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Nucléaire civil et militaire, arrêt ou développement ?
Etat du nucléaire militaire et prolifération, par le Général Gallois
Caractéristiques générales des panoplies nationales nucléaires
dimanche 27 mai 2007
par admin
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  • 1. Il est admis que les cinq Etats ayant procédé à des expérimentations de l’explosif nucléaire avant le 1er janvier 1967 ont des droits spéciaux. Ils ont accepté de réduire leurs panoplies respectives et même, un jour, de la détruire (alors que tous les 5 s’efforcent de la moderniser). Ce sont, les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France, la Chine. Il est admis également – officieusement – que l’Etat d’Israël soit une puissance nucléaire, bien que non reconnue officiellement.
  • 2. La militarisation de l’atome s’inscrit dans la quête générale d’énergie.

Rappelons que la consommation mondiale d’énergie a été multipliée par dix en 45 ans et que la croissance de la population augmentera encore la demande d’énergie. (En 150 ans la population mondiale a été multipliée par 7).

Plus de 85 % de l’énergie primaire consommée est fournie par les énergies fossiles (dont les réserves s’épuisent, charbon excepté) mais qui contribuent au dommageable « effet de serre ».

La part du nucléaire n’est que de 7 %, voisine de celle de l’hydroélectrique. Les experts estiment qu’il faudrait la porter à 14 ou 15 %. Actuellement, près de 1,5 milliards de Terriens n’ont pas accès à l’électricité. Pour la fourniture du courant, manifestes sont les avantages du nucléaire :

  • Protection de l’environnement
  • Coût d’exploitation relativement faible
  • Réserves d’uranium abondantes garantissant un siècle de production d’électricité, voire 20 siècles avec le recours aux réacteurs à neutrons rapides sobres en consommation de matière fissile.

Certains experts, l’élimination des déchets radioactifs étant effective, estiment qu’à la fin du siècle la part du nucléaire dans le bilan énergétique pourrait atteindre 52 %.

Exception faite du problème posé par les transports automobiles, les besoins de l’humanité en énergie primaire seront satisfaits jusqu’à ce que la fusion d’atomes légers (isotopes de l’hydrogène) prenne le relais (2050, 2060).

Actuellement, sont en service 443 réacteurs, majoritairement dans les pays industriellement développés. Viennent de faire connaître leur souhait de pourvoir à leurs besoins énergétiques à l’aide du nucléaire, la Turquie, l’Arabie Séoudite, l’Egypte, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, le Brésil, l’Afrique du Sud, et même les Eméritats Arabes Unis, le Koweït, le Qatar aux ressources fossiles en voie d’épuisement.

C’est dire que les techniciens de ces différents pays auront à maîtriser la science d’une énergie fondée sur la fission de l’uranium et du plutonium dont la chaleur produite vaporise un fluide détendu dans une turbine génératrice de courant.

Ils devront disposer d’un combustible tel que l’uranium faiblement enrichi – qu’ils pourront enrichir pour utilisation militaire – et leurs centrales fourniront du plutonium, matériau fissile propre aux applications militaires.

Indirectement, les exigences du développement industriel, et plus généralement du « mieux vivre », réunissent les conditions d’une certaine prolifération des sources d’énergie nucléaire à des fins d’abord économiques, mais aussi, pour un certain nombre de pays, militaires.

  • 3. Paradoxalement, adversaires résolus de la prolifération du nucléaire militaire, les Etats-Unis n’en n’ont pas moins contribué à la multiplication des Etats militairement nantis.

En effet :

  • le programme « Atome for Peace » avancé en 1955 par le président Eisenhower a incité les gouvernements à s’équiper en réacteurs nucléaires producteurs d’énergie électrique, familiarisant ainsi de nombreux techniciens avec la désintégration de la matière.
  • la quête d’énergie fossile en quantité suffisante pour répondre aux besoins du développement économique des Etats-Unis a conduit leur gouvernement à pratiquer une « politique pétrolière » agressive qui leur a aliéné une large fraction de la population mondiale et incité un certain nombre de gouvernements à s’en remettre au nucléaire militaire afin de prévenir les « empiétements de l’impérialisme américain » (Inde, Pakistan, Corée du nord, Chine, Iran pour des raisons de sécurité nationale et aussi de prestige politique).
  • estimant que le contrôle de l’application du traité d’interdiction de tout essai atomique était incertain, Washington a refusé de la ratifier, ouvrant ainsi la voie aux expérimentations atomiques.

Caractéristiques générales des panoplies nationales nucléaires

  • 1. C’est au cours des années 50 et 60, à l’ouest, 80 à l’est, qu’ont été mis sur pied les armements nucléaires des cinq puissances en quête d’un pouvoir d’intimidation. Le poids du passé était encore si déterminant que les réalisations nucléaires correspondantes, celles des deux « grands » accordaient à la supériorité numérique la même importance que celle qu’elle a dans le cycle des armements dits « conventionnels ».

Aussi les Etats-Unis et l’URSS ont-ils rivalisé quantitativement, accumulant un potentiel de « sur-annihilation » ridiculement élevé : jusqu’à compter 30.700 ogives atomiques et 12.000 mégatonnes, en 1968, pour les Etats-Unis et, 45.000 ogives et 10.000 mégatonnes pour l’URSS, en 1987, alors qu’un équilibre mutuellement dissuasif aurait pu être obtenu en divisant ces chiffres par 1000.

  • 2. De même, à l’époque, les vecteurs du feu nucléaire, c’est-à-dire les moyens d’appliquer à distance l’énergie de destruction, l’avion et surtout l’engin balistique, ou dit de croisière, étaient encore imprécis. A grande distance, pour des portées intercontinentales les écarts se mesuraient en kilomètres. Aussi les planificateurs réclamaient-ils de fortes énergies afin de compenser l’écart entre la détonation et l’objectif visé.

C’est ainsi, par exemple, que pour avoir une probabilité de 90 % de détruire à 10.000 kilomètres un objectif ne résistant pas à une surpression – produite par l’onde de choc – de 1,5 kilo par centimètre carré, il eût fallu recourir à une ogive nucléaire de 5 mégatonnes. Trente ans plus tard, le progrès technique aidant, les écarts de tir ne se mesurent plus en kilomètre mais en mètres. Il suffirait alors d’une énergie dégagée par la détonation de 1 kilotonne pour détruire notre objectif, soit une énergie 5.000 fois plus faible.

  • 3. Le même progrès scientifique et technique a permis de réduire les dimensions et le poids des charges nucléaires. Aussi sont-elles transportables par des vecteurs moins compliqués, moins onéreux, le bombardier lourd le cédant à l’avion de chasse, par exemple.
  • 4. Ces deux formes de progrès contribuent à la prolifération horizontale de l’armement atomique qui devient accessible à moindre coût et sans expérimentations spectaculaires autres que celles destinées à prouver la réussite du programme d’armement nucléaire.
  • 5. L’intérêt des faibles énergies a ouvert de nouvelles perspectives, en particulier aux Etats de grande étendue, en limitant l’efficacité de la détection sismographiques d’éventuels essais.

Déjà, en 1974, lors des essais indiens de la série dite du Boudha Souriant les scientifiques avaient fait détoner une charge atomique en cavité souterraine et l’enregistrement des vibrations correspondantes n’avait pas permis aux contrôleurs étrangers de savoir qu’elle était l’énergie exacte de la détonation. En mai 1998, en Inde, les scientifiques procédèrent à deux essais de faible énergie (entre 0,2 et 0,5 kilotonne) que les sismographes ne détectèrent pas. Au cours du même mois les Pakistanais déclarèrent avoir fait exploser en cavité souterraine, simultanément, 5 charges atomiques, si bien que les experts étrangers se révélèrent incapables d’être renseignés sur l’état d’avancement des connaissances des scientifiques pakistanais, l’enregistrement des vibrations étant confondu.

Les trois avancées scientifico-techniques évoquées ci-dessus c’est-à-dire :

  • la compacité de l’explosif nucléaire
  • la précision accrue de ses vecteurs
  • la valorisation militaire, donc politique des faibles énergies ont d’importantes conséquences, à savoir :
    • L’augmentation du nombre des Etats détenant des armes nucléaires, peut être une quinzaine s’ajoutant aux neuf officiellement reconnus.
    • L’impossibilité d’exercer un contrôle sur l’emploi des matériaux fissiles nécessaires au fonctionnement des réacteurs nucléaires ou produits par leurs fonctionnement.
    • La nécessaire rénovation des armements nucléaires existant conçus et réalisés il y a plus d’une vingtaine d’années, soit avant les mutations techniques signalées plus haut.

Cette rénovation explique le rejet par le Congrès des Etats-Unis du traité d’interdiction de toute expérimentation atomique. La France, pour sa part, gagnerait à disposer d’un plus grand nombre d’ogives de la gamme kilotonnique basse (5 kilotonnes et au-dessous) afin que son appareil dissuasif gagne en pouvoir d’intimidation.

Aussi longtemps qu’il s’agira d’une prolifération d’Etats nucléaires, un optimisme raisonné admet qu’il y aurait là un facteur de stabilité plus que d’inquiétude.

En revanche, cette dissémination du savoir et, surtout, des matériaux fissiles est dangereuse dans la mesure où pourrait en tirer parti, sinon un individu, du moins un groupe ou un réseau de terroristes. Le terrorisme est à la fois partout et nulle part et il ne présente pas d’objectifs où le neutraliser préventivement, alors que les Etats, facteurs de stabilité, sont de faciles cibles pour les représailles.

Le terrorisme n’est pas maîtrisable par l’action militaire. Ses origines sont socio-économiques et justiciables de l’action politique visant ses racines. Aujourd’hui, pour ceux qui y ont recours il contourne aisément à la fois l’armement nucléaire et l’armement dit « conventionnel », c’est-à-dire les principales forces de coercition des pays industrialisés. Il leur revient de s’entendre pour pratiquer à l’échelle mondiale une politique tarissant les origines du terrorisme, politique difficile à définir, encore plus à mettre en pratique mais seule capable de mettre un terme à cette nouvelle fracture de l’humanité.

 

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