FORUM POUR LA FRANCE - Pour le retour à l’Indépendance et à la Souveraineté de la France
Accueil du siteLes CommissionsInstitutions Européennes
Dernière mise à jour :
vendredi 3 septembre 2010
Statistiques éditoriales :
704 Articles
54 Brèves
40 Sites Web
65 Auteurs

Statistiques des visites :
70 aujourd'hui
285 hier
122893 depuis le début
     

Google Groupes
Forum pour la France
Visiter ce groupe



Contributeurs :
Romain Rochas
Divers :
Economie
Sur le Web
L’A.FR.AV
Fraternité, Solidarité, Coopération entre les francophones du monde entier.
L’Euro nous a-t-il évité une dévaluation ?
A propos de deux erreurs, entendues au sujet de l’euro par Romain Rochas
Vers une implosion de l’Euro ?
mercredi 9 mai 2007
par Administrateur
popularité : 3%

J’ai récemment entendu développer deux arguments en faveur de l’euro. Deux sophismes. Voici ces arguments.

  • a) "L’euro nous a évité une dévaluation. C’est un bienfait, car si la France décidait de quitter l’euro, elle serait certainement obligée de dévaluer assez fortement."
  • b) "L’Allemagne paye le déficit extérieur français. Le commerce extérieur de la France est très fortement déficitaire. L’Allemagne, elle, a un excédent considérable. Avec le club "euro", dans lequel les devises sont centralisées, certains pays peuvent se permettre de rester durablement dans une situation déficitaire, si d’autres pays sont, eux, durablement excédentaires. C’est seulement au niveau du compte consolidé de l’ensemble des pays de l’eurozone qu’il est nécessaire d’équilibrer le commerce extérieur. Ainsi, en fait, si la France avait gardé ou retrouvé sa monnaie nationale, elle serait contrainte d’assurer seule l’équilibre de sa balance commerciale."
Remarquons d’emblée que les deux arguments sont étroitement liés. En effet, d’après ces arguments, ce qui permettrait d’éviter les dévaluations, ce serait que, grâce à la monnaie unique, les déficits des uns seraient financés par les excédents des autres. Pour évaluer la pertinence de ces raisonnements, il est nécessaire de préciser soigneusement les conséquences pour une collectivité de l’existence ou de l’absence d’une monnaie nationale propre à cette collectivité.

Il est vrai que l’équilibre des échanges d’une zone monétaire avec un territoire soumis à une monnaie autre que celle qui a cours dans ladite zone oblige celle-ci à assurer un équilibre en devises avec ladite zone extérieure. Il est vrai encore qu’il suffit que cet équilibre en devises soit assuré de façon globale au sein de la zone monétaire et qu’il n’est pas nécessaire de l’assurer au niveau de chaque sous-région faisant partie de ladite zone monétaire.

Mais de ce qui vient d’être admis là, il ne résulte pas le moins du monde que chaque sous-région, ou même chaque entreprise, chaque ménage de la zone monétaire puisse se payer le luxe de conserver durablement des comptes financièrement déficitaires à la seule condition de trouver dans la même zone d’autres sous-régions, d’autres entreprises, d’autres ménages qui seraient financièrement excédentaires.

Les comptes en devises ne sont qu’une partie des comptes d’une région, d’une entreprise, d’un ménage. Si vous avez besoin de financer des dépenses payables en devises, il est vrai que vous n’êtes pas obligé d’exporter vous-même au préalable des biens payables en devises pour vous procurer celles-ci. Il existe un marché des changes, où vous pourrez vous procurer ces devises, mais il faudra les payer, ces devises, fût-ce en monnaie locale, sous la seule condition que vous trouviez des agents eux-mêmes disposés à vendre des devises contre un prix payé en monnaie locale. Dire que l’Allemagne "paie" notre déficit extérieur est une façon abusivement elliptique de parler. En réalité, le surplus de devises qu’elle a gagné par son commerce extérieur excédentaire, l’Allemagne s’en trouve délestée du fait de l’existence du pool européen des devises, mais évidemment contre remboursement des devises ainsi disponibles par les pays qui, eux, sont déficitaires et ne peuvent s’accommoder de cette situation que par l’acquisition des devises excédentaires de l’Allemagne. Ces devises, ils doivent les payer. L’Allemagne ne fait aucun cadeau à la France.

Ce qu’il faut dire pour être plus exact, c’est qu’en abandonnant une partie des devises qu’elle a gagnées par son excédent commercial, l’Allemagne accepte de remplacer des devises contre de la monnaie locale, c’est-à-dire contre des euros, et ce pouvoir d’achat libellé en euros n’est pas tout à fait équivalent à un pouvoir d’achat libellé en devises. Les devises permettent en effet à l’Allemagne d’acheter des produits en dehors de la zone euro, alors que les euros équivalents en valeur ne permettent que d’effectuer des achats dans la zone euro, à moins qu’elle trouve des vendeurs hors zone euro intéressés à être payés en euros pour leurs exportations. Cette dernière précision ne doit pas être omise, car elle explique pourquoi les Etats-Unis peuvent se permettre d’accumuler déficit sur déficit, apparemment sans limite. Ce n’est pas parce que le système monétaire international aurait concédé une place particulière au dollar dans le concert des monnaies, mais seulement parce que, jusqu’à présent, tous les pays du monde acceptent d’être payés en dollars [1], alors qu’être payé en bahts thaïlandais, en cruzeiros brésiliens, ou même en… euros ne suscite pas le même attrait.

L’existence dans un pays donné d’une monnaie particulière matérialise donc de façon visible la nécessité d’équilibrer les échanges de ce pays avec l’extérieur, mais l’absence de monnaie propre ne dispense pas d’atteindre l’équilibre. Si donc, avec ou sans monnaie particulière, tout pays est obligé d’équilibrer ses comptes, n’y aurait-il aucune différence entre un pays disposant d’une monnaie nationale et un pays n’en possédant pas, aucun effet positif ou négatif ? Bien sûr que si !

Lorsqu’ une nation est dotée d’une monnaie propre, l’équilibre doit être d’abord assuré au niveau de la nation. Si un déséquilibre se manifeste au niveau national, la nation va y remédier en modifiant les parités de sa monnaie avec les autres monnaies. Ainsi, pour un pays déficitaire, dévaluer sa monnaie peut s’analyser en une baisse générale des prix à l’exportation de nature à augmenter la compétitivité des produits nationaux, et une hausse générale des prix à l’importation, de nature à freiner les importations. Autrement dit, pour rééquilibrer ses comptes, la nation met tout le monde à contribution, par l’acceptation générale de prix d’achats plus chers et par la concession à l’extérieur de prix de vente moins élevés. Et cela permet de rétablir l’équilibre des échanges extérieurs. C’est toute la nation qui serre d’un cran sa ceinture pour rétablir l’équilibre. Toutes les entités économiques – notamment ménages et entreprises - supportent de façon à peu près égale l’effort consenti, mais bénéficient aussi du redressement de l’équilibre extérieur.

Dans le cadre de cet équilibre national, chaque entité particulière doit en outre assurer bien entendu son équilibre particulier, mais elle est comme protégée par l’écran que constitue l’échelon national qui doit rechercher d’abord à son niveau un équilibre macro-économique, par l’effet tampon d’une politique monétaire de nature à procurer l’équilibre du commerce extérieur au niveau de la nation tout entière. Le choc de la concurrence extérieure en est amorti.

Lorsqu’un pays particulier n’a pas de monnaie propre, l’équilibre national des comptes doit être obtenu comme une conséquence de l’équilibre recherché et atteint au niveau de chaque entité économique, Etats, régions, entreprises, ménages. Chaque entité est directement exposée à la concurrence de toutes les autres entités, extérieures comme intérieures. Il n’y a pas de "tampon" protecteur vis-à-vis de l’extérieur. Les entités faibles sont condamnées à disparaître ou à émigrer sans que la nation leur tende une main secourable. Ainsi, monnaie unique et fuite des entreprises et des cerveaux sont étroitement liées.

Dire que l’euro nous évite une dévaluation, c’est donc raisonner comme celui qui, pour vaincre la fièvre, se contente de casser le thermomètre. En réalité, en supprimant la monnaie nationale, la seule chose que l’on ait vraiment supprimé, c’est toute possibilité de solidarité nationale. L’institution d’une monnaie unique est un des instruments majeurs de la destruction des nations. C’est avant tout un stratagème politique à des fins mondialistes, nullement un outil efficace de gestion économique. Plutôt que de vanter l’euro qui nous aurait évité une dévaluation, il faudrait plutôt dénoncer l’euro qui nous empêche de dévaluer lorsqu’il y aurait lieu de le faire. Voilà la réalité.

Actuellement, l’euro français, l’euro italien, l’euro allemand, les euros de tous les peuples de l’eurozone, tous établis sur la base d’une parité immuable de 1 pour 1 (c’est cela la monnaie unique), auraient besoin de réajustements monétaires, en tout cas bon nombre d’entre eux. Soit que les parités aient été fixées à un niveau déraisonnable lors de la création de l’euro, soit qu’elles aient cessé d’être convenables par suite des évolutions divergentes des économies nationales [2] .

L’euro a masqué les problèmes, il ne les a pas effacés. L’euro italien aurait besoin d’une dévaluation tout comme la lire en subissait périodiquement, parfois avec un grand succès de relance de l’économie italienne. L’euro français aurait besoin aussi d’une dévaluation pour nous faire sortir du déficit alarmant de notre commerce extérieur (un déficit parmi bien d’autres, hélas !) [3] .

Du temps du Système monétaire européen, ces réajustements étaient possibles, c’était le bon vieux temps, une époque où la politique avait conservé encore quelque chose d’humain. On essayait d’éviter de recourir trop souvent à de tels réajustements, mais quand les parités devenaient intenables, la sagesse finissait par les imposer [4] .

Désormais, la pression peut monter jusqu’à l’éclatement sans qu’il soit possible d’y porter remède. Périssent les peuples plutôt que le dogme de la monnaie unique.

Il paraît évident que le système de l’euro implosera. Mieux vaudrait le supprimer avant qu’il en arrive à provoquer une crise européenne majeure.

Février 2007

Romain ROCHAS

Chef de division honoraire de la Cour des comptes européenne

 

[1] La première tentative pour rompre cette acceptation universelle du dollar comme moyen de paiement international a été celle du général de Gaulle, lorsque celui-ci, à défaut d’espérer à court terme une réforme du système monétaire international, a donné l’ordre à la Banque de France de remplacer ses réserves de dollars par de l’or. Mais la France a dû renoncer à poursuivre dans cette voie à cause de la crise financière provoquée par les événements de mai 1968.

[2] De 2001, dernière année avant la mise en place de l’euro-papier, à 2006, les prix à la consommation ont augmenté en Allemagne de 8,2 % seulement, en France de 10,7 %, en Italie de 12,7 %. Une divergence dans le rythme de l’inflation oblige tôt ou tard les pays les plus inflationnistes à dévaluer.

[3] La dernière année à excédent commercial italien a été 2003. Depuis lors, l’Italie souffre d’un déficit croissant, ayant atteint en 2006 (11 premiers mois) 6,4 % de ses importations. La dernière année excédentaire de la France a été 2002. Depuis lors, la France souffre d’un déficit croissant, ayant en 2006 atteint 8,1 % de ses importations. L’Allemagne, au contraire, a vu son excédent depuis la création de l’euro croître de façon extraordinaire, atteignant en 2006 (11 premiers mois) 32,8 % de ses importations !

[4] La zone franc n’est pas une zone à monnaie unique. En effet, les parités entre le franc français (aujourd’hui l’euro) et les francs CFA et CFP, quoique fixées de façon stable, restent néanmoins révisables. Certes la dévaluation du franc CFA de 50 % en un seul coup, en janvier 1994, a provoqué un traumatisme économique et social dans les pays africains concernés, non parce que la dévaluation eût été une mauvaise chose, mais au contraire parce que l’on aurait dû y recourir beaucoup plus tôt si les gouvernements français et africains n’avaient pas été aussi obstinés à traiter la zone franc comme une zone à monnaie unique, c’est-à-dire dotée de parités non révisables. Une dévaluation plus précoce aurait pu rester d’une ampleur bien moins drastique, donc beaucoup moins traumatisante. Et malgré ce traumatisme, cette dévaluation a entraîné une relance des économies africaines.


Répondre à cet article

Articles de cette rubrique
  1. Europe des régions et Comité des régions : Est-ce la même chose ? par R. Rochas
    29 janvier 2006

  2. Apres le 29 mai 2005, quel combat contre le traite constitutionnel europeen ?
    23 février 2006

  3. Contribution française au budget de l’Union Européenne.
    6 novembre 2006

  4. A propos du "mini-traité" européen de M. Sarkozy
    22 décembre 2006

  5. Un premier programme en 12 points d’un candidat à la Présidence de la République 2007
    24 janvier 2007

  6. A propos du discours prononcé par Mme Angela MERKEL le 17 janvier 2007 au Parlement européen
    5 février 2007

  7. La Bulgarie, la Roumanie et le traité constitutionnel, ou la peau de l’ours…
    7 février 2007

  8. Pourquoi il est urgent de modifier la constitution française ?
    7 février 2007

  9. Comment effacer toute trace du TCE dans le droit constitutionnel français ?
    8 février 2007

  10. A. Merkel veut faire du NON un OUI par Y. Bollmann
    14 février 2007

  11. Petite évaluation de l’€uro et de ses promesses, au pas de course par R. Rochas
    21 mars 2007

  12. A propos de deux erreurs, entendues au sujet de l’euro par Romain Rochas
    9 mai 2007

  13. La France est-elle bénéficiaire ou contributrice nette vis-à-vis des Budgets européens ?
    28 mai 2007

  14. Les textes essentiels sur le mandat à la CIG en vue du "traité simplifié" par R. Rochas
    28 juin 2007

  15. Débat au sujet du Mini-traité-Modificatif-TCE
    17 juillet 2007

  16. L’Union européenne serait-elle en panne du fait du rejet du traité constitutionnel ? par R. Rochas
    20 juillet 2007

  17. Réforme de la Constitution par H. Fouquereau.
    9 septembre 2007

  18. La GIG, entre le mandat et le projet de traité par R. Rochas
    21 septembre 2007

  19. Traité Modificatif-Mini-traité Octobre 2007
    16 octobre 2007

  20. Message aux membres du Forum pour la France par R. Rochas
    18 octobre 2007

  21. De Gaulle-Monnet ou le duel du siècle, par Eric Branca
    31 octobre 2007

  22. Déclaration contre le traité de Lisbonne
    14 novembre 2007

  23. Argumentaire long contre le « traité modificatif de Lisbonne » par A. Salon
    6 janvier 2008

  24. LE TRAITE ILLEGITIME DE LISBONNE NE PEUT FONDER AUCUN DROIT EN FRANCE
    11 février 2008

  25. Perversité de la "directive Bolkestein", Romain Rochas
    10 mars 2008

  26. L’incroyable genese du Traite de Lisbonne, par Romain Rochas.
    24 mars 2008

  27. La tentation totalitaire du Parlement Europeen par Paul Marie Couteaux
    31 mars 2008

  28. Au sujet de la Pologne et du Traite de Lisbonne par Romain Rochas
    8 avril 2008

  29. Les OGM et la supranationalité par Romain Rochas
    13 mai 2008

  30. Les conséquences du NON Irlandais, par H. Fouquereau
    1er juillet 2008

  31. Etat des ratifications du traité de Lisbonne - Juillet 2008
    5 juillet 2008

  32. Est-ce le dollar qui descend ou l’euro qui monte ? Par Romain Rochas
    6 septembre 2008

  33. LES ENJEUX DE POUVOIR du système budgétaire et financier de l’Union européenne par R. Rochas
    29 juin 2009

  34. Que faire après les dernières ratifications du Traité de Lisbonne ? par R. Rochas
    27 novembre 2009

  35. Monsieur le ministre fait-il bien de dénoncer la doctrine du libre-échange ? par R. Rochas
    12 janvier 2010

  36. L’Europe entre la liberté des nations et le stalino-libréchangisme par Christian Darlot
    15 mai 2010

  37. Les Traités européens par Romain Rochas
    8 juin 2010