains en font la démonstration.
Pierre Marie Gallois
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Une civilisation submergée