A ce compte, tout département dont l’assemblée délibérante aurait énoncé un avis défavorable sur un projet de loi concernant les collectivités locales, pourrait arguer de l’entrée en vigueur de la loi qu’il est un département « colonisé ».
La vérité est que la majorité de l’assemblée de Polynésie souhaite l’indépendance de ce territoire, ce qui est bien son droit. Mais l’indépendance ne peut être acquise qu’après approbation par :
- le peuple français dans son ensemble du principe même d’un référendum local sur l’indépendance éventuelle d’une fraction du territoire national ;
- les citoyens français résidant en Polynésie et disposant du droit de vote du principe de l’indépendance de ce territoire.
Le tout doit se faire sous l’égide de l’Etat français, souverain sur son territoire, et non sous celui de l’O.N.U. comme il devrait l’être si ce territoire était inscrit sur cette fameuse liste.
Reste à définir, pour le second référendum, les limites du corps électoral. Les indépendantistes veulent en délimiter la frontière sur une base ethnique, comme leurs alter ego corses le proposèrent en leur temps. C’est toujours la même contradiction : on critique la tutelle de la métropole au nom de l’anti-racisme (car tout colonialisme supposé est teinté peu ou prou de « racisme ») mais on réclame l’indépendance sur des critères ethniques.
Il est évident que la France ne saurait accepter, dans le cas polynésien comme dans celui de la Corse, une définition ethnique de la nationalité, sauf à donner leur pleine légitimité aux conceptions du Front national sur la question.
Et s’il s’agit de prendre en compte, non pas la volonté de la population résidente (hors critère ethnique, donc), mais la situation géographique et l’histoire du territoire en cause, alors Gibraltar et les Malouines devraient également figurer sur cette liste.
Il y a plus : pour que l’inscription sur la liste des pays à décoloniser puisse se faire, il faudrait que ces territoires soient réellement colonisés. Le sont-ils vraiment ? On peut en douter fortement. Car, enfin, connaissez-vous vraiment beaucoup de colonies où les supposés « colonisés » disposent de la citoyenneté pleine et entière, des mêmes droits politiques, économiques et sociaux que les prétendus « colons » et même du pouvoir sur ces « colons » à travers le contrôle et la majorité d’une assemblée délibérante locale disposant de pouvoirs plus importants que ceux dont bénéficient un conseil général ou un conseil régional de « métropole » ? La décolonisation est un processus nécessairement conflictuel parce que, précisément, les colonisés ne jouissent d’aucun droit et aspirent à les posséder tous. Ce n’est pas le cas en Polynésie française (ni en Corse, d’ailleurs). Le fait même que ce soit le président de la Polynésie qui exige la « décolonisation » de son territoire prouve la profonde aberration logique de sa requête. C’est un peu comme si vous et moi, qui n’avons jamais été condamnés à séjourner en prison, demandions néanmoins à en sortir dès que possible.
Six critères, qui font d’un peuple et de son territoire une colonie, sont traditionnellement avancés pour traduire l’existence d’un fait colonial :
- Un transfert massif de richesse du territoire colonisé vers la métropole colonisatrice.
- L’accaparement des terres et des moyens de production du territoire concerné par des habitants originaires de métropole.
- L’absence de reconnaissance aux habitants du territoire des droits civils et politiques reconnus aux citoyens de la métropole.
- Une administration, la plupart du temps directe, du territoire par la métropole.
- Une langue imposée de l’extérieur.
- Une éducation dispensée au rabais et un accès très limité aux emplois supérieurs.
Sans doute y a-t-il aussi, derrière toute cette agitation comique, la volonté de certaines puissances d’expulser la France du Pacifique sud. Une volonté américaine avant tout, relayée par notre rivale de toujours, la Grande-Bretagne, et par ses satellites du Commonwealth, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Mais il y a aussi une ironie cachée. De même qu’en Polynésie, les soi-disant « colonisés » disposent de la majorité à l’assemblée locale et gouvernent par conséquent la minorité des prétendus « colons », de même la France devrait être inscrite d’urgence sur la liste des pays à décoloniser.
Pouvoir économique et répartition de la richesse immobilière en des mains indigènes ou étrangères, maintien, sur son territoire, de l’emploi de sa langue nationale, souveraineté dans la prise de décision politique, maîtrise des flux financiers publics en provenance des organisations internationales, maîtrise des politiques migratoires, respect de la souveraineté du peuple exprimée par référendum, indépendance de la défense nationale, sauvegarde de l’identité culturelle nationale, tous ces critères à partir desquels un territoire peut être considéré ou non comme colonisé font incontestablement de la France un pays engagé sur la voie d’une colonisation rampante.
J’en veux pour preuve que :
- La majorité du capital des entreprises du CAC 40 est détenue par les fonds de pension anglo-américains. L’industrie aérospatiale, si représentative de nos avancées technologiques et garante de notre indépendance militaire et industrielle, a été livrée aux Allemands au nom d’une chimérique construction européenne. Le crédit local de France, la banque des collectivités locales, dont la raison d’être était d’aider nos territoires à investir pour l’avenir de la population, a été cédé à des intérêts privés belges, lesquels se sont empressés de s’engouffrer dans une intense et néfaste spéculation financière, à l’utilité publique plus que discutable, et dont plusieurs communes françaises ont été récemment gravement victimes.
- Les brevets des entreprises peuvent être déposés en anglais sur le territoire français (protocole de Londres, ratifié par la France sur ordre des multinationales américaines et françaises [1] , en dépit de la disposition constitutionnelle en vertu de laquelle « le français est la langue de la République ». Comme l’a opportunément commenté l’Office américain des brevets : « Il faut que le monde entier comprenne que l’anglais est LA langue en matière de propriété industrielle ». La conséquence à terme est non seulement un surcoût pour les PME françaises mais aussi, et surtout, un appauvrissement à terme du langage scientifique et technique français, pourtant historiquement si riche (le français était, jusqu’à aujourd’hui, la langue la plus employée au monde dans le domaine scientifique et technique, devant l’anglais). C’est là une faute nationale que l’histoire jugera sévèrement, à l’instar de l’abandon, en 1763, de la Louisiane et du Canada français par la Monarchie française.
- La langue anglaise tend à être imposée aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants sur les campus universitaires et les centres de recherche de notre pays, ce qui est, là encore, caractéristique d’un fait colonial en formation.
- Les achats de résidences secondaires à Paris et en province par les grandes fortunes mondiales ont contribué pour une part non négligeable à la montée des prix de l’immobilier – mettant ce dernier hors de portée de beaucoup de ménages français – sans que des mesures fiscales pénalisant la spéculation leur soient opposables, au contraire des ménages indigènes qui subissent, eux, une pression fiscale accrue.
- 70 % environ des décisions politiques nationales sont prises sur ordre de la commission de Bruxelles et, de surcroît, après une instruction en anglais dans les ministères de la République.
- La haute fonction publique française est désormais ouverte aux candidats des autres nationalités européennes, construction européenne oblige. Cela signifie que les ministères régaliens (police, justice, défense « nationale » et affaires étrangères) pourront être dirigés, dans un proche avenir, par des fonctionnaires étrangers, ce qui est l’une des dimensions universellement reconnue de la condition du colonisé [2]
- Les subventions versées par l’Union européenne aux régions françaises le sont directement par Bruxelles, et non par le gouvernement français, alors qu’elles sont financées par l’ensemble des contribuables français, ce qui dénote l’existence d’un fait colonial en la matière.
- Lorsque le peuple français, par une écrasante majorité, dit « non » à cette entreprise d’aliénation – comme ce fut le cas le 29 mai 2005 – on s’empresse, avec ou sans l’O.N.U., de n’en point tenir compte et d’accélérer, sous la pression à peine voilée du président de la commission européenne, le processus de colonisation du pays en signant à Lisbonne le honteux traité éponyme. Cette violation caractérisée de la souveraineté populaire aboutit, de facto, à priver le peuple français de ses droits politiques, ce qui est, là aussi, l’une des dimensions universellement reconnue de la condition du colonisé.
- Ce même traité a acté la soumission d’une hypothétique défense européenne aux décisions de l’O.T.A.N., justifiant, après coup, la réintégration de notre pays dans le commandement unifié de cette organisation demeurée largement soumise aux intérêts stratégiques américains. La remise de la défense nationale en des mains étrangères est une autre dimension universellement reconnue de la condition du colonisé. Souvenons-nous à cet égard du sort réservé aux pays de l’Est européen au sein du Pacte de Varsovie.
- L’O.N.U. continue, pour sa part, de faire pression sur la France pour qu’elle accueille davantage d’immigrés encore, venus de civilisations très différentes de la nôtre et conduisant ainsi, pour des raisons démographiques évidentes, à la perte de notre identité culturelle nationale, donc à notre colonisation spirituelle, la pire de toutes, mais commune à toutes les colonisations.
J’en veux pour preuve l’analyse franche et lucide que fit le secrétaire général de l’O.N.U., M. Kofi Annan, dans son discours du 29 janvier 2004 par lequel l’Union européenne était fermement conviée à combler, dans les années à venir, son prétendu déficit démographique (estimée à près de 60 millions de personnes) en ouvrant largement et massivement ses portes à l’immigration extra-européenne [3]. Dans ce discours, le secrétaire général de l’O.N.U. se montrait plein de réalisme à propos de cette déferlante annoncée en déclarant : « L’intégration n’est pas un processus à sens unique. (…) Les immigrants doivent s’adapter à la société qui les accueille, [mais] la société doit elle aussi s’adapter. » Et, en ajoutant, à l’attention de ceux qui refusent d’entendre : « Avec le temps, la notion même d’européanité s’élargit. »
Il est urgent d’inscrire la France sur la liste des pays à décoloniser vis-à-vis de toutes les forces (grandes puissances, commission européenne, O.N.U., O.T.A.N., puissances d’argent) qui prétendent lui dicter sa conduite et décider du sort de son peuple.
Hervé Beaudin, membre du conseil national du Forum pour la France le 11 septembre 2011
[1] La responsabilité des gouvernements Jospin (PS) et Fillon (UMP) et des majorités parlementaires correspondantes montre, dans cette affaire, que la France a été gouvernée par des intérêts étrangers quel que soit le parti au pouvoir et que l’alternance « démocratique » s’est avérée, dans ces conditions, être une farce).
[2] Certes, la réciprocité est, sur le papier, ouverte, mais, en pratique, la situation est dissymétrique vis-à-vis des autres Etats nations d’Europe. Non pour des raisons juridiques, mais pour des raisons symboliques ayant trait au poids diplomatique respectif des Etats européens dans le monde et à l’importance de l’Etat dans la vie nationale.
[3] « J’encourage les États européens à ouvrir de nouvelles filières d’immigration régulière, pour les travailleurs qualifiés et pour les non qualifiés, aux fins de regroupement familial et pour raisons économiques, à titre temporaire ou permanent. » Kofi Annan, Discours du 29 janvier 2004.
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