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Diplomatie, porte-avion, dissuasion et propulsion nucléaires
Vice amiral (2S) Michel DEBRAY - Contre amiral (2S) Claude GAUCHERAND
mercredi 23 septembre 2009
par Administrateur
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Rappel de quelques réalités

70% de la population du globe se trouve dans les zones côtières situées à moins de 500 km de la mer, zones où sont regroupés la majorité des centres industriels et économiques vitaux de l’ensemble de la planète. L’espace maritime de haute mer, hors certains détroits et canaux, bénéficie d’un statut juridique indépendant des contraintes politiques et diplomatiques liées à la souveraineté des nations. La capacité à se déployer puis à agir en mer ou à partir de la mer là où il le faut et dans la durée, constitue un atout majeur d’une diplomatie ambitieuse et tournée vers le large, c’est à dire vers le monde, diplomatie d’une puissance maritime, membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU et liée par des traités de défense à diverses nations et plus particulièrement à l’OTAN.

Quid du concept de porte-avions ?

Un porte-avions est une base aérienne mobile se mouvant dans un espace international, apte à y rester pour de longues durées. Opérant à plus de 200 km des côtes, ses avions sont à même d’utiliser leur armement jusqu’à plus de 500 km à l’intérieur des terres. Dans le cas de la France, c’est de plus une base aérienne apte à mettre en œuvre l’arme nucléaire à une distance de l’objectif liée à la portée du missile et à l’allonge, variable avec le profil du vol de l’avion porteur et les ravitaillements en vol.

Son déploiement constitue à l’évidence un geste diplomatique fort qui peut être modulé par la gesticulation liée aux mouvements de l’arme nucléaire dans le port - base.

Le porte - avions et son groupe aérien constituent un moyen sans équivalent dans la prévention et/ou le traitement des crises au service de la diplomatie. A contrario, les péripéties du déploiement remis semaine après semaine en 2001 de quelques Mirage et de leur soutien pour opérer en Afghanistan à partir de bases de pays voisins démontrent à l’envi l’inadéquation de l’outil au traitement de la crise.

Il constitue un élément essentiel de la stratégie de dissuasion par l’arme nucléaire non pas mégatonnique des SNLE mais de puissance moindre adaptable à la menace que la France entendrait dissuader, relevant de la dissuasion tant du fort au faible que de celle de puissance à puissance comparable et ce n’importe où dans le monde.

Comme tout ce qui relève de la dissuasion nucléaire, l’outil doit être national et sa disponibilité permanente : c’est pourquoi il convient d’avoir deux plateformes, autant que possible similaires pour en abaisser les coûts de fabrication et de mise en œuvre et faciliter l’emploi par les marins qui l’arment.

Grand consommateur d’énergie pour sa propulsion et pour la production de vapeur nécessaire au fonctionnement des catapultes et d’eau pour les besoins propres d’un équipage de 2000 hommes et femmes, il est irréaliste d’envisager une propulsion au fioul nécessitant la mise en œuvre d’une lourde chaîne de pétroliers ravitailleurs coûteuse et forcément sous menace. C’est pourquoi sa propulsion doit à l’évidence être nucléaire.

Asservir l’élément majeur et central de la puissance navale à un cordon ombilical de carburant fossile est une HERESIE au plan militaire, qui se paiera soit par la perte du navire soit par son inutilité pratique car on n’osera ou ne pourra pas l’employer en opérations.

Le surcoût de la propulsion nucléaire à la construction doit être mis en balance avec le coût du fioul dont les variations restent imprévisibles et l’approvisionnement éventuellement soumis à caution. Il convient aussi de souligner la souplesse d’emploi qu’elle apporte lors des déploiements et de la mise en œuvre du groupe aéronaval [1]. Par ailleurs, l’emploi de centrales nucléaires similaires sinon identiques à bord des sous-marins d’attaque et des SNLE constitue une garantie du savoir-faire rigoureux du personnel militaire et de l’expérience acquise en ce domaine.

Situation de l’ensemble porte-avions / avions embarqués

La France est à ce jour une des trois nations – bientôt quatre quand la Chine aura concrétisé ses ambitions navales - avec les Etats Unis et le Brésil à s’être dotée d’un porte-avions apte à opérer en et à partir de la haute mer à la différence des porte – ADCAV (Avion à Décollage Court et Atterrissage Vertical) contraints d’opérer à proximité de la côte et inaptes à la mise en œuvre de l’arme nucléaire.

Porte - avion CDG

Tout a été dit à propos du Charles De Gaulle (CDG) : sans revenir sur les péripéties passées, il convient d’en rappeler le coût (20 Milliards de francs lors de sa mise en service) lié aux atermoiements des gouvernements successifs et à l’application de normes européennes en matière d’environnement nucléaire directement ou indirectement à l’origine de ses avaries de propulsion.

A ce jour il constitue pourtant un outil militaire d’exception mais unique qui a fait ses preuves lors de son déploiement en océan Indien aux côtés des forces navales américaines.

Le deuxième porte–avions

A l’évidence si la France entend posséder un outil national de défense crédible car permanent tout en accroissant son rôle auprès des Etats membres de l’OTAN et du premier d’entre eux, à savoir les Etats Unis, il est nécessaire de mettre en chantier le deuxième porte-avions qui pour un coût moindre pourrait (en 3 ou 4 ans ?) être construit à Saint Nazaire pour ce qui concerne la coque et achevé à Brest où se trouve l’expertise en matière d’armes et équipements. Sur le modèle du « Charles De Gaulle » et d’un tonnage approximativement égal, il ne nécessiterait qu’un complément d’études en vue de son développement afin de tirer toutes les leçons de la mise en service opérationnel du CDG. C’est un point de vue assez proche qu’exprimait en 2002 l’Académie de Marine :

-* « la construction d’un second porte-avions identique au premier est en fait la seule solution garantissant le respect des objectifs de performances, de délais et de coûts. »

La Marine est forte de l’expérience acquise lorsqu’elle mettait en œuvre les CLEMENCEAU et FOCH, deux bâtiments quasi-jumeaux, permettant aux membres d’équipages et aux groupes aériens de passer de l’un à l’autre sans autre problème de formation.

Par ailleurs, l’application du principe de suffisance en matière de dissuasion nucléaire permet d’envisager la réduction de 4 à 3 du nombre de SNLE-NG, façon de compenser (finances et personnel) la construction et l’armement du deuxième P.A dont il convient de souligner qu’il est porteur de l’arme nucléaire (missile aéroporté ASMP et successeur).

Enfin, il convient aussi d’avoir présent à l’esprit que le groupe aérien embarqué reste difficilement renouvelable faute d’un deuxième porte-avions lorsque le porte-avions opérationnel est déployé ou qu’il se trouve en entretien de longue durée.

Conclusions et propositions

Le porte-avions avec son groupe aérien et son armement et à propulsion nucléaire constitue un outil militaire exceptionnel au service d’une diplomatie française ambitieuse et d’une stratégie de dissuasion nucléaire modulable au delà du tout ou rien.

Trop d’années d’une politique de Défense velléitaire ont réduit cet outil à une plate-forme unique et un groupe aérien incomplet et affaibli. Toutefois le savoir - faire est préservé : jusqu’à quand ?

C’est pourquoi , en vue de préserver la pérennité de l’outil et la capacité de la France à jouer pleinement son rôle de membre permanent du conseil de sécurité et de membre éminent de l’alliance atlantique, il convient de doter la composante Projection des forces armées d’une deuxième plate-forme à propulsion nucléaire, d’accélérer la mise en service du Rafale et d’en accroître sensiblement le nombre .

Vice amiral (2S) Michel DEBRAY

Contre amiral (2S) Claude GAUCHERAND

 

[1] Leçons de la mission du porte-avions Charles De Gaulle en mer d’Arabie en 2001 -2002.

Lors de sa mission le « Charles de Gaulle » a parcouru l’équivalent de trois tours du monde en économisant plus de 50 000 tonnes de mazout, soit plus de 200 heures de ravitaillement avec un pétrolier, et en évitant de charger l’atmosphère de notre planète d’environ 70 000 tonnes de CO2.

Au cours de cette mission il y a eu 3500 catapultages d’avions de combat.


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