En Vème République n° 2, les attraits de la présidence sont tels que l’Elysée est âprement convoité. On y est au-dessus des lois, n’ayant de compte à rendre à personne. On y dispose de ressources considérables pour y distribuer les prébendes, y édicter le « conforme » et sanctionner le « politiquement incorrect », y « accommoder » la vérité afin de préparer la conquête du mandat suivant. Et puis, l’on est assuré de figurer un jour dans les manuels scolaires, eux aussi « arrangés » par le parti du président.
L’EPSU a sapé un à un les objectifs – ambitieux mais à la mesure d’une France unie dans l’effort – que le général avait souhaité atteindre pour le bien de la nation.
- D’abord rassembler les Français, tous les Français, quelle que soit leur origine dans une entreprise de régénération, hissant la France proche des sommets de la hiérarchie des Etats. Or, l’ EPSU les divise, et durablement. Cette division est entretenue, maintenant, tous les cinq ans. Deux candidats s’y affrontent, chacun d’eux affichant une conception différente de la conduite des affaires de la nation. La division persiste, elle est devenue consubtantielle au système. Un exemple anodin en apparence mais significatif : la composition des cabinets ministériels. En IIIème et IVème République, ils réunissaient des compétences, d’opinions politiques différentes. En Vème République la « pensée unique » s’imposant, la carte du parti vaut compétence. Cette forme d’ostracisme s’étend à toute la population dans toute sa profondeur. Le parti au pouvoir est formé de citoyens, les « autres », diminués sont exclus de la Respublica.
Le général De Gaulle s’était élevé contre ce qu’il appelait le régime des partis. En Vème République, modifiée par l’EPSU, les partis politiques principaux n’ont jamais été aussi puissants ni aussi richement dotés. C’est que la conquête de l’Elysée exige d’importants moyens matériels, une constante quête des suffrages populaires et, par conséquent, l’appareil politique correspondant à l’ampleur de la tâche : détenir le pouvoir présidentiel. La « pensée unique », celle du pouvoir exige du parti majoritaire que ses membres soient disciplinés. Même discipline pour les partis qui partent à l’assaut de la présidence. Les investitures ne s’accordent qu’aux « fidèles ». En Vème République dévoyée, faire carrière politique impose l’allégeance en se gardant de toute réflexion personnelle. Au parti de « penser » pour ses adhérents.
- Sous le régime de la IVème République « émiettés » étaient les partis politiques. A l’image de la population, ils représentaient de nombreuses opinions. Rompus au jeu parlementaire ils faisaient et défaisaient les gouvernements, sanctionnant aussitôt leurs erreurs et s’en remettant aux quelques vingt-cinq ou trente hommes politiques eux-mêmes pratiquant le jeu parlementaire et connaissant parfaitement les rouages administratifs du pays. La mobilité ministérielle tant décriée par la suite présentait l’avantage de faire assumer la continuité de l’Etat par ses hauts fonctionnaires et par quelques « grands commis », tels, par exemple, Raoul Dautry, Paul Delouvrier, Pierre Guillaumat, Jacques Rueff, Yrissou… lesquels n’étant pas éligibles ignoraient toute démagogie et proposaient aux Politiques des solutions techniques aux problèmes que leur posait la gestion des affaires de la nation. En dépit de la reconstruction du pays, des douloureuses conséquences de la défaite de 1940 – guerre d’Indochine et d’Algérie – les hommes de la IVème République ont réuni les conditions des « vingt glorieuses » (1955 – 1975). Les IIIème et IVème Républiques ont succombé sous le poids de l’ennemi extérieur, successivement l’Allemagne, le Viet Minh, le FLN, mais la Vème République, sans ennemis extérieurs, s’auto-détruit, victime de ses Institutions.
- Avant la loi du 6 novembre 1962 disposant que « le président de la République est élu au suffrage universel direct » la démagogie de circonstance visait l’adhésion des Assemblées ou d’un collège de notables dont il fallait obtenir le soutien. Depuis l’adoption de l’EPSU ce sont des dizaines de millions d’électeurs qu’il s’agit de séduire et c’est une toute autre démagogie, la plus extrême, la plus racoleuse par la générosité des promesses à laquelle il faut avoir recours. Dans ce domaine l’extravagance n’est pas à redouter tant est courte la mémoire politique d’une collectivité aussi nombreuse.
Le général De Gaulle n’avait pas à spéculer sur la démagogie pour racoler les suffrages de ses concitoyens. Des circonstances, il est vrai, exceptionnelles – une guerre mondiale – avaient montré aux Français, et au monde, l’étendue de ses capacités. Aucun de ses successeurs n’a pu, ne peut et c’est à espérer, ne pourra tirer parti d’événements aussi tragiques. On ne saurait fonder des Institutions sur la concomitance d’un homme exceptionnel et d’une guerre mondiale révélatrice de sa puissante personnalité. C’est pourtant ce qu’implique l’EPSU.
- Pour que fonctionnent, au profit de la collectivité nationale, les Institutions républicaines il ne faut pas que le chef de l’Etat dispose à la fois de l’onction populaire que lui confère l’EPSU et l’autorité suprême telle qu’elle est définie dans la Constitution de 1958, amendée en novembre 1962. Lorsque cette règle est enfreinte, s’instaure le pouvoir personnel et l’arbitraire prévaut. Le chef de l’Etat alors rejette concertation, consultation voire même réflexion pour décider en fonction de ses seules impulsions. C’est le cas en France depuis l’adoption de l’EPSU. A cet égard le « domaine réservé » a mis en évidence les méfaits de l’arbitraire présidentiel en quelque sorte institutionnalisé (se reporter à l’annexe I), la France payant chèrement le prix des décisions trop souvent irréfléchies du président, celui-ci agissant sans consultations, selon son « bon plaisir » du moment. Et s’il a en tête un dessein politique ce ne peut être que de gagner la course au mandat présidentiel suivant. En faisant assaut de démagogie, bien sûr.
Depuis l’adoption de la Constitution du 3 septembre 1791 et en ce qui concerne les quelques 18 Constitutions et actes constitutionnels dont il a bien fallu que les Français s’accommodent durant deux siècles, les constitutionnalistes avaient pris soin de confier le pouvoir de gouverner au chef de la majorité élue, le chef d’Etat au rôle représentatif, étant désigné par la majorité parlementaire ou par un collège de notables. Sauf en novembre 1848, les Institutions disposant que le président serait élu au suffrage universel… d’où coups d’Etat, pouvoir personnel … pour aboutir à Sedan.
- A la mobilité ministérielle excessive constatée en IVème République a succédé une tout aussi excessive stabilité. Tout au long de la législative le gouvernement échappe à la sanction de la représentation populaire, sinon de l’opinion. Aussi accumule-t-il les textes législatifs quitte à les retirer sous pression de la rue, tout en restant en place. Et lorsque le chef de l’Etat a recours au référendum il estime, qu’en son temps, élu au suffrage universel, il n’a pas à tenir compte d’un désaveu populaire ultérieur et « passager » qui ne peut en aucun cas altérer la durée de son mandat. De surcroît, lorsque celui-ci arrive à terme le pouvoir – et lui seul – dispose de tels moyens de propagande qu’il est à peu près assuré d’obtenir sa ré-élection. Quatorze années hier, au moins dix désormais, le temps de faire, en toute liberté, beaucoup de mal.
- Bien qu’il l’ait fort efficacement utilisé, le général De Gaulle ne pouvait prévoir le rôle majeur qu’allait tenir la télévision dans l’exercice de la démocratie.
L’image recèle un formidable pouvoir d’endoctrination, diffuse des faits apparemment indiscutables bien qu’elle puisse être perfide et que la rétention d’images équivaut désormais à la négation, à l’inexistence d’un événement. Elle peut tromper par la sélection des images comme par omission volontaire. De surcroît elle détient un grand pouvoir simplificateur, supprimant le raisonnement, à commencer par les déductions que favorise l’écrit et forme des jugements sommaires.
En campagne électorale, l’image télévisée crée un « crédit de faciès » au bénéfice d’un candidat au visage avenant, à la parole facile, sans qu’entre en ligne de compte sa capacité morale et intellectuelle, son savoir et l’expérience qui l’autorisent à briguer les suffrages de la population et à gouverner.
Durant les semaines qui précèdent la consultation populaire, le candidat à l’EPSU entre, pratiquement, dans presque tous les foyers et, selon, son aspect extérieur, devient ainsi un familier en faveur duquel on se déclarera, s’il a su séduire par son physique et ses promesses.
Il y aurait, désormais, avec les présentes Institutions du pays, une totale incompatibilité entre la télévision et l’EPSU. Un collège de notables – celui par exemple, qui le 12 décembre 1958, a élu le général De Gaulle, alors président du Conseil, président de la République – est beaucoup moins influencé par la propagande télévisée que ne l’est l’ensemble du corps électoral.
« Il est plus facile de contaminer un verre d’eau qu’un océan », aurait dit le général, faisant allusion aux Assemblées – qu’il redoutait – et à la population dont il attendait les suffrages. La télévision a infirmé la formule ou, plutôt, l’a inversée. Il est beaucoup plus facile de « mettre en condition » un peuple qu’une assemblée de notables portée davantage à la critique et au scepticisme.
Si, après les expériences malheureuses dont ils ont été les victimes, les Français n’ont pas saisi que l’EPSU en était le principal responsable, c’est à désespérer du pays. Certes, les Français aiment élirent leur président, les tristes jeux politiques des multiples candidatures les amusent et ils sont attachés au désastreux héritage de novembre 1962. Mais c’est prendre un plaisir morbide que de pousser le pays vers l’abîme.
Annexe I
L’EPSU, en l’occurrence l’assurance de représenter les volontés de la majorité du corps électoral français autorise le président à s’attribuer la direction exclusive de la politique extérieure et de la mise en condition et de l’emploi éventuel de la force armée. Longue est la liste des erreurs voire des bévues diplomatiques, stratégiques, militaires commises, au cours des trente dernières années, par les chefs d’Etat successifs, sacralisés par leur élection au suffrage universel direct.
- 1. Le président Pompidou a souscrit à la directive de Bruxelles spécifiant qu’il fallait regrouper la famille des travailleurs immigrés. (Valéry Giscard d’Estaing entérinera la mesure). L’émigration a changé de nature. Associée au droit du sol elle est devenue une émigration de peuplement. Et, avec le vote à 18 ans elle forme un électorat nombreux, que l’EPSU incite à courtiser et dont le président a intérêt à grossir les rangs. M. François Mitterrand s’y emploiera activement.
- 2. Le septennat de M. Giscard d’Estaing a été jalonné de nombreux impairs, et je pratique ici, la litote :
- le regroupement familial déjà cité, donnant droit de citoyenneté à l’ « invasion », critiquée par le même Giscard d’Estaing.
- le montage avec l’Iran de l’affaire Eurodif dénoncée par Khomeiny et dont le contentieux – remboursement du milliard de dollars avancé par Téhéran – a coûté à la France, outre les otages enlevés au Liban, les morts, dont Georges Besse président de Renault, et les blessés d’une demi douzaine d’attentats à la bombe qui ne cessèrent que lorsque Paris eut remboursé la totalité de la somme due à l’Iran.
- L’accueil de Khomeiny venant prêcher la révolution islamique à Neauphle-le-Château en bénéficiant de l’autorité que lui conférait les bonnes grâces de Paris. Avec, en récompense, les années suivantes, les attentats qui ensanglantèrent la capitale.
- La cession, moyennant finance, de centrales nucléaires à Saddam Hussein, lui faisant visiter les installations atomiques de la vallée du Rhône et formant, en France, les scientifiques irakiens devenus spécialistes de l’atome.
- La réduction de la panoplie nucléaire de la France dans le même temps que l’Elysée annonçait que cet armement ne protègerait pas seulement la France mais l’Europe, "dans ses approches septentrionales et méridionales". -Mais, après avoir affiché de telles ambitions-, M. Giscard d’Estaing déclarera qu’il n’aurait jamais pris la décision de brandir l’arme nucléaire.
- D’ailleurs, il n’avait pas compris ce que signifiait la dissuasion puisqu’il voulait aussi que, le cas échéant, la France « livre bataille ».
Les équipées africaines, le ridicule sacre de l’ « empereur » Bokassa complètent ce résumé des contradictions et des incohérences présidentielles, l’EPSU les expliquant et en ayant réuni les conditions.
- 3. A son tour, François Mitterrand rivalisera avec son prédécesseur en matière de bourdes diplomatiques, stratégiques, militaires, en accaparant un « domaine réservé » encore élargi.
- Ayant voté, et fait voter, pendant des décennies contre les crédits militaires, Mitterrand à l’Elysée n’a cessé d’engager nos forces armées au combat : en Centre-Afrique, au Liban, au Togo, au Gabon, au Burundi-Rwanda (avec les désastreuses conséquences humaines et matérielles de notre intervention dans l’antagonisme Tutsis-Hutus), en Irak, et dans les Balkans. On peut se demander quels avantages la France pouvait-elle avoir à se substituer aux Belges dans le différend séculaire opposant les deux ethnies. Et pourquoi, après avoir longtemps armé l’Irak et proclamé, à la suite de l’invasion du Koweït, « l’embargo, rien que l’embargo », donné l’ordre de bombarder ce pays et sa population civile ? Et quel intérêt avait la France à disloquer la Yougoslavie, à y créer un nouvel Etat musulman, à faire bombarder ses alliés Serbes au profit des Croates et des Bosniaques musulmans qui se rangèrent contre la France, aux côtés de l’Allemagne hitlérienne ? Paris devait-il, au bénéfice de Berlin et de Washington détruire un pays créé au lendemain de la victoire de 1918 ?
- L’EPSU l’a incité à ouvrir largement la porte à l’immigration. Cela afin de se constituer, à terme, un électorat reconnaissant. Que lui importait que la France change d’identité et que s’y produise le « choc des civilisations ».
- Après avoir annoncé à maintes reprises qu’au pouvoir il renoncerait à l’arme atomique française « un engagement que nous tiendrons », déclarait-il en 1965, la démagogie l’emportant sur la sécurité du pays, François Mitterrand à l’Elysée s’est empressé de dire : « la dissuasion c’est moi ». Déclaration imbécile car la dissuasion ce n’est pas seulement le chef de l’Etat mais une chaîne de commandements… Aucun chef d’Etat d’une puissance atomique n’a affiché une telle prétention, tous sachant qu’une pareille identification affaiblit la politique de sécurité correspondante et qu’il faut, au contraire, que la dissuasion repose sur une chaîne de commandements dont le président occupe le sommet mais qui pourrait faire son office si le premier responsable en était empêché.
- Autre bourde, François Mitterrand affirmant que les armes nucléaires à courte portée, et à relativement faible énergie, étaient des « armes d’avertissement ». Avertir l’adversaire qu’il risque la « montée aux extrêmes ». Ainsi conçu cet armement eût fait basculer, à l’initiative de la France, un conflit initialement limité, dans l’inconnu nucléaire, en justifiant de la part de l’adversaire, le recours à une salve massive qui eût totalement détruit la France. Au sommet de l’Etat une telle inconséquence ne laisse pas d’être effrayante.
Mais, si l’on peut admettre l’ignorance de Mitterrand en ce qui concerne les affaires stratégiques, on doit lui faire crédit dès qu’il s’agit de politique intérieure. Or, le 27 novembre 1992, il envoya Roland Dumas à l’Assemblée nationale y faire la monstrueuse déclaration suivante : « La France est déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale… nous avons pris, pour Maastricht, le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale ».
La France, en l’occurrence, c’était Mitterrand et Dumas. Le premier, gardien de la Constitution, décidait de la violer, le second, sera récompensé par un siège au Conseil constitutionnel justement chargé de veiller à l’observation de la loi républicaine qu’il venait d’enfreindre. Ni les Assemblées, ni la population n’avaient été invitées à souscrire à une « union à vocation fédérale » impliquant la fin de la souveraineté nationale. C’était un acte de forfaiture que l’EPSU légitimait. Aucun président, aucun chef d’Etat – mis à part en 1420 Charles VI atteint de débilité mentale – n’aurait imaginé, et encore moins osé, transformer la France en une province d’un Etat supranational. Elu au suffrage universel Mitterrand se croyait tout permis, y compris détruire la République, l’Etat, la France.
Même condamnable impulsion démagogique, en 1995, avec la suppression du service militaire. Totalement à contretemps de surcroît. Durant la guerre froide et alors que l’énorme appareil militaire soviétique était tenu pour menacer l’Europe, et plus généralement le monde libre, il eût été vain de rivaliser avec l’adversaire en matière d’effectifs. Le non recours aux armes reposait, pour la France, sur des sous-marins lance-missiles balistiques et le service militaire n’était qu’une disposition conservatoire. Depuis la dislocation de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie, les périls sont d’une autre nature : plus nombreux, moins définis et le service militaire reprend un intérêt d’autant plus grand que, dans le même temps, l’ « invasion » des migrants a été amplifiée et que le service militaire eût contribué à l’intégration des nouveaux Français, issus de l’immigration. Mais, l’EPSU dispense de réflexion et c’est la démagogie qui décide.
L’EPSU a incité au monumental. Et Paris en portera longtemps les tristes manifestations : de Beaubourg à la Grande Arche en passant par l’incongrue pyramide du Louvre, il s’agissait de saccager le patrimoine.
Enfin, l’exemple venant d’en haut, l’EPSU permettant d’ignorer la loi, la Vème République n° 2 a été le plus maffieux des nombreux régimes politiques de la France. Et, également, dans l’entourage présidentiel, celui des suicides opportuns. L’EPSU donne à la raison d’Etat un pouvoir régalien.
Annexe II
- La Constitution du 4 novembre 1848 fixait comme suit l’élection du président de la jeune République :
« Le président est nommé au scrutin secret et à la majorité absolue des votants par le suffrage direct de tous les électeurs des départements français et de l’Algérie. Sont électeurs, sans condition de cens, les Français âgés de 21 ans et jouissant de leurs droits civils et politiques ».
- Elu au suffrage universel, le président a pu faire adopter – premier coup d’Etat – l’article 2 de la Constitution du 14 janvier 1852 :
« Le gouvernement de la République française est confié, pour dix ans au prince Louis-Napoléon Bonaparte président actuel de la République ».
- Ce texte constitutionnel a permis, à son tour la promulgation – deuxième coup d’Etat – du Senatus-Consulte du 7 novembre 1852 ainsi rédigé :
« Article premier : La dignité impériale est rétablie. Louis-Napoléon Bonaparte est Empereur des Français sous le nom de Napoléon III ».
L’élection du président au suffrage universel est à l’origine d’un règne qui, s’est tragiquement terminé à Sedan.
Et, pourtant, le prince Napoléon avait pour la France impériale, de grandes ambitions tandis que les bénéficiaires des derniers mandats présidentiels ont eu pour objectifs la destruction de l’Etat et la transformation de la France en province d’un Etat européen supranational.
Mais, en 1875, la leçon du coup d’Etat du 2 décembre 1851 et des guerres qui suivirent : campagne de Crimée, de Syrie, de Chine, du Mexique, de Prusse, aboutissant à l’empire allemand au profit du vainqueur et à la Commune aux dépens du vaincu fut comprise. Cette leçon incita le législateur à la sagesse.
- En effet, les lois constitutionnelles de 1875 précisaient, à l’article 2 :
« Le président de la République est élu à la majorité absolue par le Sénat et par la Chambre des Députés réunis en assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible ».
- Même sagesse politique au lendemain de la Libération, la Constitution du 27 octobre 1946 – celle de la IVème République – précisait par son article 29 :
« Le président de la République est élu par le Parlement. Il est élu pour sept ans, il n’est rééligible qu’une fois ».
- Enfin, la Constitution du 4 octobre 1958, celle de la Vème République initiale, reprenait un mode d’élection analogue quoique élargi :
« Article 6 : Le président de la République est élu pour sept ans par un collège électoral comprenant les membres du Parlement, des Conseils généraux et des Assemblées des Territoires d’Outre-mer, ainsi que les représentants élus des Conseils municipaux ».
En somme, encore un suffrage à deux degrés. Le dernier.
La loi du 6 novembre 1962 décida, en effet, que : « le président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct ».
Aujourd’hui il est légitime de se demander si l’élection du président de la République au suffrage universel a contribué, ou non, au déclin précipité de la nation. Poser la question c’est y répondre par l’affirmative.
Mieux que quiconque le général De Gaulle connaissait l’histoire de notre pays et aussi celle de ses institutions. Aussi apparaît-il surprenant qu’il ait instauré l’EPSU et qu’il en ait vanté les mérites. Lors de la conférence de presse du 14 janvier 1963, il s’était exprimé en ces termes : … « Ce qui saute aux yeux dans cette réforme constitutionnelle c’est, me semble-t-il, qu’elle a réussi parce qu’elle correspond avant tout, à une nécessité vraiment absolue des temps modernes. Tout… est donc lié à l’action des pouvoirs publics… A cette action là, il faut une tête et comme cette tête est une personne, il convient que celle-ci reçoive l’expression personnelle de la confiance de tous les intéressés ». En théorie l’argumentation est irréfutable. La réalité l’infirme, c’était faire bien du crédit à la fois à la « tête » et aux facultés de discernement du corps électoral, lequel ne se comptait plus en dizaines de milliers mais en dizaines de millions.
Cette coûteuse aberration a les faveurs de l’opinion. Les Français tiennent à élire leur président, cette élection étant, pour eux, une longue compétition dont les péripéties s’apparentent à une de ces épreuves sportives qui remplissent les stades. Son origine est cependant d’ordre politico-social.
En mai 1958, la guerre d’Algérie plaçant une IVème République chancelante en total désarroi, le président de la République avait appelé le général De Gaulle au gouvernement. A nouveau il était le sauveur d’un pays en guerre. Le ministre Pfimlin, après quinze jours à Matignon, démissionnait et, le 26 mai, l’Assemblée votait au général les pleins pouvoirs afin qu’il trouve et applique une solution au problème algérien. Jusque-là le président Coty et les représentants du peuple, pas le peuple, avaient installé le général au gouvernement. (Présidence du Conseil et ministère de la Défense). Les législatives de fin novembre 1958 lui ont donné une majorité parlementaire. Mais, pour le général, était-ce suffisant ? En France, le 18 brumaire, les coups d’Etat du 2 décembre 1851, le général Boulanger désignaient à la suspicion les militaires proches du pouvoir et, pour l’œuvre de redressement national qu’il voulait entreprendre, le général a recherché la légitimité suprême, celle que lui donnerait l’ensemble de la population française. D’où la loi 62-1202 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du président de la République au suffrage universel. L’EPSU et ses calamités.
Ce n’est plus à lui, mais à ses successeurs que le général a dû penser au moment de quitter définitivement l’Elysée. Les événements de mai 1968 lui avaient montré, à nouveau, combien difficile est le gouvernement de la France. Aussi, négligeant les dangers de l’EPSU – que lui-même avait totalement écartés – a-t-il voulu que ses successeurs, à leur tour, soient légitimés par les suffrages de toute la population. Ce faisant, il a réuni les conditions de la destruction de l’entreprise de reconstruction nationale qu’en dix ans, il avait pleinement réussie.
[1] Election Présidentielle au Suffrage Universel

EPSU PAR P.M Gallois
C'est à cause de l'élection présidentielle que la France périclite, par le Général Pierre Marie Gallois