Premier problème :
Le groupe Lagardère et Daimler décident de ramener leur participation au Capital. Lagardère à 7,5% au lieu de 15 et Daimler à 22,5% au lieu de prés de 30.
- L’Allemagne et la France se retrouve avec 22,5% du capital chacun, ce qui pourrait un jour poser le problème de la minorité de blocage.
- Une banque publique Russe est entrée, en 2006, à hauteur de 5,2% dans le capital d’EADS qui a pris à son tour 10% d’Irkout, constructeur Russe d’avions de chasse. (nous comprenons que les transferts de nos technologies sont importantes pour la Russie. (Total vient d’obtenir le droit d’exploitier un champ pétrolier).
Un élément important : le processus amenant au droit de prendre part aux décisions stratègiques est réservé aux seuls actionnaires de références.
Autre élément : la minorité de blocage.
Aux Pays-Bas, ou est installé le siège social d’EADS, la minorité de blocage n’existe pas, mais un projet loi entend la fixer à 30%. En Russie, par ex, cette dernière est fixée à 25% + une action, première indication sur la volonté des Russes de faire passer la minorité de blocage à 25% + 1action et d’entrer à cette hauteur dans le capital d’EADS – mais cela ne suffira pas, les statuts d’EADS devront être modifiés pour permettre aux nouveaux arrivants de prendre part aux décisions.
Puis arrive la Chine, nouvelle 3ème puissance économique mondiale et la 1ère en matière de réserves de change. Elle a déjà obtenu qu’une usine d’assemblage soit installée sur son territoire, nous pouvons nous attendre à une participation d’une banques chinoise dans le capital EADS, jusqu’à quelle hauteur et contre quels nouveaux transferts ?
L’Angleterre quitte le capital d’Air bus (pour certainement se rapprocher de Boeing) tout en conservant la conception et la construction des ailes. Devant ses fuites et ses arrivées, la priorité des priorités reste la maîtrise de la composition du Capital. Sans argent, et il manque cruellement, rien n’est possible. Cette priorité n’a pas été traitée à Toulouse et nous n’avons assister qu’à une parade nuptiale d’un Président de la République Française, représentant l’Etat qui, s’il participe au tour de table, n’a aucun droit sur la gestion d’EADS et d’une Chancelière allemande qui n’a pas représenté l’Allemagne, mais une société industrielle allemande.
Or seuls les actionnaires peuvent prendre des décisions, c’est à dire le représentant du groupe Lagardère qui a gentiment été écarté et le représentant de Daimler qui avait autre chose à faire ce jour là. Nous devons savoir que l’Etat a, depuis la création d’EADS, délégué ses pouvoirs au groupe Lagardère et qu’il n’avait officiellement rien à voir à Toulouse, pas plus que Madame Merkel. Théatre d’ombres qui pourraient être chinoises.
C’est lors de la création d’EADS que la France (Jospin-Chirac) a perdu :Les activités amenées par AerospatialeMatra représentaient 60% alors que celles de Dasa (filiale Daimbler) n’en représentaient que40. Or, malgré la suprématie française, les représentants de l’Etat ont accepté la parité des nationalités dans les postes de direction - Funeste erreur–
Rappelons la structure acceptée :
Un conseil d’administration dirigé par deux co-présidents (un Français, un Allemand) qui représentent les actionnaires.
Ensuite des filiales opérationelles :
En 2006 : EADS, c’est un C.A de 39,434 milliards d’euros dont :
- Air bus : 60,7% du CA -
- Astrium : 7,7
- Avions de transport militaire : 5,3
- Défense et sécurité : 14,1
- Eurocopter : 9,2
Le problème actuel vient d’ Air bus - l’A 380 et ses deux ans de retard annoncés pour les livraisons plombent la trésorerie. Cela va coûter :1) à EADS, 4,8 milliards d’euros (dont la moitié pour les pénalités de retard) 2) aux entreprises des années avant de trouver un retour sur investissement.3) le départ des meilleurs sous traitant dont 100 travaillent déjà pour Boeing.
Les employés :
- France 21 408
- Allemagne 19 968
- G.B 9 691(dont 4 466 au siège social)
- Espagne 3 063
- Sous traitants 3000
Un plan de redressement a été présenté « Power 8 » par lequel il a été décidé que les coûts de fonctionnement seraient réduits de 30%, avec des suppressions d’effectifs (surtout à Toulouse – siège social d’Air Bus), 10 000 emplois doivent être supprimés et le nombre des 3 000 sous traitants doit être ramené à 500. Ce seront les cols blancs qui paieront, les cols bleus étant encore pour l’instant nécessaires à la fabrication. Attention danger, les cols blancs vont être employés par des sociétés étrangères et c’est notre savoir faire va être distribué gratuitement une fois de plus.
Une délocalisation de certaines usines vers des pays hors zone euro est prévue, ce que n’ont pas rappelé les deux danseurs dont l’un finira par manger l’autre.
Une externationalisation des production est aussi prévue : Quand Air bus ne sera pas, dans certains domaines, compétitif, il s’adressera à d’autres sociétés, c’est une déclaration officielle de l’ancien patron d’Air Bus.
Air Bus prévoit une réduction de ses achats généraux de 350 millions d’euros, ses coûts indirects de la même somme. Personne ne sait ce qui a été décidé ou si quelque chose a été décidée concernant le transfert de l’usine de montage du A 380 de Hambourg vers Toulouse. Les retards de production venant de cette usine, il avait semblé normal de rapatrier le montage du A 380 vers des endroits ou la compètence ne faisait pas défaut.
Mais l’essentiel a été laissé de coté, il s’agit de l’avenir et de l’avion de demain : l’A 350. Les actionnaires, là on ne peut plus s’amuser, doivent décider ou non de son lancement. Il ne s’agit pas de rien, Il faut trouver 9 milliards d’euros.
- EADS va vendre sa participation chez Dassault aviation Capital 100% (7 milliards d’euros) détenu pour 50,55% par le goupe Marcel Dassault- 46,30 par EADS et 3,5 par le public. EADS peut ainsi trouver 3 milliards d’euros – Mais cela ne fait pas 9 milliards et ou trouver le reste vu les chiffres :
- EADS : 2005 – bénéfices 2,85 milliards 2006 – bénéfices 99 millions
- Air Bus : 2005 – bénéfices 2,3 milliards 2006 – déficit 572millions
Commandes en 2006 : 1044 pour Boeing – 790 pour Air bus avec des livraisons qui prennent des années de retard.
Comprenons les principaux actionnaires, leur envie de courir pour échapper à cet engagement qui tourne au naufrage.
La création d’EADS a été réalisée pour hisser les européens au 3_ème rang mondial derrière Boeing et Locked Martin et les Français voulaient empècher une alliance entre la G.B et l’Allemagne qui aurait marginalisé notre industrie aéronautique. Seulement voilà cohabitation oblige, l’Etat n’a jamais voulu remplir son rôle d’actionnaire, c’est à dire sa mission de contrôle, il est resté inerte face aux erreurs de gestion – Il a contribué à destabiliser le groupe resté immobile dans la stratègie .
Plus grave, cette cohabitation entre Jospin et Chirac a, contre l’avis de l’actionnaire Lagardère, alimenté une guerre franco-française entre les dirigeants d’Air Bus et ceux d’EADS – Les Allemands se sont tout naturellement introduits dans la brèche ouverte et ont grignoté petit à petit EADS.
La gauche n’a pas su mettre en place la nouvelle société, la droite a amplifié le mal. Nous payons aujourd’hui la facture que nous serions en droit de présenter aux dirigeants politiques de l’époque. Ce qui s’est passé à Toulouse : un seul patron a été désigné ce qui est bien, Louis Gallois c’est encore mieux.
Lagardère a été mis en réserve et un Allemand est devenu le Président du Conseil d’administration d’EADS dans lequel siège désormais, le directeur d’EADS, mais plus celui de Air bus qui en a été écarté. Toutes les nominations passeront par L.Gallois qui nommera, nous le savons, sur les compètences.
Mais ne nous faisons aucune illusion, dirigeants Allemands, Français ou autres, l’euro cher et les salaires à bas coûts obligent déjà l’avioneur à délocaliser ses productions dans des pays hors zone euro et à bas salaires. Boeing qui n’est pourtant pas frappé par une monnaie forte, a externalisé 70% de sa fabrication – Il faut le savoir, 40% de la production de l’A 380 qui est déjà externalisée au japon en Australie, en Finlande, en Inde, en Suède et avec des chaines d’assemblage en Chine. Ce sera 70% demain – Seuls les sites très spécialisés seront maintenus, il s’agira de maintenir dans le giron national des compètences exclusives.
QUELLE CONCLUSION TIRER DE CETTE HISTOIRE ?
Comparons EADS à l’Europe. Certains angèlistes pensent que rassembler les gens, les Etats, les monnaies ou les productions dans un même panier doit marcher et bien NON.
Parce que sur 10 000 suppressions d’emplois 4 300 seront supprimés en France et 3700 en Allemagne, on dit que l’Allemagne a gagné -c’est donc que dans l’esprit des peuples il existe bien une frontière entre les deux pays – Louis Gallois est nommé le grand patron d’EADS, la France gagne, un Allemand à la tête du Conseil d’administration d’EADS la France perd – Sur 5 filières l’Allemagne en dirige 3, l’Allemagne gagne, personne ne souflle mot que dans 4 ans ce sera l’inverse qui doit se produire.
Nous assistons à une démonstration importante, celle de l’échec de l’esprit européen. Que nous le voulions ou non, la dissolution des nations, des citoyennetés, des frontières, cela ne marche pas, le fédéralisme ne s’adresse qu’à des gens qui viennent d’entrer sur d’immenses territoires vierges d’ou de territoires d’ou l’on a exterminé les occupants.
C’est ce que disent les souverainistes et toute personne raisonnable depuis toujours.
Les Allemands pensent que leurs Messerschmitt d’avant la guerre avaient apporté toutes les compètences et que la France les brimait. La vérité oblige à dire que les meilleurs ingénieurs Allemands sont dans l’automobile et que les erreurs techniques (cablages) leurs sont imputables.
La France pense que l’aéronautique est son domaine exclusif. Les Français qui se sentent floués se retournent vers l’Etat qui dans ces cas là doit tout faire. Malheureusement ce sont les régions qui répondent, ce qui ne va pas dans le bon sens.
Qui de la France ou de l’Allemagne a gagné dans cette affaire ? Mais c’est Boeing bien sûr- Alors cessons de rèver :
- Le problème d’EADS est celui de l’Europe, la direction et les actionnaires sont divisés par des frontières nationales qui se bloqueront toujours au niveau des gouvernances, attendre que l’autre fasse le faux pas n’est ni une politique, ni un projet d’avenir. Tirons en les conclusions avant que les choses ne deviennent plus grâves – Séparons nous gentiment et rentrons chacun chez soi, sans gros mots, sans coups bas et nous verrons le ciel s’éclaircir parce que l’envol des aneries aura cessé, mais ce n’est que mon avis.
Henri Fouquereau
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