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La "pseudo-résistance" du système éducatif
A propos des méthodes de lecture, compléments de réflexion, (Deuxieme partie)
Des préjugés à la réalité scientifique
jeudi 21 décembre 2006
par admin
popularité : 5%

Le suivi de l’actualité, même s’il est parfois nécessaire, nous entraîne inévitablement dans de méandreuses fluctuations.

La réaction des parents et des professeurs

Le journal le Monde, dans son édition du 20 septembre 2006, attire notre attention sur une enquête commandée par le Ministère de l’Education nationale. Le résultat en est disponible en ligne [1].

S’agissant de l’abandon de la méthode globale et des méthodes apparentées, 82% des parents interrogés considèrent qu’il s’agit d’une « bonne mesure ».

Plus intéressant, 63% des professeurs interrogés sont également favorables à cette réforme.

On est donc loin de la « résistance » du système éducatif, évoquée par le Figaro dans un article du 30 août, article dont nous nous faisions l’écho.

L’opposition semble ainsi le fait, d’abord et surtout, de quelques syndicats.

C’est ainsi que « Luc Bérille, secrétaire général d’un des principaux syndicats d’enseignants, le SE-UNSA, dénonce "une opération de communication politique". » [2]

Y aurait-il, même dans l’éducation nationale, un problème de « représentation » ? D’un côté une « élite » animée par des intentions idéologiques (la lecture globale serait « de gauche », la lecture alphabétique « de droite » donc « réactionnaire ») et de l’autre des professeurs, sur le terrain, animés par le souci de bien faire, adoptant pour cela une attitude plus pragmatique ?

Toujours est-il que le site Internet du Ministère offre des renseignements très riches, notamment sur les données scientifiques qui ont conduit à l’abandon de la méthode globale. [3]

Quelques remarques « scientifiques »

Parler des données scientifiques du problème de la lecture requiert de grandes précautions de la part des néophytes. Mais certaines de ces données nous semblent importantes.

Paul Broca [4] avait travaillé sur la localisation des fonctions cérébrales, Il avait ainsi découvert le « centre de la parole » (la future « aire de Broca » !).

Plus proche de nous, Roger Wolcott Sperry [5] a émis l’hypothèse d’une « asymétrie cérébrale », c’est-à-dire d’une répartition inégale des fonctions selon les hémisphères du cerveau.

Même si les deux hémisphères sont reliés et agissent en coopération, des dominantes ont été dégagées [6]

Le « cerveau gauche » serait analytique, logique, mathématique, séquentiel ; il fonctionnerait à partir du détail pour aller vers plus de complexité ; il serait aussi le siège privilégié du langage.

Le « cerveau droit » quant à lui serait analogique, empirique, intuitif ; fonctionnant sur la globalité, il serait le siège privilégié de l’image et de la communication non verbale.

Partir du détail pour aller vers plus de complexité est précisément le cheminement des méthodes « alphabétiques » : partant des lettres (et des « phonèmes » qui leur sont corrélés), elles remontent à la syllabe puis au mot tout entier. Analytiques et logiques, elles s’adressent comme naturellement au cerveau droit qui est aussi le centre privilégié du langage, c’est-à-dire de la communication verbale.

Utiliser une méthode « globale » (ou apparentée [7]), c’est recourir à l’intuition et à l’image, c’est aussi faire appel, paradoxalement, à la partie du cerveau qui privilégie la communication non verbale. On comprend mieux certaines difficultés surgissant dans l’apprentissage de la lecture si de telles méthodes sont employées.

Réflexion plus « politique »

On sait à quel point la maîtrise de la lecture (et de l’écriture) joue un rôle considérable dans le déroulement des études. Tous les jeunes gens qui ont un défaut en cette matière connaîtront inévitablement des difficultés (quelle que soit leur « intelligence » propre).

Mais les conséquences de l’emploi d’une méthode globale ou assimilée peuvent apparaître plus graves encore.

Le professeur Jean-Pierre Changeux, dans une conférence donnée à l’Académie des Sciences le 7 décembre 2004 [8], expliquait très clairement que la structure du cerveau ne dépend pas exclusivement du développement génétique. D’autres phénomènes, liés à l’apprentissage [9], donnent progressivement à cet organe sa « forme ». Très saisissant, à cet égard, était un exemple montré par le grand professeur : la cartographie du cerveau d’un individu sachant lire, puis celle d’un autre individu ne sachant pas lire. Les différences de structures étaient notables. Jean-Pierre Changeux n’est pas allé plus loin (ce n’était pas son propos). On aurait aimé savoir quelles différences de fonction étaient entraînées par cette différence structurelle…

A titre d’hypothèse, j’avancerais l’idée qu’apprendre à lire par des méthodes « globales » revient à développer (et pas seulement à utiliser) la partie du cerveau liée à l’image, mais aussi à l’émotion ou à l’intuition.

Emotion et intuition constituent, bien évidemment, de précieux éléments de la personnalité humaine. En revanche, un déséquilibre dangereux est provoqué : les capacités analytiques, logiques, en un mot « rationnelles » risquent d’en être amoindries. Ce que révèle assurément la difficulté croissante des jeunes gens vis-à-vis de tout ce qui relève du raisonnement et de l’abstraction.

Ajoutons à cela le fait que nous vivons dans un monde, celui des médias notamment, où la part de l’image est prépondérante. On donne à voir beaucoup plus qu’à réfléchir. Le déséquilibre entre les fonctions cérébrales en serait encore accentué.

A notre avis, ce n’est pas seulement l’enseignement qui est en jeu et la précieuse acquisition des connaissances et des raisonnements.

Dès l’école, par l’apprentissage de la lecture « globale » ou assimilée, le futur citoyen contemporain serait en quelque sorte émotionnellement hypertrophié, plus sensible à l’image et à la communication non verbale qu’aux discours, il serait gouverné par l’affect. Et cela peut avoir des conséquences considérables. On le voit bien : tout est fait aujourd’hui pour « impressionner » les gens (au sens quasi photographique du terme). On joue sur l’aspect (le « look »), on joue sur l’émotion.

C’est la démocratie même qui est en jeu, avec ce qu’elle suppose de réflexion, de démarche rationnelle. Peut-être aussi de sang-froid. La démocratie s’est sans doute transformée en « lacrimocratie » (le pouvoir des larmes).

Un exemple est à méditer et qui suffira ici. Le 11 septembre 2001 dernier on célébrait un des événements les plus « traumatisants » (sic) de ce début de siècle. Un reportage a été diffusé à la télévision, un reportage « réalité » dans lequel on reconstituait avec des acteurs et avec des témoins ce qui s’était passé au World Trade Center. Comment ne pas être touché par le sort des victimes ?

Comment ne pas voir également la manipulation affective ? Aucun reportage de même nature n’a été réalisé avec des Irakiens innocents dans le rôle des victimes de bombes états-uniennes. On pourrait, pourtant, imaginer…

Remarque conclusive

La suppression de toute méthode globale, telle que la VEUT le Ministre de Robien, est une excellente chose. Cette mesure peut avoir des conséquences salutaires, non seulement dans le domaine spécialisé de la lecture mais aussi sur le plan politique (à long terme).

Les questions d’enseignement laissent trop souvent indifférent. Elles apparaissent parfois comme techniques. En revanche, nous ne dirons jamais assez à quel point elles engagent la société tout entière. Car le futur citoyen sera, en grande partie, tel qu’on l’aura « formé ».

Notre engagement est résolument humaniste. Parce que nous avons confiance en l’être humain, parce que nous sommes démocrates, nous voulons des citoyens libres. Cette liberté est celle de l’intelligence ; elle est assurée par la capacité d’analyser la réalité, de raisonner, de réfléchir. Tout ce qui permet de construire calmement un jugement, sans se laisser « impressionner ».

Tout commence dès le plus jeune âge, dès l’apprentissage de la langue, de la lecture et de l’écriture. Pour offrir à chacun la possibilité d’être libre, il faut lui rendre un des héritages les plus précieux de la civilisation française : la RAISON.

 

[1] lien

[2] Le Monde, édition du 20 septembre 2006

[3] On peut se référer aux pages suivantes : lien et lien

[4] 1824-1880

[5] 1913-1994, prix Nobel de Médecine en 1981

[6] On peut lire, à ce sujet, l’ouvrage du Professeur Lucien Israël (cancérologue) : Cerveau droit, cerveau gauche

[7] En réaction à notre article du 19 septembre 2006, Denis Griesmar évoque « l’inexistence de toute méthode "semi-globale" (il n’y a pas de femme "semi-enceinte") » !

[8] On peut suivre ladite conférence en ligne sur le site de l’Académie : lien

[9] Jean-Pierre Changeux appelait ces phénomènes « épigénétiques »


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Documents joints à cet article :
Messages de forum :
A propos des méthodes de lecture, compléments de réflexion, (Deuxieme partie)
dimanche 24 décembre 2006
par  JEAN YVES METAYER psychanalyste( adultes et enfants)

l’homme dans la société, numéro ou individu ?

Pour jung, l’homme est menacé par la société.Les grandes idéologies de masse, politiques ou religieuses conduisent l’individu vers la dépossession de soi…Car ces idéologies n’amènent pas l’être humain vers le processus d’individuation, il s’agit au contraire d’un processus d’aliénation ! Le rationalisme scientifique joue un rôle central dans ce processus qui réduit l’individu à un numéro.Pour le jugement scientifique, l’individu ne signifie rien sinon une unité, répétée à un nombre infini d’exemplaires et que l’on pourrait aussi bien désigner d’une lettre ou d’un nombre…Une culture scientifique dans son principe repose pour l’essentiel sur des vérités statistiques et sur des connaissances abstraites.C’est pourtant l’individu qui, en tant que donnée irrationnelle, est le véritable porteur de la réalité.C’est dire que c’est l’individu,comme jung aime le rappeler,qui est l’homme concret, par opposition à l’homme « normal » ou à l’homme idéal qui,lui,est une abstraction, cette abstraction étant la seule base des formulations scientifiques…Cette conception refoule l’individuel au bénéfice d’unités anonymes qui se rassemblent en groupements de masse !

À la place de l’être individuel et concret surgissent des noms d’organisations, partis politiques, avec au dessus d’eux une notion abstraite de l’etat, incarnant le principe de la réalité politique.il en résulte que la responsabilité morale de l’individu est remplacée par la raison d’état, l’individu devient régenté, administré, nourri, éduqué selon des normes, logé dans des unités d’habitations dites conformes … La doctrine d’état, qui semble détenir la toute puissance, sera pour son compte gérée au nom de la RAISON D’ETAT…par les plus hauts gouvernants qui réunissent en eux tout le pouvoir ! Quiquonque atteint ces hauts postes devient l’incarnation de cette RAISON D’ETAT… il pourra alors agir à sa guise…et selon son bon plaisir ! Les politiciens sont en général les esclaves de leur propre fiction !l’homme politique tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est qu’une « survivance » à l’intérieur de la masse…Et bien, pour JUNG, c’est le RATIONALISME de la pensée scientifique qui s’avère être l’un des facteurs principaux de l’agglutination des individus en MASSE. En effet, ce rationalisme prive l’individu de ses bases, de sa légitimité et donc de sa dignité !…il n’est qu’une « unité sociale », un numéro abstrait de la statistique sociale ! À l’inverse, l’individu qui monte sur la scène du monde,qui devient visible de loin et dont la voix se fait entendre va trouver sur son chemin de grandes difficultés à « réveiller »cette masse, privée d’esprit critique… Le message de l’homme politique doit-il être le fruit de son action personnelle OU cet homme politique ne doit-il être que le HAUT-PARLEUR d’une opinion collective ? ? ? Aujourd’hui, l’ETAT occupe la place d’une personnalité vivante dont on attend TOUT ! Les petits enfants attendent TOUT de PAPA, de PAPA ETAT et de MAMAN SOCIETE … voilà le résultat de la pensée rationaliste qui aliène l’individu ! En réalité, l’ETAT n’est qu’un camouflage que l’on utilise à des fins manipulatrices…en fait, nous sommes revenus à une forme de société primitive, celle du communisme d’une tribu primitive,soumise à l’autocratie d’un CHEF ou d’une OLIGARCHIE…(c’est à dire que le pouvoir appartient à une classe tres restreinte de la société.) Nous sommes bien loin du concept de DEMOCRATIE…et de SOUVERAINETE POPULAIRE ET NATIONALE… ne vous inquiétez pas, l’état pense pour vous !

Quelle est notre philosophie aujourd’hui ?

Et bien notre philosophie n’est plus, comme dans l’antiquité, une forme de vie…non, elle est devenue qu’une simple affaire intellectuelle, comme JUNG aimait le rappeler si souvent…

La mode philosophique actuelle ne sait pas que l’être comporte une ombre réelle dont l’existence repose sur le fondement même de la nature instinctive.NIER,BRUTALISER les instincts entraine des conséquenses facheuses, dangeureuses, et c’est la raison première de la consultation chez le médecin…La psychologie médicale a apporté toutes les preuves souhaitables :il existe une réalité psychique inconsciente ! Et il est démontré qu’elle influence la conscience !MAIS, bien que cela soit reconnu, on en a tiré aucune conclusion générale !comme s’il n’en était rien…

je suis d’accord pour dire avec JUNG que l’humanité est frappée par une « arriération morale » et que cette arriération. . . est tragiquement inadéquate au développement scientifique,technique et social…

L’enjeu est devenu trop lourd, trop de choses dépendent de la complexion psychologique de l’homme !

La puissance qu’il a acquise lui permet de mettre en scène la fin du Monde…Est-il à même de résister à cette tentation ? L’homme est-ilconscient du chemin sur lequel il se trouve ? L’homme moderne, actuel se rend-il compte qu’il est en train de perdre le MYTHE de L’HOMME ?mythe protecteur et conservateur DE LA VIE… ??? et, en fin de compte, l’homme sait il , cet homme isolé dont nous parlons depuis le début de cette conférence, sait il qu’il est le fleau qui fera s’incliner la balance de tel ou tel côté ? Voilà la QUESTION FONDAMENTALE…

l’homme sait il que TOUT est en LUI et qu’il peut donc inverser ce phénomène qui se répand à la vitesse d’une épidémie aux quatre coins du monde ? EQUILIBRE PSYCHIQUE, SENS DE LA VIE,sont des états d’âme dont seul l’individu peut faire l’expérience en les vivant ! Et non l’ETAT qui n’est qu’une convention menaçant l’individu par une puissance excessive et aliénante…

Vous avez donc compris que le discours jungien est bien loin de la langue de bois que nous avons l’habitude d’entendre ici et la…un HOMME a Osé DIRE ! Nous pouvons en faire autant, VOUS pouvez en faire autant car la santé de l’être humain en dépend, la santé de la planète TERRE en dépend également.

JUNG nous appelle tous à redevenir nous-mêmes, à décrocher nos wagons, à devenir notre propre locomotive ! La lecture est un outil vers l’individuation…

Jean-yves métayer psychanalyste



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