S’en déduit que les suffrages populaires ne confèrent à leurs dirigeants politiques aucun mandat majoritaire pour régler ce dont ils s’occupent, ni non plus pour entériner la façon dont ils le font. La toute dernière consultation électorale pour élire les députés à l’Assemblée européenne ne tempère pas un tel constat (Annexe I), tant s’en faut ;
- puisque la réunion des voies acquises à l’UMP / UDF de 28.57 % des 39.64 % des suffrages exprimés et non blancs s’établit à hauteur de 11.32 % des suffrages inscrits et non inscrits, ce qui correspond à une représentativité de 1.13 électeur sur 10 ;
- que la somme des voies acquises au PS et aux Verts de 36.29 % des mêmes 39.64 % des suffrages exprimés et non blancs s’établit à hauteur de 14.38% des suffrages inscrits et non inscrits, ce qui correspond à une représentativité de 1.44 électeur sur 10.
Et qu’ainsi l ‘autorité gouvernementale pour poursuivre, "à petits pas" , ses fins fédératives, ne peut exciper que d’une représentativité de 2. 57 électeurs sur 10, soit ( 1.13 + 1.44 = 2.57).
Chiffres incontournables qui n’empêchent pas la présente majorité, — tout comme la précédente, — de disposer à l’Assemblée nationale d’une majorité absolue. Certains parlent à cet égard de "démocratie inachevée", mais d’autres ne craignent pas d’évoquer la "souveraineté confisquée".
Rien là en tout cas qui puisse autoriser à voir dans le concours du gouvernement français au processus d’intégration politique et constitutionnelle des états européens l’aval d’une adhésion populaire réelle. L’œuvre de promotion, de soutien et de banalisation de l’ Europe de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice n’a au contraire pas cessé d’être entreprise par une classe politique hétéroclite, pourvue d’une représentativité continûment dérisoire, ce dont témoigne avec éclat l’arithmétique électorale.
Et si on se mettait à compter …, les eurosceptiques y liraient un sens de l’histoire propice à un optimisme et à une combativité qui leur font parfois défaut, et cesseraient de donner d’eux mêmes l’image rétrograde qui sert les idées qu’ils combattent.
On ne pèche pas contre l’esprit de la démocratie à dénoncer ce qu’elle a d’inachevé, ni non plus à vouloir prendre en compte, au nombre des vivants, ceux d’entres eux qui restent sans voix.
Par Bernard PRUDHON
Avocat à la Cour d’Appel de Paris
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Elections et arithmétique