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jeudi 15 mai 2008
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Bernard Prudhon
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Elections 2007 Politique
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Elections européennes et arithmétique électorale élémentaire par B. Prudhon
De la manipulation à la vérité
vendredi 23 février 2007
par admin
popularité : 1%

Dès après qu’aient été connus les résultats des dernières élections européennes, nombre de candidats ont compté leurs sièges pour se féliciter, et d’autres leurs suffrages pour se consoler. Rien de plus banal. Il est en effet de la nature du pouvoir de moduler à façon les distorsions inévitables qui séparent la distribution des sièges de l’expression des suffrages.

Mais que vienne à se manifester une abstention massive, bien supérieure à celle précédemment constatée, alors le mode de comptabilité publique des résultats électoraux ne permet plus de masquer la manipulation de l’opinion, si ce n’est la confiscation de souveraineté qu’il recèle et qu’il y a bien lieu – pour la circonstance – de quantifier.

Tel est l’objet des considérations courtes qui s’ensuivent.

Nul n’ignore en effet que les gouvernements socialistes ou UMP / UDF représentent grosso modo et à long terme 30 % des suffrages exprimés qui eux-mêmes n’excèdent pas 80 % des suffrages inscrits. Pourcentages dont il s’avère que les 30 % de suffrages acquis des 80 % de suffrages exprimés n’excèdent pas 24 % des suffrages inscrits, d’où résulte que l’opinion dominante au pouvoir en France, quelle que soit l’issue des débats électoraux ou l’alternance des majorités successives, n’est représentative que de trois électeurs sur dix.

S’en déduit que les suffrages populaires ne confèrent à leurs dirigeants politiques aucun mandat majoritaire pour régler ce dont ils s’occupent, ni non plus pour entériner la façon dont ils le font. La toute dernière consultation électorale pour élire les députés à l’Assemblée européenne ne tempère pas un tel constat (Annexe I), tant s’en faut ;

  • puisque la réunion des voies acquises à l’UMP / UDF de 28.57 % des 39.64 % des suffrages exprimés et non blancs s’établit à hauteur de 11.32 % des suffrages inscrits et non inscrits, ce qui correspond à une représentativité de 1.13 électeur sur 10 ;
  • que la somme des voies acquises au PS et aux Verts de 36.29 % des mêmes 39.64 % des suffrages exprimés et non blancs s’établit à hauteur de 14.38% des suffrages inscrits et non inscrits, ce qui correspond à une représentativité de 1.44 électeur sur 10.

Et qu’ainsi l ‘autorité gouvernementale pour poursuivre, "à petits pas" , ses fins fédératives, ne peut exciper que d’une représentativité de 2. 57 électeurs sur 10, soit ( 1.13 + 1.44 = 2.57).

Chiffres incontournables qui n’empêchent pas la présente majorité, — tout comme la précédente, — de disposer à l’Assemblée nationale d’une majorité absolue. Certains parlent à cet égard de "démocratie inachevée", mais d’autres ne craignent pas d’évoquer la "souveraineté confisquée".

Rien là en tout cas qui puisse autoriser à voir dans le concours du gouvernement français au processus d’intégration politique et constitutionnelle des états européens l’aval d’une adhésion populaire réelle. L’œuvre de promotion, de soutien et de banalisation de l’ Europe de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice n’a au contraire pas cessé d’être entreprise par une classe politique hétéroclite, pourvue d’une représentativité continûment dérisoire, ce dont témoigne avec éclat l’arithmétique électorale.

Et si on se mettait à compter …, les eurosceptiques y liraient un sens de l’histoire propice à un optimisme et à une combativité qui leur font parfois défaut, et cesseraient de donner d’eux mêmes l’image rétrograde qui sert les idées qu’ils combattent.

Mais que ne comptent-ils pas, et que ne le font-ils pas savoir, pour que nul n’en ignore ? La raison en est sans doute, — concession faite au psychodrame permanent de la vie politique française, — qu’ils redoutent à cette fin d’afficher un argumentaire suspect d " incorrection politique" majeure, ce en quoi ils ont tort.

On ne pèche pas contre l’esprit de la démocratie à dénoncer ce qu’elle a d’inachevé, ni non plus à vouloir prendre en compte, au nombre des vivants, ceux d’entres eux qui restent sans voix.

Par Bernard PRUDHON

Avocat à la Cour d’Appel de Paris

Annexe I
Annexe I
 

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