Forum pour la France
Accueil du siteLes CommissionsInstitutions Européennes
Dernière mise à jour :
jeudi 15 mai 2008
Statistiques éditoriales :
325 Articles
25 Brèves
38 Sites Web
24 Auteurs

Statistiques des visites :
344 aujourd'hui
393 hier
80060 depuis le début

Google Groupes
Forum pour la France
Visiter ce groupe





Sur le Web
L’A.FR.AV
Fraternité, Solidarité, Coopération entre les francophones du monde entier.
Questions et Réponses
Au sujet de la Pologne et du Traite de Lisbonne par Romain Rochas
La primauté du droit européen et la Pologne
mardi 8 avril 2008
par admin
popularité : 1%

En demandant un renseignement sur les problèmes européens à Monsieur Romain Rochas, notre spécialistes de ses questions , nous recevons la réponse qu’aucun journal, même trés spécialisé, ne peut fournir.

Vous le savez pour le traité de Lisbonne, la Pologne avait demandé à bénéficifier de certaines dérogations, puis le pouvoir ayant changé, dit vouloir se mettre à égalité aves ses partenaires, puis l’opposition déclarant voter contre la ratification ce qui la rendait impossible, le pouvoir s’est engagé à conserver les dérogations, puis a annoncé que la constitution Polonaise restait au dessus de toutes les autres lois, directives et autres, l’affaire était tellement compliquée qu’il était impossible d’y retrouver quoi que ce soit. J’ai donc demandé à Monsieur Rochas . Je vous laisse admirer l’exercice.

A.- Réponse rapide à vos questions sur les exemptions polonaises dans le traité modificatif :

1°) La Charte des droits fondamentaux et la Pologne :

  • La Pologne n’est pas exemptée totalement de l’application de la Charte, mais son application y comportera des limites étroites. La Charte ne peut avoir pour effet d’étendre le droit pour la Cour de justice européenne de déclarer certaines dispositions nationales incompatibles avec la Charte.
  • Les dispositions du Titre IV de la Charte (solidarité, c’est-à-dire dispositions sociales) ne conféreront aucun "droit justiciable" en Pologne.
  • La référence faite dans la charte aux pratiques et droits nationaux ne s’appliquent à la Pologne que si le droit et les pratiques nationales reconnaissent les droits visés en l’occurrence par la Charte.

Bref, la Charte ne s’applique à la Pologne que dans la mesure où le droit polonais reconnaît les mêmes droits qu’elle…

Ces fortes restrictions s’appliquent de façon identique à la Pologne et au Royaume Uni. En effet elles proviennent du Protocole n° 7 "sur l’application de la Charte des Droits fondamentaux à la Pologne et au Royaume Uni".

Toutefois, ayant sans doute eu des remords de sembler restrictive particulièrement en matière sociale (le Titre IV sur la solidarité), la Pologne souligne dans la Déclaration n° 53 la tradition sociale polonaise venue du mouvement Solidarnosc, et assure qu’elle respecte les droits sociaux venant du droit de l’UE et de la Charte, ce qui semble annuler une des restrictions formulées dans le Protocole n° 7. Comprenne qui pourra.

D’autre part, par une Déclaration n° 51, la Pologne affirme que la Charte ne porte pas atteinte au droit des Etats membres de légiférer en matière de moralité publique, de droit de la famille, de protection de la dignité humaine et du respect de l’intégrité humaine physique et morale. Mais en fait, comme elle est la seule à signer cette déclaration, on doit en conclure qu’elle ne s’appliquera qu’à elle.

2°) La primauté du droit européen et la Pologne :

Aucune disposition, ni dans le Traité proprement dit, ni dans les Protocoles, ni dans les Déclarations, n’ont pour effet d’exempter la Pologne de la primauté du droit européen sur les droits nationaux, primauté rappelée dans la Déclaration n° 27.

La Pologne n’échappera donc à cette primauté que dans la mesure où elle l’a exclue - partiellement - en ce qui concerne la Charte, comme on vient de le voir.

B.- Les particularités polonaises du Traité modificatif :

On peut distinguer deux types de dispositions ayant un certain rapport avec la Pologne, et même trois.

1°) Les dispositions du traité qui ne seront pas applicables à la Pologne :

Les seules dispositions qui ne seront pas applicables à la Pologne ou qui le seront de façon restreinte sont celles que l’on vient de voir au sujet de la Charte.

2°) Les dispositions qui ont été insérées dans le Traité (ou dans des Protocoles, ou dans des Déclarations) sur demande et à l’initiative de la Pologne, mais qui s’appliqueront à tous les Etats membres.

C’est difficile d’en faire l’inventaire, car le traité ne garde pas trace des interventions nationale dans les débats qui ont abouti à inclure dans le texte telle ou telle disposition. On a pu deviner cependant, d’après divers commentaires de médias, que la Pologne a pesé pour l’inclusion de certaines dispositions. Ce sont surtout :

  • L’affirmation que la politique étrangère et de défense sont avant tout du ressort des Etats membres (en dépit des dispositions pourtant ambitieuses relatives à la PESC)(Déclarations n° 30 et 31 sur la PESC).
  • Les dispositions transitoires relatives au système de la majorité qualifiée, qui prévoient le maintien du système actuel jusqu’à 2014, la pleine application du nouveau système seulement en 2017, et l’instauration d’un système transitoire entre 2014 et 2017. (article 9 C, § 4, du traité modifié sur l’UE, et 205, § 2, du nouveau "traité sur le fonctionnement de l’union européenne", Protocole n° 10 sur les dispositions transitoires).
  • Les dispositions inspirées du Compromis de Ioannina, et qui instaurent une sorte de "Compromis de Luxembourg" atténué (c’est mieux que rien), en permettant à une minorité très restreinte d’Etats membres, sinon de bloquer définitivement, du moins d’entraver et de retarder le processus d’adoption à la majorité de décisions auxquelles ils seraient hostiles (Déclaration ad articles 9 C du traité sur l’Union européenne et 205, § 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et Protocole n° 9 bis).

A vrai dire, ce n’est pas la Pologne qui a imaginé ce Compromis de Luxembourg atténué, décrit dans cette "Déclaration". En effet ce "Compromis atténué" existait déjà dans le Traité constitutionnel, et même avant (Compromis de Ioannina, qui avait été demandé par la Grèce, mais qui ne figurait pas dans les traités, pas plus que le Compromis de Luxembourg). Mais c’est elle qui a demandé qu’on le mette dans le nouveau traité, et fait adopter le Protocole n° 9 bis qui prévoit que les dispositions de ce Compromis ne pourront être modifiées que "par consensus", c’est-à-dire à l’unanimité.

3°) Enfin, dans un cas, la Pologne a proposé une disposition applicable selon elle à tous les Etats membres, mais les autres Etats membres n’ayant pas daigné la suivre, cela a abouti à une déclaration signée par la Pologne seule, et qui ne pourra donc s’appliquer qu’à elle. C’est la Déclaration n° 51, déjà citée, tendant à préserver le droit des Etats membres à légiférer en matière de moralité publique et dignité humaine. On voit par cet exemple l’indifférence, ou même la complicité, avec laquelle les Etats membres ont tendu les mains pour qu’on leur mette les menottes !

Romain ROCHAS.

 

Répondre à cet article

Images jointes à cet article :
  • Taille : 320 par 240
  • Poids : 9.6 ko
  • Format : JPG
Articles de cette rubrique
  1. Apres le 29 mai 2005, quel combat contre le traite constitutionnel europeen ?
    23 février 2006

  2. Contribution française au budget de l’Union Européenne.
    6 novembre 2006

  3. A propos du "mini-traité" européen de M. Sarkozy
    22 décembre 2006

  4. Un premier programme en 12 points d’un candidat à la Présidence de la République 2007
    24 janvier 2007

  5. A propos du discours prononcé par Mme Angela MERKEL le 17 janvier 2007 au Parlement européen
    5 février 2007

  6. La Bulgarie, la Roumanie et le traité constitutionnel, ou la peau de l’ours…
    7 février 2007

  7. Pourquoi il est urgent de modifier la constitution française ?
    7 février 2007

  8. Comment effacer toute trace du TCE dans le droit constitutionnel français ?
    8 février 2007

  9. A. Merkel veut faire du NON un OUI par Y. Bollmann
    14 février 2007

  10. Petite évaluation de l’€uro et de ses promesses, au pas de course par R. Rochas
    21 mars 2007

  11. A propos de deux erreurs, entendues au sujet de l’euro par Romain Rochas
    9 mai 2007

  12. La France est-elle bénéficiaire ou contributrice nette vis-à-vis des Budgets européens ?
    28 mai 2007

  13. Les textes essentiels sur le mandat à la CIG en vue du "traité simplifié" par R. Rochas
    28 juin 2007

  14. Débat au sujet du Mini-traité-Modificatif-TCE
    17 juillet 2007

  15. L’Union européenne serait-elle en panne du fait du rejet du traité constitutionnel ? par R. Rochas
    20 juillet 2007

  16. Réforme de la Constitution par H. Fouquereau.
    9 septembre 2007

  17. La GIG, entre le mandat et le projet de traité par R. Rochas
    21 septembre 2007

  18. Traité Modificatif-Mini-traité Octobre 2007
    16 octobre 2007

  19. Message aux membres du Forum pour la France par R. Rochas
    18 octobre 2007

  20. De Gaulle-Monnet ou le duel du siècle, par Eric Branca
    31 octobre 2007

  21. Déclaration contre le traité de Lisbonne
    14 novembre 2007

  22. Argumentaire long contre le « traité modificatif de Lisbonne » par A. Salon
    6 janvier 2008

  23. LE TRAITE ILLEGITIME DE LISBONNE NE PEUT FONDER AUCUN DROIT EN FRANCE
    11 février 2008

  24. Perversité de la "directive Bolkestein", Romain Rochas
    10 mars 2008

  25. L’incroyable genese du Traite de Lisbonne, par Romain Rochas.
    24 mars 2008

  26. La tentation totalitaire du Parlement Europeen par Paul Marie Couteaux
    31 mars 2008

  27. Au sujet de la Pologne et du Traite de Lisbonne par Romain Rochas
    8 avril 2008

  28. Les OGM et la supranationalité par Romain Rochas
    13 mai 2008