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mercredi 31 décembre 2008
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Pierre Leconte, économiste et essayiste.
Comprendre la crise actuelle, par Pierre Leconte
Pour savoir comment elle va finir.
mardi 11 novembre 2008
par Administrateur
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Comprendre la crise actuelle…

Cela fait plusieurs années que nous exposons, en particulier dans nos livres [1] , à la lumière des analyses qui ont été développées par les économistes de l’Ecole autrichienne (Carl Menger, Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek, etc.) et leurs collègues libéraux français (Jacques Rueff, Charles Rist, Maurice Allais, etc.), que la crise financière, boursière, obligataire puis économique à venir était inéluctable et que sa cause principale serait de nature monétaire.

par Pierre Leconte, économiste et essayiste, président du Forum monétaire de Genève pour la paix et le développement

C’est, en effet, l’abandon progressif au cours du XXe siècle de l’étalon-or et des taux de change fixes, puisque ayant donné aux Etats et aux banques centrales les pouvoirs exorbitants de créer toujours plus de monnaie ex nihilo comme de manipuler en permanence les taux de change et d’intérêt, qui a provoqué l’instabilité monétaire nationale et internationale chronique. D’une part, parce que « lorsque la monnaie cesse d’être un bien réel ou de se référer à un bien réel, elle devient un bon d’achat peu discernable du crédit » (Raymond Aron) et, d’autre part, parce que l’expérience historique démontre que chaque fois qu’un Etat ou une banque centrale a disposé du monopole de création monétaire il en a toujours abusé. A cet égard, l’effondrement final du Système monétaire international (rénové lors des accords de Bretton Woods de 1944), par suite de la cessation volontaire d’août 1971 de convertibilité du dollar en or et de toutes les autres monnaies en dollar jusque-là réputé « as good as gold », a finalement donné aux Etats-Unis le privilège monopolistique exorbitant de faire de leur monnaie nationale, dès lors de papier et purement fiduciaire (« fiat currency »), la monnaie mondiale. Et donc de pouvoir dorénavant l’émettre selon leurs besoins en quantités toujours plus considérables puisqu’ils n’étaient plus contraints de limiter sa production en fonction de leur stock d’or.

Tout cela, outre la fin de toute éthique de la responsabilité dans la plupart des gestions publiques ainsi que le démontre le laxisme des « politiques monétaires », ayant eu finalement pour conséquences : l’extrême volatilité des taux de change, la perte constante du pouvoir d’achat de toutes les monnaies, les dérapages inflationnistes incontrôlés, l’augmentation sans limite de l’endettement public et privé, le recours à tous les mécanismes possibles de crédit basés sur le néant, la multiplication d’instruments financiers spéculatifs, la généralisation de pratiques douteuses de la part de plus en plus d’intermédiaires financiers, etc. Et, plus généralement, toutes sortes de déséquilibres économiques, commerciaux, sociaux et politiques, à l’intérieur des Etats comme entre eux, qui ont entraîné de multiples crises successives, chacune étant plus destructrice que la précédente jusqu’à la débâcle actuelle qui a débuté en 2007 et dont nous avions avec beaucoup de précision annoncé les tristes développements successifs comme le krach boursier final. Ce qui n’est pas étonnant puisque « aucun système monétaire ne peut subsister si les détenteurs de la monnaie ne sont pas convaincus que le pouvoir d’achat de cette monnaie restera stable pendant une période de temps relativement longue » (Rist) et que « la monnaie est le carburant qui alimente toujours l’inflation… Sans ordre monétaire, il n’y a que ruine et esclavage » (Rueff).

La crise actuelle, ayant commencé aux Etats-Unis avec l’implosion des crédits « subprime », souscrits avec la bénédiction des « régulateurs » [2] par des emprunteurs privés américains peu solvables qui n’ont plus été en mesure d’en assurer le remboursement (en intérêt ou en principal) à la suite de la chute des prix immobiliers dans ce pays, trouve également son origine dans la titrisation. Cette innovation financière, développée elle aussi en parfait accord avec les « régulateurs », ayant permis d’intégrer ces « subprime » sans valeur dans de multiples instruments obligataires tout aussi toxiques (pourtant notés favorablement par des agences de notation complices) vendus par les banques américaines à toutes sortes d’investisseurs et de banques dans le monde entier, a finalement contaminé tout le système bancaire américain puis international qui vient de frôler sa destruction. Si la « politique monétaire » américaine, décidée par Alan Greenspan pour mettre un terme au précédent krach boursier, ne s’était pas traduite par une baisse sans précédent des taux d’intérêt à court terme américains et une émission tout aussi exagérée de liquidités, la crise mondiale du crédit actuelle n’aurait pas eu lieu d’une façon aussi dramatique. De telle sorte que la responsabilité principale du présent désastre n’incombe pas aux acteurs des marchés mais aux « régulateurs » et à la Federal Reserve elle-même, aux agences de notation irresponsables comme aux dirigeants de certaines banques, dont l’appât du gain et la mégalomanie ont pu s’exercer sans limite puisqu’ils étaient persuadés que l’argent public serait toujours mobilisé pour les renflouer en cas de difficulté. Calcul qui s’est hélas révélé être exact, sauf pour les patrons de Bear Stearns, de Lehman Brothers et autre AIG qui sont s’en sont tout de même sortis avec des bonus ou autres « golden parachutes » considérables ! De telles pratiques n’ont rien à voir avec le libéralisme mais au contraire avec un « socialisme de marché » qui n’a jamais créé de richesses comme l’on s’en rendra compte dans quelques années quand on fera le bilan de la vague actuelle de nationalisations des banques européennes, du plan Paulson de 700 milliards de dollars et autres actions irresponsables comme la mobilisation d’une soixantaine de milliards de CHF pour sauver l’UBS qui aurait pu être démantelée puis vendue sans pertes pour les contribuables !

On remarquera ici, contrairement à toutes les bêtises qui sont proférées dans les milieux les plus divers, que le libéralisme économique n’est en rien responsable de l’implosion monétaire et financière actuelle pas plus que des crises précédentes, puisque depuis 1971 ce sont en très grande partie les Etats et les banques centrales -et non plus les acteurs économiques- qui décident de la quantité de monnaie émise comme de la fixation des taux de change et d’intérêt. C’est, en effet, parce qu’ils se sont affranchis des mécanismes automatiques constitutifs du libéralisme économique authentique selon lesquels fonctionnait l’étalon-or que les pouvoirs publics ont pu mener des « politiques monétaires », s’endetter toujours plus, intervenir de toutes les façons possibles dans les économies, installer des monopoles au bénéfice de leur « clientèle », mener les guerres les plus coûteuses de l’histoire, avec les résultats désastreux que l’on peut aujourd’hui constater [3]. Von Mises, qui avait compris où tout cela conduirait, avait déjà constaté avec raison que « les crises économiques sont provoquées par les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales ». Depuis Hayek, tout le monde sait que la plupart des déséquilibres imputés au « marché » ne sont que les sous-produits des interventions étatiques incohérentes de telle sorte que le salut n’est pas à rechercher dans plus d’Etat mais au contraire dans plus de liberté. Le libéralisme économique -qui s’exprime dans l’économie de marché- étant inséparable du libéralisme politique -qui s’exprime dans la démocratie représentative-, tout ce qui va à l’encontre du premier ne peut que limiter le second, de telle sorte que la destruction systématique de la monnaie par les « politiques monétaires » ne peut que mener au totalitarisme. Avant d’enterrer le libéralisme, il faudrait qu’il soit un jour appliqué ce qui n’a pas été le cas. En revanche, le communisme et le socialisme l’ont été et ils ont échoué !

Au lieu de laisser tomber en faillite les banques et entreprises qui ont pris des risques inconsidérés ; les pouvoirs publics ont, comme d’habitude, décidé de traiter la crise par la baisse maximale des taux d’intérêt à court terme et la création massive de monnaie de papier fiduciaire ex nihilo, sans évidemment du tout jusqu’ici parvenir à éviter le krach boursier et la paralysie du crédit interbancaire. Ce qui n’est pas étonnant puisque Von Mises constatait déjà : « qu’il faudra bien que l’on comprenne que les tentatives d’abaisser artificiellement, par l’extension du crédit, le taux d’intérêt qui se forme librement sur le marché ne peuvent aboutir qu’à des résultats provisoires et que la reprises des affaires, qui intervient au début, sera forcément suivie d’une rechute plus profonde, laquelle se traduira par une stagnation complète de l’activité industrielle et commerciale ». Parce qu’« il n’y a aucun moyen de soutenir durablement un boom économique résultant de l’expansion du crédit, l’alternative est ou bien d’aboutir à une crise plus tôt par arrêt volontaire de la création monétaire ou bien plus tard avec l’effondrement de la monnaie qui est en cause ». En choisissant de faire exploser les déficits publics et de détruire la crédibilité des bilans des banques centrales, par la fourniture illimitée de liquidités aux banques et entreprises et la reprise inconditionnelle de leurs produits toxiques, les mêmes pouvoirs publics ont accéléré le processus de destruction des monnaies de papier fiduciaires les unes après les autres (ainsi qu’en témoigne l’effondrement récent de l’euro après celui précédent sur une plus longue période du dollar). [4] Ce qui nourrit déjà la prochaine crise, laquelle se traduira par l’effondrement des obligations d’Etat dans le contexte de l’hyper-inflation qui ne manquera pas de se développer prochainement lorsque les centaines de milliards de dollars distribués par les pouvoirs publics à des taux d’intérêt voisins de zéro cesseront d’être thésaurisés et se mettront à circuler dans le système économique.

Au lieu de récréer un Système monétaire international stable par le retour progressif à l’étalon-or, les grandes puissances ont récemment entamé de se concerter pour mettre en place une pseudo réforme qui ne résoudra pas les deux questions essentielles à traiter qui sont :

  • 1/ en finir avec l’étalon-dollar, pour mettre un terme à la création monétaire excessive, à la plupart des mécanismes spéculatifs comme aux immenses déséquilibres commerciaux internationaux,
  • 2/ en finir avec les banques centrales, le Fonds monétaire international et autres structures constructivistes pour rétablir des monnaies stables gagées sur des biens réels, mises à l’abri de toute intervention étatique et politique, dans lesquelles les populations pourraient avoir de nouveau confiance pour développer leurs transactions et épargner les fruits de leur travail.

Pour savoir comment elle va finir…

Tout ce qui précède permet donc de penser que les marchés d’actions ne se stabiliseront que par eux-mêmes, lorsque leur potentiel de baisse à court terme sera épuisé aux yeux d’un nombre suffisant d’acteurs économiques qui jugeront que c’est le moment d’acheter, parce que les cours des actions des entreprises seront redevenus attractifs quant à leurs possibilités de profits futurs. A notre avis, nous sommes proches d’une telle perception de telle sorte que les plus bas niveaux d’octobre 2008 sur les principaux marchés d’actions (qui ont chuté depuis un an de 40 à 50 %) devraient tenir et un rebond substantiel se développer jusqu’en fin d’année 2008 (objectif : 10.500 sur le DJIA). Pour ensuite tourner court début 2009 et casser pendant l’année 2009 les plus bas niveaux atteints en 2008 lorsque la crise financière se transformera en vraie crise économique et que les profits espérés des entreprises ne seront pas au rendez-vous.

En revanche, il y a fort à parier que ce sont les marchés des obligations d’Etat, en particulier américaines, la mère de toutes les bulles, qui sont très proches de subir un plongeon d’envergure. Ce qui ferait repartir violemment l’euro à la hausse et vivement baisser le yen contre le dollar, mais surtout monter l’or (dont nous pensons qu’il devrait atteindre -selon les divers scénarii envisagés- 1.400 à 2.100 dollars l’once avant la fin de la décennie actuelle). On constatera à ce propos que l’or a fort bien tenu dans un contexte de « deleveraging » et de liquidation générale de tous les actifs encore gagnants par des opérateurs ayant eu besoin de reconstituer le plus de cash possible pour payer leurs pertes un peu partout ailleurs. Sans compter que certains analystes n’hésitent pas à envisager un défaut de paiement des Etats-Unis courant 2009 qui casserait durablement le dollar et les obligations en particulier d’Etat émises dans cette monnaie, l’or redevenant finalement l’actif de dernier ressort que le monde entier s’arracherait ! On notera, en outre, que la question des CDS (Credit Default Swaps), dont le montant considérable en circulation est estimé à près de 55.000 milliards de dollars, qui permettent de s’assurer contre les risques de défaut des emprunteurs obligataires, n’est en aucune façon réglée et que toute remontée des taux d’intérêt à long terme en liaison avec un krach des obligations d’Etat aurait pour effet de faire imploser de nombreux CDS mais aussi les rehausseurs de crédit eux-mêmes qui sont déjà au bord de la faillite.

Patrick Artus constatait en 2007 que « depuis quinze ans, il y a une crise financière tous les quatre ans parce que les banques centrales sortent de chaque crise par une politique monétaire excessivement expansionniste qui produit à son tour une nouvelle bulle ». En raison de l’état d’affaiblissement économique général actuel des pays occidentaux et de la diminution de la croissance chez eux prévue pour 2009 ; la prochaine bulle, d’une ampleur considérable si l’on considère les pyramides de cash qui sont injectées depuis plusieurs mois par les pouvoirs publics américains et européens, n’affectera probablement ni les actions ni a fortiori les obligations, mais elle a toutes les chances de se porter sur l’or et les matières premières. Lesquelles viennent de corriger fortement mais dont le cycle de hausse n’est pas terminé eu égard à la demande des pays émergents, qui continuera de croître, comme aux prochaines pénuries, qui rompront le précaire équilibre offre /demande de plusieurs d’entre-elles. Le risque mondial à venir ne réside pas dans une imaginaire déflation mais bien dans une réelle hyper-inflation destructrice pour les monnaies existantes ! Si les principales puissances économiques et politiques ne parviennent pas à s’entendre sur le retour à un nouvel ordre monétaire international dans lequel la monnaie serait dépolitisée, il est fort probable que la prochaine décennie s’ouvrira sur la disparition pure et simple de la plupart des monnaies de papier fiduciaires consécutive au refus des populations de continuer à les utiliser. Ce qui constituerait un grand progrès mais pourrait temporairement fort mal se passer si ce changement radical n’était pas mené de façon concertée.

 

[1] Lire les deux derniers : « La grande crise monétaire du XXIe siècle a déjà commencé ! » (2007, Ed. Jean Cyrille Godefroy) et « Les faux-monnayeurs » (2008, Ed. François Xavier de Guibert).

[2] Les premiers et plus grands pourvoyeurs de « subprime » ont d’ailleurs été Fannie May et Freddy Mac, qui ont été créés par l’Etat américain et ont constamment bénéficié de sa garantie jusqu’à ce que leur gestion se soit révélée tellement désastreuse qu’il a fallu totalement les nationaliser !

[3] Lire l’article de Pascal Salin dans le quotidien Les Echos du 1er octobre 2008 intitulé « L’échec d’un Etat pas assez libéral ! ».

[4] Alors qu’il avait fallu six ans à l’euro pour presque doubler de prix contre le dollar, en passant de 0,86 à 1.60, la monnaie européenne -supposée offrir tous les critères de gestion de la monnaie la plus stable du monde- vient de reperdre en quatre mois seulement plus du tiers de sa valeur contre la monnaie américaine en raison du dénouement des « carry trades » mais surtout d’une action concertée des autorités américaines et des banques centrales de Chine et du Japon qui menaçaient de ne plus financer la dette américaine pour le cas où le dollar chuterait plus encore ! Lire l’article de Paul Fabra dans le quotidien Les Echos du 5 novembre 2008 intitulé « Le talon d’Achille de la mondialisation ».


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